02 février 2011

Bouchon de liège: des chiffres qui font peur

«89,3%  des Français préfèrent le bouchon liège.»
Ce n’est pas moi qui le dis, mais une publicité du collectif «J’aime le Liège».

vin,vignoble,bouchon89,3%, c'est peu...

 

Un chiffre étonnamment faible. Car aujourd’hui, en France (encore plus qu’en Belgique, à cause des vins du Nouveau Monde), le liège occupe bien plus que 89% de l'espace visuel. De quoi les bouchonniers ont-ils donc peur ?

Pas de la capsule, en tout cas dans l’immédiat. Car il n’y a pas 10,7% de vin capsulés. On est plus proche de 0,5%, si l’on se réfère aux chiffres publiés par l’enseigne E. Leclerc fin 2009.

Contrairement à la capsule-à-Paulot, cette capsule-là ne décolle pas, au moins au pays de Marianne. La révolution reste à faire. Je me demande d'ailleurs bien comment les Français pourraient préférer un bouchage aussi peu visible sur les lieux d’achat. D'autant plus qu'aucune campagne de promotion n’a jamais été faite en France pour le "screwcap". Alors que côté liège...

Et quand bien même, par le plus grand des hasards, il y aurait des gens en France qui préfèreraient la capsule, ils achètent du bouchonné liège parce qu’on ne leur donne pas le choix. Les distributeurs choisissent pour eux. C’est pour ça que chez Lavinia, le mois dernier, nos confrères du GJE sont tombés sur deux bouteilles bouchonnées de Léoville-Las Cases 2005 – à 292 euros l’unité, c’est sans doute un des goûts de bouchon les plus prestigieux au monde.

Mais je suis bête: il n’y a pas que la capsule, il y a les bouchons synthétiques, moches et si difficiles à extraire; les bouchons reconstitués et «purifiés», plutôt chers, et pour lesquels on manque encore de recul; et puis surtout, il y a le Bag in Box! Selon Libre Service Actualités, ce conditionnement dont on nous disait qu'il ne convaincrait jamais les Français représente 20% du marché du vin en France. Faites les comptes: il y a donc au moins 10% de Français qui achètent du BIB tout en préférant le liège. Voilà des gens qui doivent se sentir mal dans leur peau. Et si on mettait des bouchons de liège sur les BIB?

Tiens, je vois que la campagne «J’aime le Liège» est cofinancée par la Communauté Européenne. Vous et moi, en quelque sorte. Au nom de quoi? De la préservation de l’environnement (totalement artificiel) de la monoculture du chêne-liège? De la préservation du pauvre bouchonnier portugais? De la préservation du tire-bouchon? De la préservation du goût de bouchon? C'est vrai qu'il faudrait peut-être songer à l'inscrire au patrimoine de l'humanité, aux côtés du "repas gastronomique français". Ils vont si bien ensemble. Le premier fait disparaître le plaisir de la dégustation. Le second a déjà disparu des familles.

Par ailleurs, cette campagne est également financée par les bouchonniers eux-mêmes, ce qui laisse à penser que ce rappel totalement inutile d'un "savoir-faire traditionnel" renchérit le prix du bouchon.

La tradition, c'est un joli mot qui englobe aussi bien les bouchons de liège que les écartèlements en Place de Grève, la burqa, l'excision, ou, pour en revenir au vin, les bretts, l'oxydation involontaire et une sorte de loterie nationale qui veut qu'à chaque bouchon qui fait plop, on a entre 2 et 5% de chance de tomber sur un goût de bouchon. Quel que soit le prix de la bouteille, quelle que soit la couleur et l'origine du vin.

Aujourd'hui, certains, dont je suis, refusent de continuer à jouer. Nous sommes totalement désintéressés. Nous n'avons aucune action chez Stelvin, mais nous ne faisons pas partie non plus de l'Académie Amorim. Nous faisons juste marcher nos cellules grises et nos papilles; et nous disons: pourquoi prendre des risques quand une alternative existe? Et qu'elle est acceptée, en France même, pour le Pineau des Charentes, le Muscat de Rivesaltes, le Porto, le Floc de Gascogne...

Nous amis sommeliers (au moins en Europe) semblent faire de la résistance au changement. Ils ont tort, à mon sens, car s'ils font bien leur travail, ils doivent remballer pas mal de bouteilles fautives, ce qui n'est pas bon pour la filière; et s'ils ne le font pas, ils risquent de passer pour des incompétents.

Ah, oui, j'oubliais, il y a le problème de l'image. Ca se boit, ça, l'image? Il suffirait que quelques "experts" de renom passent en télé pour dire ce que tous les professionnels constatent depuis longtemps en Suisse, au Québec ou en Nouvelle Zélande, à savoir, que les vins capsulés vieillissent bien et que leur taux de retour est proche de zéro, pour changer peu à peu les mentalités.

Qui osera le premier se libérer du carcan de l'habitude... et des pressions publicitaires? "Toujours imité, jamais égalé", claironne l'annonce du "CORK". C'est bien vrai: ni les BIB ni les capsules à vis n'arrivent à assurer un taux de défauts aussi élevé que le liège.

PS. Avis au publicitaire qui a conçu l'annonce: les noms de nationalité prennent une majuscule en français. Il faut donc écrire "89,3% des Français," et non "des français". Mais c'est vrai que dans le secteur du liège, on doit toujours accepter une marge d'erreur...

00:24 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, bouchon | Lien permanent | Commentaires (20) | | | |

31 janvier 2011

Aux âmes bien nées... (Wine Blog Trophy)

Qui a dit que tout vient à temps pour qui sait attendre? Notre ami David Cobbold vient de se voir récompenser d'un Wine Blog Trophy pour son blog "More than Just Wine", qui n'a pas 6 mois! Comme son nom l'indique, il n'y tient  pas seulement des chroniques vineuses; peintre à ses heures, il y parle d'art et de photographie; biker passionné, il nous dévoile ses secrets de moto; rugbyman, il évoque les grands noms et les grandes heures du rugby... c'est qu"il a une vie bien remplie, David!

Et s'il est un jeune blogueur, il n'en est pas à son premier bon "papier". Celui qui lui a valu son prix est un vrai régal, en tout cas.

C'est ICI

 

blog,vin,vignobleDavid (à gauche), ici avec son complice d'Eccevino, Sébastien Durand-Viel

A noter que le réglement de ce prix a changé cette année, avec comme souci de réaffirmer l'ancrage ligérien du trophée. Les trois catégories retenues sont donc à présent "Destination Loire" (celle dans laquelle David a triomphé), Destination Loire (vainqueur: Fabrice Leglatin) et Rencontre Loire (vainqueur: Olivier Lebaron).

A noter aussi que les trois primés excercent tous leurs talents en France, cette année. Mais David écrit en anglais.

Well done, l'Artiste...

 

00:50 Écrit par Hervé Lalau dans France, Grande-Bretagne, Loire | Tags : blog, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |