19 octobre 2010

Il n'y aura plus de poires au Clos du Capoun

Ce message, reçu du réseau Consommer Juste, m'a "interpellé. Il ne parle pas de vin, mais de poires. Il y a cependant un rapport: les chiffres - qui valent souvent mieux qu'un long discours.


Bonjour,

Le verdict est tombé, les fruits se sont vendus cette année, une fois encore, de manière catastrophique, alors que tout était favorable. Il n’y avait pas de marchandise sur le marché et la récolte était faible. Les prix se sont effondrés dès la production cette année!

Pour être concret, les poires Williams vertes, dont le tonnage est passé de 135 tonnes en 2009 à 43 tonnes en 2010, ont été vendues 0,25€ le kilo.

Sur l’ensemble des poires de mon exploitation, je passe de 2009 à 2010
             
de   213 840kg  à  91 668 Kg récoltés
d'un prix moyen vendu   de 0.20€    à 0.1789€ le kilo

La main d’œuvre cueillette/kg, elle, est passé de 0.1619€ à 0.18€
 

Le chiffre d’affaires de 43 913€ à 16 377€
La perte était de 106 628€  en 2009, je ne l'ai pas encore évaluée pour 2010.

Je n’ai pas été longtemps à l’école, ni fait l’ENA mais il est grand temps que je comprenne, comme tous mes amis agriculteurs, que l’on ne veut plus de nous.

La grande distribution affiche toujours des prix insolents dans ses magasins. C’est une insulte pour les agriculteurs! Il y a semaine à Pantin, ville populaire s’il en est, sur trois magasins de la même rue, Ed, Franprix et Leader Price, une seule variété de pomme était française, vendue verte et de petit calibre 65/70 en sachet de 1 Kg 5 à 1,95 €. Les autres variétés venaient d’Italie, d’Espagne, Nouvelle Zélande et de Hollande au même prix de 2,65€ dans les trois magasins, alors que nous produisons les mêmes pommes et qu’elles nous sont achetées à 0,20€.

Le Ministre de l’agriculture sera invité sur France Inter un matin de décembre, comme il l’a été le 17 décembre dernier, pour venir nous redire que la situation est catastrophique, que le revenu des agriculteurs a chuté, mais qu’il va nous aider et qu’il faut relancer les circuits courts. Et surtout qu’il est très préoccupé par la situation!

Mon verger ou moi, la mort dans l’âme il m’a fallu choisir la VIE.

Le 4 Novembre 2010 j’arracherai tout, il n’y aura plus de poiriers sur l’exploitation et pourtant ils ne m’ont rien fait qui méritent la peine capitale.

Mais la sentence est tombée comme un couperet, sans appel.

La famille ne recevra pas les condoléances, ni les fleurs, mais demande à tous les vrais amis de se joindre à elle à Mollégès (13940) à partir de 8H30 au clos du Capoun. Un repas tiré du sac, comme cela se fait chez nous, permettra de nous remémorer les bons moments passés avec le défunt!

Recevez mon Amitié

Pierre

P.S. Merci à tous de faire passer le message au plus grand nombre de vos relations.

 

Volia, c'est fait. Et c'est bien peu. Je n'ai pas de solution à cette crise. Bien sûr, je pourrais vous dire d'acheter des fruits de saison, et de préférence produits près de chez vous, et dans des magasins de proximité (quand ils ne sont pas des succursales de grosses entreprises), ou des circuits courts (quand ils existent).  Comme dans le réseau consommer-juste, en France. Mais ce ne sera certainement pas suffisant pour sauver tous les Pierre en situation difficile - d'ailleurs, pour ses poires, c'est trop tard.


00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

18 octobre 2010

Lettre ouverte à Christelle Ballestrero

Suite du triste feuilleton "Version Femina", voici la lettre reçue de Christine Ontivero, attachée de presse.

Elle s'adresse à Christelle Ballestrero, journaliste à France 2 ("C'est au Programme"), auteur de l'article dont je vous parlais hier.

Version Femina.jpgL'article en question

 

Bonsoir Madame,

C’est toujours délicat de faire remarquer à un journaliste qu’il est mal informé, mais la lecture de votre article ci-joint intitulé “Vin et Santé, la fin du mythe” ne peut pas rester sans réponse de ma part.
Je suis attachée de presse, spécialisée dans le vin depuis 29 ans, et je pense donc bien connaître le sujet ce qui, si vous le permettez, ne semble pas être votre cas.

Vous écrivez :”aujourd’hui, il est difficile de trouver un vin de table au-dessous de 12°. Et les appellations sont de plus en plus nombreuses à proposer des 13, 14, voire 15° comme les vins du Languedoc”. Jusque là tout va à peu près bien. Mais ... vous dérapez dangereusement dans ce qui suit: “L’explication ? Pour des raisons économiques, on a considérablement raccourci la durée de macération des raisins“

Où avez vous trouvé cette information fausse et archi fausse ?

“avec, à la clé, une moins bonne qualité”

Depuis combien de temps n’avez-vous pas dégusté de vins du Languedoc ?   

Le pire et le plus grave qui mérite un rectificatif  de votre part est cette dernière phrase :
“auquel on doit ajouter des produits chimiques et du sucre de betterave (qui élève le taux d’alcool) pour le stabiliser et lui permettre de se défendre contre les bactéries, entre autres”.

Vous êtes journaliste n’est-ce pas ? Donc, normalement, vous devriez vérifier vos informations ou alors,
je n’ai rien compris au métier. Si vous aviez vérifié, vous auriez pu apprendre que le Languedoc-Roussillon est l’une des rares régions qui n’a pas le droit “d’ajouter du sucre” comme vous dites, ce qui, en langage professionnel, s’appelle la chaptalisation, autorisée dans bien d’autres régions comme Bordeaux, Bourgogne, etc...

Tout le monde a droit à l’erreur mais quand les erreurs sont aussi graves, on ne peut pas laisser passer.

Concernant le cancer, on lit et on entend bien des choses contradictoires. Je peux en tout cas vous apporter mon témoignage personnel. Il vaut ce qu’il vaut mais il est authentique.

Mon mari, journaliste spécialisé en vins, a dû être opéré, voici un an et demi d’un double cancer : prostate
+ vessie. L’intervention s’est déroulée à Montpellier où les hôpitaux sont très réputés pour leur connaissance de
cette maladie. A force de lire et d’entendre tout et n’importe quoi, vu que mon mari boit en moyenne 3 verres de
vin par repas, j’ai fini par me persuader que le vin était peut-être l’une des causes de sa maladie. Sans le lui dire,
j’ai appelé le chirurgien en lui demandant s’il ne se mettait pas en danger en buvant “autant” de vin. La réponse
a été très claire : “Mais madame, ça n’est pas beaucoup”. Le jour où il a quitté l’hôpital, il a lui-même demandé  au professeur responsable du service urologie, un ponte en la matière : “Est-ce que je peux continuer à boire du vin”. Ce dernier lui a répondu “j’y compte bien”. Les chirurgiens qui opèrent des cancers tous les jours seraient-ils irresponsables ?

Ca fait mal de lire des informations aussi fausses concernant le Languedoc, région où il y a quantité de bons vignerons. Vraiment, ils ne méritent pas ça !

Salutations

Christine Ontivero

Petit commentaire perso

Au-delà de ce seul article, cette lettre pose de vraies questions: celle la formation des journalistes, de la pluralité de leurs sources, et celle de l'exercice toujours périlleux du métier de journaliste en dehors de sa vraie sphère de compétence.

Si Mme Ballestrero a, semble-t-il, ses entrées à l'INRA et à l'Institut National du Cancer, elle n'a pas jugé utile d'interroger des confrères spécialisés dans le vin, ni même des producteurs de la seule région qu'elle expose à la vindicte populaire, le Languedoc - qui est pourtant loin d'être la seule à proposer des vins à fort degré d'alcool. Et au-delà, notre consoeur, en faisant marcher ses petites cellules grises, aurait dû comprendre que son "conseil de modération", limiter les vins de fort degré aux occasions festives, est bien superflu. Les consommateurs se modèrent par eux-mêmes, les vins alcooleux ne sont pas propices à une consommation à fort volume.

Quant à ses conclusions en matière de cancer, totalement pompées de la très discutable "étude" publiée l'an dernier par l'INCa, là encore, elles ne nous donnent pas une très haute opinion de sa recherche de l'information pluraliste.

Quant au lien établi entre cancer, macérations courtes et alcool (il suffit à Mme Ballestrero d'un petit "donc"), il est tout simplement allucinant. "Digo, ergo est".

Ce genre d'articles illustre à merveille un désolant paradoxe: ce sont les journalistes qui en savent le moins sur le vin qui touchent le plus large public, et colportent ainsi le plus de fausses informations.

Sans aller jusqu'à suivre Coluche et son "pinard obligatoire", on souhaiterait qu'un minimum de "connaissances pinard" soit obligatoire pour ceux qui choisissent de parler du vin - après tout,  personne ne les y oblige, et qu'ils n'en dégoûtent pas les autres en lui faisant de mauvais procès...

Hervé Lalau

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc, Vins de tous pays | Tags : vin, santé, mythe, journalisme, ballestrero, france 2 | Lien permanent | Commentaires (13) | | | |