04 février 2011

RP ou journaliste, ne faut-il plus choisir?

Le Tribunal correctionnel de Lille vient de condamner Pierre Mauroy et Lyne Cohen-Solal pour abus de confiance dans une affaire d'emploi fictif remontant à 1992. Qu'on se rassure, ils ne passeront pas l'hiver en prison; ils ne sont astreints qu'à une amende (2000 euros, moins qu'un mois de traitement de RP ou de Maire), et de plus, ils bénéficient du sursis.

Selon les juges, Pierre Mauroy, en qualité de maire de Lille, a fait profiter Lyne Cohen-Solal d'un emploi de complaisance au poste d'attachée de presse à la communauté urbaine de Lille, alors qu'elle était aussi rédactrice en chef de l'hebdomadaire Vendredi.

Et alors? Quel rapport avec le vin? Aucun. Mais avec mon métier de journaliste, si. Moi, ce qui me choque, c'est qu'on ait donné un poste d'attachée de presse à une journaliste en activité. Lors de mes études, on m'avait pourtant bien expliqué que les deux métiers étaient inconciliables. Dans l'exercice du premier, on promeut - rien à redire, c'est une mission aussi noble qu'une autre; mais dans l'exercice du second, on informe. Ce qui n'est pas la même chose.

Curieusement, le Syndicat National (français) des Journalistes ne semble pas s'en émouvoir. Dans ses derniers billets d'actualité, en tout cas, on n'en trouve pas la trace.

 

18:04 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |

03 février 2011

La Champagne ne croit pas au bio

Je ne connais pas Pascal Férat, le président du Syndicat des Vignerons Champenois. Mais j'ai lu l'interview qu'il a donnée à nos excellents confrères de Vitisphère. Une partie a retenu mon attention, celle qui a trait aux pesticides. J'ai l'impression que M. Férat ne répond pas tout à fait à la question.

Mais voici le texte complet:

Vitisphère: Où en est-on sur la question des pesticides dans la population vigneronne?
 
M. Férat: "Chaque génération a connu son évolution, quand j’étais gamin, j’entendais le conflit entre le tracteur et le cheval, le tracteur qui allait tasser toutes les vignes, que plus rien n’allait pousser, etc. On a connu des tas d’évolutions, qui ont provoqué des conflits de génération, des heurts familiaux, mais je pense que c’est sain et ça permet de dialoguer. Par contre, il y a une prise de conscience au niveau champenois, on avance très fort et très vite au niveau environnemental, en lutte raisonnée durable, et mon objectif est d’emmener l’ensemble de la viticulture champenoise dans ces démarches.
C’est indiscutable, et tous les points d’évolution qu’on pourra faire, on va les faire, et à court terme. Les Champenois sont très volontaires, même s’ils râlent un peu en façade, en définitive, quand ils ont compris que c’était dans l’intérêt général, en moyenne tout le monde le fait, et tout est appliqué, contrairement à beaucoup d’autres régions d’ailleurs, mais il faut y aller par la pédagogie, pas par le forceps. Si vous arrivez à convaincre les gens que c’est la seule voie possible, et en même temps que c’est la seule voie raisonnable pour une appellation comme la nôtre…Quelque part, ils savent aussi qu’ils sont un peu leaders mondiaux sur les vins, et à partir du moment où un leader veut montrer l’exemple, tout le monde le fait. Mais il faut aller dans le bon sens, vous n’emmènerez pas 100% des Champenois dans la viticulture bio, c’est pas raisonnable, le label bio est très contesté ici, on sait très bien que ça n’ira pas beaucoup plus loin. On arrivera peut-être à monter ça à 5%, mais par contre si on met 34000 ha en viticulture durable et raisonnée, le débat est plus fort.
L’objectif est d’arriver à respecter tous les engagements du Grenelle dans les plus brefs délais. On a déjà des points de progrès énormes, malgré la viticulture septentrionale, alors que les textes ne font pas de distinction entre le nord et le sud de la France, mais nous on prend ça à bras le corps.
On vient par exemple, au niveau du CIVC, en partenariat avec la région Champagne-Ardennes et le pôle de compétitivité Industrie et Agro-Ressources (AIR) de développer un programme qui s’appelle Anaxagore, de recherche en bio molécules issues de nos propres vignes et de nos propres sous-produits, pour travailler nos propres intrants, fabriquer nous-mêmes des molécules issues de nos raisins : des produits de traitement pour la vigne, mais aussi pour le vin, ce qui nous permettra en même temps de valoriser au mieux tous nos sous-produits au lieu qu’ils soient détruits, parce que tout ce qu’on transforme, on ne le retrouve pas dans la nature, et donc on essaye d’optimiser toute la transformation de notre produit à tous les étages, pour les utiliser nous-mêmes, ou les vendre à d’autres."


Les arguments de M. Férat ne me convainquent pas. Pourquoi ce qui est possible aux Baux de Provence (90% de la production en bio) ne le serait-il pas à Epernay ou à Reims? La pression des maladies, due à la situation septentrionale?  Que dire alors des efforts accomplis en Autriche, en Allemagne et en Alsace, qui sont pourtant guère mieux lotis? La vraie réponse ne serait-elle pas à chercher du côté de la pression économique? La viticulture bio se traduit une baisse du rendement par rapport au "conventionnel", et cela, ce n'est pas dans la mentalité du vigneron champenois de base, apparemment.
C'est d'autant plus incompréhensible pour moi que le revenu du vigneron champenois est le plus élevé de France. Et de loin. J'aimerais bien avoir l'avis de Francis Boulard ou d'Anselme Sélosse. Comment ont-ils fait, eux, pour passer en bio et survivre économiquement? Et qualitativement?

Mais surtout, M. Férat ne répond pas à la question essentielle, celle qui me semblait en filigrane dans la question de Vitisphère: quid de l'impact des pesticides sur la santé des vignerons champenois? Ils sont les plus gros utilisateurs de produits phyto en France. Et la France est championne du monde de la spécialité.

Leur syndicat ne souhaite certainement pas qu'ils soient malades. M. Férat invoque la piste de l'agriculture raisonnée. Voila une "solution" dont on parle depuis des années. L'idée générale est de concilier profit économique et moindre impact sur l'environnement (dans cet ordre d'importance). Mais elle ne repose que sur la bonne volonté de chaque viticulteur, sans contrainte réelle.  Que survienne une mauvaise année, qu'augmente la pression des maladies, le risque sur les récoltes, et les bonnes intentions s'envoleront comme une nuée de pesticide.

07:20 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne, France, Vins de tous pays | Tags : champagne, bio, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |