29 novembre 2010

La belle histoire du chêne Saint Etienne

Laissez moi vous conter une belle histoire qui commence mal. Par la mort d'un chêne de la forêt de Saint Palais, près de Bourges, foudroyé en 1993 au bel âge de 435 ans.

A partir de là, tout s'enchaîne. Le bois est acheté par Camille Gauthier, fendeur de merrains. Puis transformé en barriques chez Vicard, à Cognac. En 2002, la famille Bourgeois, à Chavignol, acquiert ce lot pour y loger le vin de la plus vieille vigne de leur domaine sur Chavignol (75 ans). Donnant ainsi naissance à une cuvée où pour une fois, le mot exceptionnel n'est pas exagéré: le "Sancerre Chêne Saint Etienne". Comme la vigne a été arrachée depuis, ce vin rend un double hommage au passé.

Chêne St Etienne.jpgChêne Saint Etienne

Et concrètement, dans le verre? Toute nostalgie mise à part, le 2002 est un très beau vin, très abouti dans sa construction. Au nez, du miel, de l’acacia, du cédrat confit; en bouche, une superbe matière, pleine, grasse, longue et ample.

Savoir qu'on ne pourra jamais plus en produire donne-t-il au vin une saveur supplémentaire? Sans doute. Mais ce que je retiens de l'anecdote, c'est cette idée de transmettre une dernière fois un patrimoine. Sous forme liquide.

C'est bien pensé. C'est surtout tout à fait dans l'esprit d'une famille, les Bourgeois, qui a connu pas moins de 10 générations de vignerons.

05:59 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : vin, vignoble, loire, sancerre, chêne saint etienne | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

25 novembre 2010

Moselle: "et pourquoi pas nous?"

Je vous le dis d'emblée: je n'ai rien contre la Moselle française.
D'autant qu'en Belgique, on consomme déjà des vins de Moselle Luxembourgeoise et des vins de "Mosel" allemande. La version française ne nous effraie donc pas.
On saluera au passage le fair play de nos voisins, qui ne bronchent pas devant l'utilisation par la France du nom Moselle pour une AOC. Dans le même temps, rappelons que l'Alsace interdit aux vins allemands d'utiliser la mention "vendanges tardives" sur le territoire français, et que la Champagne interdit au village viticole suisse de Champagne d'utiliser son propre nom pour ses vins.

Tout de même, quand j'ai lu que le vins de Moselle française venaient d'obtenir de l'INAO le classement en AOC, j'ai eu un petit choc.

Bien sûr, ce ne sont pas les 18 communes et les 26 vignerons de plus ou de moins qui feront la différence dans l'océan de la production française de vins d'AOC; et il y aura certainement du bon, voire du typé parmi les nouveaux promus.
Non, c'est juste que je crois que l'on prend le problème à l'envers.
La France aura bientôt plus de vins en AOC qu'en dehors. Un peu comme l'armée mexicaine, naguère, avait autant de généraux que de soldats. Bref, l'exception sera devenu la norme. A mon sens, pour redonner un quelconque intérêt à une mention comme l'AOC, il faudrait plutôt la restreindre aux zones réellement prestigieuses, et à l'intérieur de chaque AOC, aux terroirs vraiment méritants, et non la dévaluer encore en l'attribuant à de nouvelles régions.
Je m'interroge aussi sur la miraculeuse renaissance de cette zone viticole résolument septentrionale, qui ne comptait plus guère qu'une dizaine d'hectares en 1980. A l'heure où les droits de plantations font tellement débat, voila qui étonne. Je vous ai dit ma réticence à voir l'Etat ou les interprofessions tout réglementer en la matière. De là à accorder l'AOC à un secteur où la vigne n'était plus qu'un souvenir il y a 30 ans, il y a une marge.
Dans le contexte concurrentiel actuel, il faudra aux Moselle français plus qu'une mention légale pour se trouver une place au soleil. Ah oui, le soleil: 1636 petites heures par an, dans la région. Mais ça progresse doucement. Si, comme nous le prédisent les spécialistes du réchauffement climatiques, la Belgique est appellée à devenir une nouvelle Bourgogne, la Lorraine sera peut-être un nouveau Beaujolais, voire un nouveau Crozes-Hermitage?
Je souhaite aux Mosellans lorrains plus de succès que leurs confrères des Côtes de Toul, auxquelles l'AOC n'a guère profitée commercialement. Ils ne manquent pas d'ambition, en tout cas: ils appètent déjà à une dénomination particulière pour leurs effervescents - l'exemple alsacien fait des émules.
Tout ça répond à une seule question: "et pourquoi pas nous"?

 


00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin, vignoble, lorraine, moselle | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |