03 janvier 2011

J'ai ouvert La Grille

Le jour de l'An, j'ai débouché une bouteille retrouvée au hasard d'un rangement dans ma cave. Le genre de petit miracle qui fait remonter à la surface quelques bons souvenirs presque oubliés.

Nous étions en vacances à Ballan-Miré, près de Tours. C'était au mois d'avril, en 2005. Nous sillonnions la Touraine pour faire découvrir aux enfants quelques châteaux et villes de la Loire. J'ai une faiblesse pour les vins de la région, cabernet franc et chenin, en particulier. Et l'alibi culturel, c'est encore ce qui marche le mieux pour y traîner sa famille!

Au retour d'une visite à Chinon, je me suis arrêté au Château de La Grille, dans la montée vers Azay.

La Grille.jpgLe Château de La Grille (Photo H. Lalau (c))

A l'époque, les Baudry-Dutour n'étaient pas encore aux commandes, c'est l'ancienne propriétaire (peut-être Mme Gosset?) qui nous a reçus - ses deux gros chiens effrayaient les enfants, elles les a vite rentrés. Au caveau, j'ai dégusté quelques vins, j'en ai acheté de deux millésimes, 1996 et 2000, si ma mémoire est bonne. Juste 6, panachés, 3 et 3. Car j'avais quelques doutes: je trouvais les vins assez boisés. Mais j'étais là, je me suis dit qu'il y avait de la matière, et que le tout se fondrait peut-être avec le temps. Des copains m'avaient parlé de ces vins en bien.

Le problème, évidemment, c'est que je n'ai guère laissé le temps faire son oeuvre. Des trois 96, j'en ai bu un quelques mois après notre retour - correct, mais toujours très "grillé", et j'en ai donné deux à des amis.

Les trois 2000? J'ai dû en boire deux au cours des années qui suivaient, ils ne m'ont pas laissé un souvenir impérissable. La deuxième bouteille, ce devait être en 2008, je l'ai trouvée fermée. Sans doute le mauvais moment pour la déguster. Et je me suis bien juré de ne plus acheter ce type de vin. Car quoi, vous le savez si vous lisez ce blog, je suis d'abord un nasal.

Et voila que la semaine dernière, je retrouve une bouteille de ce lot. Je l'ouvre, je l'aère un peu, et là, surprise, elle est pleine de fruit. Et même de fruit frais - mûre, cerise du nord, garriguette. En bouche, le fumé prend le relais, mais il est très bien intégré, et le fruit revient, poussé par l'acidité. Puis vient le bouquet final, tout s'assemble comme les pièces d'un puzzle. Des notes animales déboulent, comme sortant d'un sous bois, où s'ouvriraient les campanules et les violettes.

C'est un moment rare. Dix ans, et pas une ride. Ou plutôt, dix ans, et plus une ride, mais une sorte de majesté, de grâce aérienne. Vous vous rappelez Sophie Marceau dans La Fille de D'Artagnan? Un frais minois, mais du caractère. De belles rondeurs là où il faut, mais une fine lame bien affûtée sous les dentelles... Une jolie fleur toute juste épanouie dans un jardin noble qu'on ne visite pas tous les jours...

Alors, ça ne valait pas le coup d'ouvrir La Grille?

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : loire, touraine, chinon, la grille, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

28 décembre 2010

Charlotte, vingt ans déjà

Il y a vingt ans jour pour jour, je me levais pour partir au boulot. Ma femme m'a retenu: "Je crois que c'est pour aujourd'hui". Changement de programme, on part à la clinique. Trois heures plus tard, Charlotte était née. Avec Charlotte, les choses ne traînent pas.

Cliché 2007-04-29 12-37-39.jpgCharlotte, 20 ans déjà

Si Charlotte était une voiture, ce serait une Mini Cooper. Diesel. Parce qu'elle est rapide, qu'elle a du style, mais aussi de l'endurance.

Si Charlotte était un animal, ce serait un écureuil. Curieux de tout, toujours sur le qui-vive, sensible, mais assez réfléchi pour penser à faire son stock de noisettes pour les mauvais jours.

Si Charlotte était un vin, ce serait un rouge de Loire, vif, fruité, avec du velouté en bouche. Un vin d'auteur, un vin d'artiste.

Bon, vous l'avez compris, j'aime très fort ma fille et je suis fier d'elle. Je suis sûr qu'elle fera son chemin dans la vie. Elle est en 3ème année d'histoire - et oui, je lui ai passé cette passion-là.

Je ne suis pas sûr d'avoir été le meilleur père qui soit - je suis assez soupe au lait, et j'ai été souvent absent. Mais ce n'est ni le moment ni le lieu de m'apitoyer.

Si je vous en parle, c'est parce que je me dis que c'est un cadeau original: vous ne la connaissez pas; aussi, vous la vanter, c'est totalement désintéressé.

Et puisque sur ce blog, tout finit, non en chansons, mais en vins, je vous signale, amis soiffards, que nous boirons aujourd'hui deux vins de son année, 1990.

Un Coteaux du Layon Rochefort de chez Grosset. Et un Madiran Domaine de Mourchette. Je suis curieux de voir s'ils s'épanouiront aussi bien que notre Charlotte.

11:37 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France | Tags : charlotte, vin, vignoble, grosset, madiran | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |