25 novembre 2010

Moselle: "et pourquoi pas nous?"

Je vous le dis d'emblée: je n'ai rien contre la Moselle française.
D'autant qu'en Belgique, on consomme déjà des vins de Moselle Luxembourgeoise et des vins de "Mosel" allemande. La version française ne nous effraie donc pas.
On saluera au passage le fair play de nos voisins, qui ne bronchent pas devant l'utilisation par la France du nom Moselle pour une AOC. Dans le même temps, rappelons que l'Alsace interdit aux vins allemands d'utiliser la mention "vendanges tardives" sur le territoire français, et que la Champagne interdit au village viticole suisse de Champagne d'utiliser son propre nom pour ses vins.

Tout de même, quand j'ai lu que le vins de Moselle française venaient d'obtenir de l'INAO le classement en AOC, j'ai eu un petit choc.

Bien sûr, ce ne sont pas les 18 communes et les 26 vignerons de plus ou de moins qui feront la différence dans l'océan de la production française de vins d'AOC; et il y aura certainement du bon, voire du typé parmi les nouveaux promus.
Non, c'est juste que je crois que l'on prend le problème à l'envers.
La France aura bientôt plus de vins en AOC qu'en dehors. Un peu comme l'armée mexicaine, naguère, avait autant de généraux que de soldats. Bref, l'exception sera devenu la norme. A mon sens, pour redonner un quelconque intérêt à une mention comme l'AOC, il faudrait plutôt la restreindre aux zones réellement prestigieuses, et à l'intérieur de chaque AOC, aux terroirs vraiment méritants, et non la dévaluer encore en l'attribuant à de nouvelles régions.
Je m'interroge aussi sur la miraculeuse renaissance de cette zone viticole résolument septentrionale, qui ne comptait plus guère qu'une dizaine d'hectares en 1980. A l'heure où les droits de plantations font tellement débat, voila qui étonne. Je vous ai dit ma réticence à voir l'Etat ou les interprofessions tout réglementer en la matière. De là à accorder l'AOC à un secteur où la vigne n'était plus qu'un souvenir il y a 30 ans, il y a une marge.
Dans le contexte concurrentiel actuel, il faudra aux Moselle français plus qu'une mention légale pour se trouver une place au soleil. Ah oui, le soleil: 1636 petites heures par an, dans la région. Mais ça progresse doucement. Si, comme nous le prédisent les spécialistes du réchauffement climatiques, la Belgique est appellée à devenir une nouvelle Bourgogne, la Lorraine sera peut-être un nouveau Beaujolais, voire un nouveau Crozes-Hermitage?
Je souhaite aux Mosellans lorrains plus de succès que leurs confrères des Côtes de Toul, auxquelles l'AOC n'a guère profitée commercialement. Ils ne manquent pas d'ambition, en tout cas: ils appètent déjà à une dénomination particulière pour leurs effervescents - l'exemple alsacien fait des émules.
Tout ça répond à une seule question: "et pourquoi pas nous"?

 


00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin, vignoble, lorraine, moselle | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |

23 novembre 2010

Henry Pellé (Morogues)

Je poursuis mon périple en Centre-Loire, entamé à Pouilly et à Sancerre (voir Rubrique Loire).

Installé à Morogues depuis trois générations, sur l’appellation Menetou-Salon, Henry Pellé aligne 42 ha dont 4 à Sancerre (les deux appellations ne sont séparées que par quelques kilomètres); le tout complété par quelques achats en raisin (cette activité de négoce représentant une dizaine d'hectares).
La cave est moderne mais pas ostentatoire; comme si, dès l'abord, on voulait faire ressentir au visiteur que l’important est ailleurs ; que le vinificateur n'est qu'un accoucheur de vins. C'est beau, non? Mais surtout, c'est vrai, car chez Pellé, on n'aime rien autant que d'exprimer les particularismes; l’essence, pas l’apparence. D'où un catalogue assez fourni de cuvées et de lieux-dits vinifiés séparément...

Pellé.jpgCe Pellé n'est pas un galeux!


Menetou Salon Morogues blanc 2009
Citron, agrumes, au nez; fin en bouche, mais long, tendu. Jolie amertume en finale (les lies?).  Un vin précis, ciselé comme les statues de la cathédrale de Bourges 17/20

Menetou Salon Les Blanchais blanc 2009 
Ce terroir de 2,7ha un peu plus froid  nous donne un vin à la fois dense et tendu. Concentré, impressionnant de vigueur. 18/20

Menetou Salon Morogues Blanc 2008
Fruit confit et miel d'acacia  au nez;  la bouche serrée s'ouvre peu à peu, sur de feuille de laurier, et du fumé (thé oolong); le genre de vin auquel il faut laisser un peu de temps dans le verre.  17/20

Menetou Salon Les Blanchais Blanc 2008
Belle concentration malgré la fraîcheur du climat (une parcelle isolée en forêt). Le vin est ferme et gourmand ; au nez, guimauve et violette, queue de tomate; un peu végétal en bouche mais sans excès  16/20

Menetou Salon Les Cris Rouge 2008
Ce terroir de calcaire dur du Portlandien nous livre ici un vin très dense. Au nez, petites notes acidulées de fraise et de framboise ; la bouche est à la fois intense, mûre, fruitée, croquante et fine, très Loire d'esprit 18/20

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : vin, vignoble, pellé, menetou-salon, berry, loire | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |