13 avril 2011

Primeurs et usure

Ce matin, je vous parlais du Pape. Ce qui m'amène à me poser une question de droit canon: les Grands Crus Classés de Bordeaux pratiquent-ils l'usure?

En fixant des prix très élevés pour des vins dont ils connaissent pas exactement le prix de revient, contreviennent-ils aux règles de l'Eglise catholique, qui, rappelons-le, condamne à la fois la prise d'intérêt sur le prêt d'argent et les contrats d'achats de récolte "sur pied" rédigés à l'avance, qui reviennent à spéculer.

Si je m'inquiète pour ces crus, c'est que bon nombre d'entre eux portent des noms à connotation très religieuse; Pape Clément (qui vient juste de dégainer son tarif), L'Angelus, L'Evangile, Petrus...

Mais l'interdiction vaut-elle pour les ventes effectuées à des non-catholiques? Ou au travers d'intermédiaires non-catholiques? Je saurais gré à mes lecteurs bien versés dans ces arcanes d'éclairer ma lanterne.

En attendant, messieurs les propriétaires, faites toujours une petite prière, on ne sait jamais...

11:35 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Tags : religion, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

Le vin dans l'histoire: ce que buvait le Pape Clément en 1343

En 1343, le Pape Clément VI réside en Avignon, comme ses trois prédécesseurs. Il est d'origine française (du Limousin, pour être précis). Il ne doit pas être confondu avec Clément V, "le Pape vigneron", celui qui a donné son nom au Château Pape Clément. Mais lui non plus ne dédaignait pas les bonnes choses de la vie terrestre, et donc, le vin.

280px-01_Clément_VI_(Fresque_de_la_chapelle_Saint-Martial_du_palais_des_papes).jpgClément VI

Bien que le Comtat Venaissin lui appartienne en propre, avec ses crus, il ne boit pas que du vin de la région (notamment le Châteauneuf). J'en veux pour preuve ce commentaire d'un banquet décrit par un auteur florentin dont le nom s'est perdu: "Après le cinquième service, on apporta une fontaine surmontée d'une tour et une colonne d'où s'échappaient cinq espèce de vins. Les margelles de cette fontaine étaient garnies de paons, de faisans, de perdrix, de grues et de divers autres volatiles... Les vins venaient de Provence, de La Rochelle, de Beaune, de Saint-Pourçain et du Rhin... Lorsque le pape fut retiré dans ses appartements, on apporta du vin et des épices."

Ceci donne une idée de la variété et de la notoriété de crus disponibles à l'époque chez les grands de ce monde; en effet, le Saint-Père, qui sera surnommé Clément le Magnifique, ne regardait pas au prix pour ses banquets et veillait à une certaine variété pour contenter ses hôtes venus de contrées parfois lointaines.

On notera l'absence des vins de Bordeaux et de Loire, sans doute jugés de moindre qualité à l'époque. La Loire devient vraiment recherchée qu'à partir du 16ème siècle - les séjours de la Cour de Roi de France dans la région - et Bordeaux, quant à lui, doit attendre le 18ème siècle pour vraiment sortir de l'anonymat, surtout grâce à l'exportation, aux marchands de Londres et d'Amsterdam. Brillent également par leur absence, les vins d'Italie (même Français, Clément reste Evêque de Rome).

L'histoire ne dit pas quels épices le Pape ajoutait à ses vins une fois rentré dans ses appartements. Il s'agissait en général de cannelle, de clou de girofle et de miel. L'hypocras, ou vin aux épices, était très prisé au Moyen-âge. Pour son goût, mais aussi pour sa longue conservation. Saint Pourçain, notamment, a conservé cette tradition.

Source: La table provençale. Boire et manger en Provence à la fin du Moyen Âge, Louis Stouff, éd. Alain Barthélemy, Avignon, 1996.

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin, histoire, clément vi, pape | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |