26 mai 2011

Un enseignant et l'alcoolisation des édudiants

Laurent Reverso est Secrétaire Général d’Autonome Sup-Droit, à l’université de Tours. Il n’aime pas qu’on salisse le breuvage de Bacchus et ceux qui pourraient avoir l'idée d'en boire – et notamment les étudiants, qu’il connaît bien. Il ne mâche pas ses mots. On peut aimer la vérité et vouloir la dire... sans modération. Moi, j’aime.

Il paraît que la santé des étudiants français est en danger. Enfin, en danger du fait des excès de consommation d’alcool dans les « soirées étudiantes ». C’est ce qui ressort du «rapport Daoust» rendu le 24 février dernier par le Recteur de l’Académie de Poitiers. Du coup, à grands renforts de communication médiatique, le Ministre de l’enseignement supérieur a annoncé la semaine dernière que les soirées étudiantes allaient devoir être déclarées en préfecture après avoir été préalablement déclarées devant le chef d’établissement (on se demande pourquoi le feu vert de l’ONU, les tests ADN et les sacrifices de brebis ont été oubliés, pourtant, ça s’imposait).

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Autre mesure indispensable, les «testages» généralisés pour vérifier qu’il n’y ait pas de distribution gratuite d’alcool dans lesdites soirées. Bien sûr on ne sait pas qui va faire les tests en question (mais c’est vrai que policiers et gendarmes manquent de travail…).
En outre, les universités sont incitées à proposer à leurs étudiants des modules d’enseignement sur les risques liés aux comportements addictifs pour l’obtention de leur diplôme.
Une fois de plus on va dire que rien ne trouve jamais grâce à nos yeux, que nous sommes dans la critique systématique, etc., etc. Désolé, mais la santé des étudiants est en effet une question trop sérieuse pour être traitée par des effets d’annonce médiatiques.

Premier point, l’alcool. Que l’alcoolisation excessive et névrotique qui est une forme de suicide sans le courage d’aller au bout soit un problème, nul ne saurait le nier. Que les étudiants consomment des alcools importés de façon excessive et que les multinationales qui les produisent agissent comme les cigaretiers pour avoir des consommateurs-esclaves soumis psychologiquement et dépendants jusqu’à la maladie mentale est une évidence.
Le problème cependant n’est pas l’alcool en soi, mais le phénomène culturel de la mondialisation qui pousse à consommer de façon frénétique des alcools forts sans aucune barrière. Le problème réside dans le fait d’unir dans une même condamnation tous les alcools, comme si tout se valait, ce qui n’est pas le cas.
Que les étudiants boivent, comme tous les Français normalement constitués, du vin de qualité n’est pas du tout la même chose que d’ingurgiter des alcools forts produits industriellement. La culture n’est pas la même, ou plutôt dans un cas il s’agit d’une consommation culturellement encadrée et traditionnelle ; dans l’autre cas il s’agit simplement du symptôme d’un mal-être,
d’une maladie civilisationnelle.
La bonne réponse n’est donc certainement pas une quelconque prohibition ou la mise en place d’un ordre moral grotesque à l’anglo-saxonne, fondé sur la mise en garde : «attention! L’alcool c’est mal, voyez les effets désastreux…. ». Pathétique. On croirait les cours d’éducation civique pour élèves de huit ans sous la IIIe République en moins intelligent. Et encore, à l’époque, la chose se justifiait sans doute.
La solution n’est évidemment pas là, mais sans doute dans l’apprentissage de la dégustation de vin de qualité. Quant on connaît et qu’on apprécie le Vouvray, le Montlouis, le Chinon, le Bellet, le Bandol ou le Gevrey-Chambertin, on ne s’abreuve pas comme un dégénéré avec des alcools produits par l’industrie mondialisée. Et avec un minimum d’éducation, on propose du vin dans les soirées au lieu des distillats sponsorisés par des multinationales sans identité ni scrupules. On les laisse à leur place : à la porte !

On dira que l’on peut très bien abuser du vin, même de qualité. C’est vrai, mais il faut être d’une totale mauvaise foi pour ne pas voir que les comportements liés à ce type de consommation changeraient radicalement. Et au moins on arrêterait de financer des multinationales pourries au profit des viticulteurs français. C’est quand même autre chose, non ?
Une petite réflexion pour finir sur ce sujet : les attaques hystériques contre «l’alcool» que l’on subit en France depuis des années avec la bonne conscience dégoulinante et larmoyante des associations de « lutte contre la violence routière » ou contre « l’alcoolisme au volant » ne sont pas le fruit du hasard. A qui profite le crime? Réfléchissons un instant. Conduire en état d’ivresse est évidemment criminel ; mais conduire en prenant des antidépresseurs? Et des somnifères? Or, je ne pense choquer personne ni faire une révélation extraordinaire en disant que les Français sont tristement célèbres pour être parmi les plus gros consommateurs de ces poisons. Mais là, pas de problème. Personne ne proteste.

Concluons : le vin de qualité, consommé avec une certaine modération et dans un cadre convivial est le plus naturel, le plus sain et le meilleur des antidépresseurs.

A travers la condamnation unilatérale de «l’alcool», c’est évidemment le vin de qualité qui est le plus touché car la scélérate loi Evin empêche davantage la publicité pour ce produit naturel et traditionnel que pour les alcools forts - qui a touché les Trente Deniers? Derrière la condamnation du vin de qualité, il est bien évident que l’industrie pharmaceutique tire les ficelles parce que déterminée par des considérations de rentabilité à tout prix, elle préfère une population abrutie par les antidépresseurs et dépendante - donc rentable - qu’en bonne santé. Et aussi parce que dans le contexte répugnant de la mondialisation, il n’y a plus de place pour la bonne humeur gauloise. Réfléchissez-y lorsque dans un premier mouvement - naturel - vous adhérerez aux campagnes anti-alcooliques, y compris cachées derrière l’argument, incontestable en principe, de la santé des étudiants.
Et qu’on ne vienne pas dire que cela sort du domaine de la santé des étudiants car il me semble qu’il est du devoir des universitaires d’éclairer leurs compatriotes sur ce genre de manipulation sordide.
Et puis au fait, il n’y a que l’alcool qui pose des problèmes? Pour les drogues qui entraînent des comportements paranoïaques voire la schizophrénie, on ne fait rien? Pour qui connaît les effets sociaux désastreux et les troubles du comportement que les drogues produisent, il est clair que de plus en plus d’étudiants (et pas seulement, hélas!) sont drogués. Pourquoi n’en parle-t-on pas ? Parce que trop de journalistes et de politiques en consomment? Qui a intérêt à enterrer le débat?

Ce premier point éclairci, passons au problème plus général: la santé des étudiants. Voilà en effet un sujet grave et qui mériterait un tout autre traitement que celui des annonces médiatiques sur les «soirées». Le premier point à souligner est que les étudiants qui ont les moyens d’aller dans les soirées en question ne sont pas les plus démunis, car si la santé commence par une alimentation saine, il faut prendre conscience que de trop nombreux étudiants n’ont pas les moyens de manger à leur faim. C’est quand même autre chose que les beuveries des fils de bonne famille. Ce n’est pas un micro-phénomène: certaines universités ont déjà mis en place des banques alimentaires, et, hélas, manifestement pas pour rien. Que l’on s’attaque donc au problème fondamental de la pauvreté en milieu étudiant avant de bouffonner sur des micro-problèmes pour satisfaire les exigences délirantes du lobby de l’industrie pharmaceutique.
Bien entendu, la question de la pauvreté extrême de nombreux étudiants est liée à la question de la santé au sens étroit du terme, c’est-à-dire l’accès aux soins.
Là encore, faisons en sorte que tous les étudiants puissent se soigner normalement plutôt que de focaliser l’attention médiatique sur des détails insignifiants. Mais dans la société spectaculaire marchande, un ministre n’aura aucune chance d’attirer l’attention avec un tel programme, et peut-être pas la volonté de chercher les moyens financiers pour le mettre en œuvre.

Peut-être encore plus fondamentalement, au lieu de vouloir traiter les symptômes (l’alcoolisme ou la prise de drogues), ne devrait-on pas réfléchir sereinement aux causes qui entraînent ce genre de comportement? Ne pourrait-on pas se pencher sur les causes plus profondes du mal-être de la jeunesse, et de la population française en général ? On découvrirait peut-être alors que  l’alcoolisation frénétique d’une partie de la jeunesse n’a d’autre sens que la volonté inconsciente de fuir une vie reposant sur un immense néant spirituel, intellectuel et affectif; un vide intérieur sidéral.
Mais évidemment, il s’agit d’un tout autre chantier, moins médiatique, et qui surtout supposerait la remise en cause radicale d’un système éducatif aliénant, d’une idéologie dominante mortifère et soumise à la loi d’airain de la matière… Un tout autre chantier, en effet.

Laurent REVERSO
Secrétaire général d’AutonomeSup-Droit
laurent.reverso@univ-tours.fr

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin, vignoble, étudiants, alcoolisation, prohibition, modération | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

25 mai 2011

Terra incognita

A 50 ans bientôt, je regarde derrière moi et je me dis que j'ai eu la chance de visiter pas mal de vignobles au monde, de l'Europe en passant par le Chili et l'Afrique du Sud. Mais l'esprit humain est ainsi fait qu'il voit souvent le verre à moitié vide. Avec un peu d'avance, j'adresse donc au Père Noël ma liste de voyages encore à faire.

Des coins dont j'ai pu goûter les produits, ou pas; des vignobles tout près, ou très loin. Des appellations réputées, ou pas. Des voyages qui font rêver, ou pas.

Voici donc les endroits que j'ai vraiment envie de voir dans les années qui viennent, mes zones blanches sur la carte du vignoble mondial, ma "terra incognita":

-Coteaux du Vendômois/Coteaux du Loir

-Coteaux du Layon

-Duras

-Ardèche

-Gaillac

-Irouléguy

-Béarn

-Saint Véran

-Saint-Chinian

-Minervois

-Crépy

-Die

-Thann

-Alsace Grand Cru Schoenenbourg

-Gigondas

-Coteaux d'Aix

-Côtes Roannaises

-Châteaumeillant

-Saint Pourçain

-Quincy

-Morgon

-Pays d'Auge (Calvados)

-Armagnac

-Madiran

-Corneilla de la Rivière

-Saint Honorat

-Ribera del Duero

-Costers del Segre

-Açores

-Lanzarote

-Santorin

-Nemea

-Mantinia

-Samos/Lesbos

-Tunisie

-Hermanus

-Olifantsrivier

-Nouvelle-Zélande

-Cinque Terre

-Calabre

-Franciacorta

-Neuchâtel

-Bio-Bio

-Neuquen

-Salta

-Baja California

-Speyside

Comme vous le voyez, j'ai du pain sur la planche.