19 novembre 2010

Clémence pour les fraudeurs de l'Entre Deux Mers

La Coopérative de Sauveterre de Guyenne tartriquait ses vins sans autorisation.

L'affaire remonte à 2008. Il s'agissait de "sauver une cuve de rosé", a avoué le responsable devant le Tribunal correctionnel de Bordeaux.  Ce vin "impropre à la consommation", selon les propres termes de Mme la Présidente du Tribunal, a pourtant trouvé preneur au Château de L'Orangerie, à la Cave de Landiras et chez Baron Philippe. Ce rosé-là est sans doute bu depuis longtemps.

Qu'on se rassure: la cave n'a été condamnée qu'à 15.000 euros avec sursis. Thémis ne veut pas la mort des coopératives, il faut penser au lien social, à l'impact économique; en plus, il n'y a pas eu mort d'homme, même pas de plainte de consommateur.

Et puis surtout, le tartricage est maintenant autorisé par arrêté préfectoral.



00:21 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

18 novembre 2010

Unesc-roquerie?

Cocorico! Le "Repas Gastronomique des Français" est inscrit au Patrimoine Mondial de l'Humanité. Rubrique "patrimoine immatériel".

Cocorico.jpgVive nous!

Immatériel. C'est l'adjectif idoine, puisque ce "repas gastronomique" est de plus en plus rare en France, aussi bien dans les familles qu'hors du foyer, parce que la transmission du savoir faire culinaire se fait de moins en moins, faute de temps, faute d'intérêt de la part des jeunes, aussi.

Finalement, cet inventaire de l'Unesco, c'est un peu comme le classement des vieilles pierres: il intervient toujours un peu tard, quand la bâtisse menace de tomber. Et il est même parfois contre-productif, car il ralentit les travaux de consolidation.

Les plus optimistes nous disent que ce classement devrait justement permettre aux Français de renouer avec leur gastronomie. Comme j'aimerais le croire! Mais à part ce classement, qui ne coûte pas grand chose, flatte notre ego et récompense pas mal de chefs légèrement morts, que va-t-on faire, concrètement? La gastronomie, ça ne se décrète pas.

Et demain?

Va-t-on donner des cours de cuisine dans les écoles? Va-t-on renforcer le cursus dans les écoles hôtelières? Diminuer les charges sur le personnel? Réserver l'emploi des chèques repas aux seuls restaurants, pour inciter les gens à ne plus les fourguer chez Leclerc ou Lidl? Ou va-t-on juste créer un n-ième observatoire? Le Haut Commissariat à l'Education du Goût? Si ça n'existe pas déjà...

J'aimerais tellement être plus enthousiaste... mais en attendant, force est de constater que la gastronomie est de moins en moins abordable. Que les marges pratiquées sur les vins sont indécentes. Que la baisse de la TVA, réclamée à cor et à cri, n'a pas eu l'effet de baisse des prix escompté.

Que McDo se développe toujours, malgré José Bové. De même que les sandwicheries ou les doner kebab. Que le service et l'accueil dans la petite et moyenne restauration sont de plus en plus déplorables - surtout si l'on compare avec les pays limitrophes, où l'on semble avoir compris que c'est le client qui fait vivre les établissements. Que les restaurants de grande gastronomie française ont été doublés par leurs homologues espagnols, italiens ou danois, en termes médiatiques comme en termes de créativité, et sont relégués au statut de has-been. Ce qui est à la fois injuste (quand on regarde ce qu'on a effectivement dans l'assiette) et mérité: pourquoi diable donnerait-on des étoiles aux restaurants d'un pays qui se désintéresse de sa gastronomie?

Ma tante cuisine toujours aussi bien. Et prend le temps de le faire. Mais la nouvelle génération en est aux pizzas surgelées.

Le grand écart

Et que les Masterchefs et autres programmes culinaires à grand spectacle et petite ambition culturelle ne fassent pas illusion: le Français moyen s'y voit déjà, il juge les pauvres candidats avec la sévérité d'un Vatel, mais sur un savoir faire qu'il n'a pas et sur des plats qu'il ne connaît pas, parce qu'il ne les mange jamais. Et une fois la télé fermée, il retourne à ses coquillettes.

On jugera de l'écart qu'il y a entre cette réalité et les conclusions du Comité du Patrimoine de l'Unesco, dans les attendus de sa décision: selon lui, «la gastronomie française relève d’une pratique sociale coutumière destinée à célébrer les moments les plus importants de la vie des individus et des groupes. Repère identitaire, le repas à la française est séquencé – entrées, plats, fromages, desserts –, servi à table, avec une adéquation entre mets et vins d’une grande diversité et une présentation soignée.»

Pour être plus spécifique: le remplacement du vin par du Coca-Cola (vous savez, cette boisson qui donne du bonheur dans les repas en France, si j'en crois la pub) s'inscrit-il dans la démarche de l'Unesco?

Vive la France! Vive L'Unesco! Vive le patrimoine gastronomique français! Vive les arbres qui cachent la forêt!

Oserai-je présenter mes oeufs sur le plat au prochain classement?

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Gastronomie | Tags : gastronomie, unesco | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |