27 mars 2011

Eric Boschman et le Grand Larousse du Vin...

Il vient de sortir, enfin, presque, le nouveau Grand Larousse du Vin est  arrivé.

Pourquoi en parler maintenant alors qu’il est arrivé sur les tables des libraires il y a déjà une jolie paire de mois? Simplement parce qu’il y a deux manières de parler d’un ouvrage, soit on fait un copier/coller du communiqué de presse de l’agence chargée de faire passer le message, soit on prend un peu de temps pour le parcourir et se faire un avis.

France, vin, grand larousse du vin

A première vue, à la lecture du générique, ce livre est destiné à la France et aux Français. Mais, si, vous savez, ce pays rigolo où un Président qui ne mange pas est parvenu à faire inscrire un concept aussi sulfureux que la haute gastronomie française au patrimoine machin de l’Unesco. Ha, vous voyez que vous vous souvenez. Vous me direz qu’eux, au moins, ont un vrai gouvernement. Parfois, quand j’ai le temps de réfléchir, je me demande ce qui est le pire. Mais passons.

Quelques chiffres pour commencer: le nouveau né pèse trois kilos et cent cinquante grammes. Ce qui est fort respectable. Il contient cinq cent trente pages, ce qui a de quoi rebuter mon petit neveu qui adore la lecture.

La première partie, représentant plus ou moins un petit tiers de l’ouvrage, est consacrée au B.A.BA du pinard. Comment le servir, le conserver, le marier, son histoire, ses origines, les grandes familles de vignes et j’en passe et des meilleures. C’est plutôt vachement bien foutu, complet et nettement plus fiable que l’essentiel des sites web consacrés à la chose. Et puis, un livre, même très lourd, c’est quand même vachement plus sensuel qu’une tablette hein.

La suite du livre est consacrée aux grandes régions viticoles du monde. Equipe française, lecteurs francophones, marché français, éditeur français, donc la France représente une grosse centaine de pages. L’Italie, elle, pèse une vingtaine de ces mêmes pages. Ah, c’est comme ça m’sieurs dames, on a beau être le premier ou le second producteur du monde suivant les millésimes, le premier ou presque consommateur de cette même planète, si on est rédigé par des halogènes, paf, c’est comme ça, portion congrue. Il faut dire que pour les monomaniaques, il existe aussi des ouvrages portant exclusivement sur les pays, hein.

D'autres pays sont eux carrément aux abonnés absents, comme le Luxembourg (alors que pourtant, à quelques kilomètres, mais côté camembert, même les Côtes de Toul ont droit de cité). C’est moche, je trouve. En plus, nos amis hexagonaux connaissent quand même vachement le Luxembourg. Enfin, c’est peut-être pas pour les vins. Par contre, comme il y a peut-être un potentiel économique, le livre parle de l’Inde, certes peu, mais toujours plus que du Luxembourg. Et lorsque l’on évoque la Chine, c’est à peine plus que l’Inde. On parle aussi du Japon, mais en mettant en avant un propriétaire…français.

Bon, allez, j’arrête de faire ma tête de cochon, parce qu’en dehors de mes remarques désobligeantes pour le plaisir de l’être, ce livre devrait être obligatoire pour toutes les écoles hôtelières, cours de dégustations, formateurs en tous genres ; c’est très complet, certes un peu subjectif, mais c’est le propre de cet univers particulier.

C’est que le monde du vin est basé, en dehors de quelques données évidentes et le plus souvent techniques, sur deux axes impossible à objectiver : le talent et le goût. Oui, je sais, il s’agit d’un livre et donc, forcément, il est obsolète à l’instant de sa publication. C’est vrai, certains pays ont fortement changé leurs classifications ou régions de productions depuis deux ans, prenez la carte du Portugal et vous comprendrez.

Mais qu’est ce qu’on s’en fout ! il y a internet pour ça ! ce qui compte, et que vous ne trouverez pas ailleurs, c’est le style et la qualité des rédacteurs. Et là, ça vole haut. Si vous vous intéressez un peu au pinuche, c’est le truc qui doit garnir votre table de nuit. Un exemplaire au minimum par famille, c’est recommandé par les bons médecins.

Pour décompresser entrer deux chapitres, je ne peux que vous conseiller une perle rédigée par un certain Jean-Pierre Gauffre, Le « Petit Dictionnaire Absurde et Impertinent de la vigne et du vin ». Une œuvre de salubrité publique. Mais pour bien en saisir tout le sel, il vaut mieux avoir parcouru le Grand Larousse pour commencer.

En attendant la semaine prochaine, je ne résiste pas à vous livrer une petite définition extraite du Petit Dictionnaire etc:  «Bordelais : Obscure région de production viticole de piètre qualité, selon les vignerons de Bourgogne. (voir ce nom)». Donc, de la page dix-huit, vous vous rendez illico presto à la page vingt :  «Bourgogne : Obscure région de production viticole de piètre qualité, selon les vignerons du Bordelais (voir ce nom)». 

Allez, bonnes dégustations !

Le Grand Larousse du Vin, édition Larousse, 44,75 € et le Petit Dictionnaire Absurde et Impertinent de la Vigne et du vin, Jean-Pierre Gauffre aux éditions Féret, 14,80€

00:57 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Tags : france, vin, grand larousse du vin | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

26 mars 2011

Vin français: simplifier ou expliquer?

"Les vins français doivent revenir plus accessibles aux consommateurs, plus compréhensibles, moins ésotériques, moins élitistes, déclarait récemment Anne Haller, de France Agri Mer. Se basant sur un étude commanditée par l'office de promotion agricole français, elle enfonçait le clou: "Les consommateurs veulent bien boire du vin français mais pour eux ce doit être un service facile, ils ne souhaitent pas faire des efforts, être éduqués".

C'est dommage, parce que la mission d'explication, c'est justement celle de la presse. Je ne compte donc pas sur France Agri Mer pour m'y aider.

C'est dommage aussi pour les gens qui s'évertuent à faire des vins "compliqués" - je veux dire, autre chose que les 5 grands cépages mondiaux, tous hyper-concurrencés. Autre chose que des vins évidents.

france agrimer,vin,vignoble

"Bon alors pour simplifer votre acte d'achat, on a maintenant deux types de rouge en France, la bouteille haute et la bouteille basse. Vous mettez les étiquettes que vous voulez, c'est la cuvée Agri Mer"

C'est dommage, parce que j'ai du mal à comprendre comment France Agri Mer entend faire passer le message français avec le type de vins qu'il prône. Suggère-t-il de jouer uniquement sur le prix? J'ai le regret d'annoncer à Mme Haller que sur ce chapitre, à cépage égal et à qualité égale, nos amis Australiens, Sud-Africains et Chiliens sont plus que compétitifs. L'entrée de gamme, ils connaissent. Le premium aussi. Ils y sont même souvent plus forts que nous. Simplifier, dans ce contexte, cela risque fort de faire perdre au vin de France son "unique selling proposition".

Mais de qui au juste France Agrimer est-il le porte-drapeau, avec sa "simplification"?

A l'évidence, pas des petits Bourguignons épris de leurs climats et cherchant à affirmer leur différence. Quitte à l'expliquer.  Au risque de vous surprendre, tous les consommateurs étrangers ne sont pas décérébrés; il y en a même qui demandent de l'info.

Non, je pense que cette approche "basique" s'adresse plutôt aux grands faiseurs cherchant à écouler leurs volumes à l'export, alors que le marché français se rétracte. Mais cette France là me rend plutôt... aigre et amer.

Au fait, les deux types de producteurs ne financent-ils pas France Agri Mer?

 

 

 

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Bourgogne, France, Vins de tous pays | Tags : france agrimer, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (10) | | | |