01 juin 2011

Au Comité national Vins de l'INAO

Le dernier communiqué de l'INAO fait état des dernières décisions de son Comité National Vins. De nouvelles AOC ont été approuvées, qui viendront renforcer une offre déjà pléthorique et de plus en plus inextricable pour le consommateur. Même si certaines le méritent certainement (je pense à Saint Mont, par exemple), c'est la mention AOC en général qui se dilue à chaque ajout sur la liste - une liste dont il semble pas prévu qu'on puisse sortir, même quand on a démérité. Mais parcourons ce communiqué:

Le Comité national des appellations d’origine relatives aux vins, aux eaux-de-vie et autres boissons alcoolisées de l’INAO s’est réuni à Bordeaux le 19 mai 2011.

Accession d’AOVDQS en AOC
Le Comité national a voté la reconnaissance en appellation d’origine contrôlée des appellations d’origine vin de qualité supérieure (AOVDQS) Saint-Mont, Tursan, Saint-Sardos, Côtes de Millau, Vins d’Estaing, Vins d’Entraygues et du Fel et Coteaux du Quercy. La catégorie des AOVDQS aura disparue au 31 décembre 2011.
Ces nouvelles AOC ne deviendront pleinement officielles qu’après publication au Journal Officiel de la République Française, des décrets homologuant leurs cahiers des charges.

Travaux de délimitation
Le comité national a approuvé les rapports des experts relatifs aux délimitations parcellaires des AOC Banyuls, Banyuls Grand Cru, Collioure, Touraine (mentions "Chenonceaux" et "Oisly"), Languedoc et Corbières.
Le comité a également donné un avis favorable pour le lancement de la révision de l’aire géographique des AOC Graves et Graves supérieures.

Terrasses viticoles
Le comité a approuvé le rapport des experts qui propose une définition et un mode de calcul pour le rendement des futures parcelles de vigne qui seraient plantées en terrasse.

Liens à l’origine
Dans le cadre de l’organisation commune du marché vitivinicole, chaque Etat membre doit avoir transmis pour le 31 décembre 2011 à la Commission Européenne les cahiers des charges des appellations d’origine contrôlées viticoles, enregistrées en AOP au 1er août 2009.
A ce jour près de 250 cahiers des charges complétés d’un paragraphe sur le lien à l’origine de l’appellation ont été examinés par les instances de l’INAO.

Source: INAO

09:06 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France | Tags : vin, vignoble, inao, france | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

31 mai 2011

L'exception française (2): cépages, héritage, etc...

Je suis fier de faire partie de la nation élue. Celle aux frontières de laquelle s'arrêtent les nuages radioactifs et les concombres contaminés, mais aussi, et on en parle moins, les hectos de vins espagnols.

La France a bien d'autres titres de gloire, heureusement. N'est-elle pas le pays du Professeur Benvéniste, le théoricien de la mémoire de l'eau?

Moi, je milite plutôt pour la mémoire du vin. Et notamment, la mémoire des cépages. De plus en plus de nos amis étrangers sont persuadés que le malbec est argentin, que le chenin est sud-africain, et que le sauvignon est néo-zélandais. Que pèse la vérité historique face aux réalités commerciales?

Le choix des AOC françaises de ne pas afficher leurs cépages (à de rares exceptions près comme en Alsace) était motivé par la volonté de privilégier le terroir, comme l'expose très bien mon confrère David Cobbold (c'est ici).

vin,vignoble,france,aocOcio, où quand le Chili s'éprend de la Bourgogne Cono Sur, co-starring Martin Prieur)

Le résultat: ces cépages (qui sont pourtant un élément du terroir) ne leur appartiennent plus. Aujourd’hui, Cahors revendique bien son malbec, mais il est bien tard: le malbec couvre 25.000 ha en Argentine, contre à peine 6.000 en France. La locomotive se trouve à Mendoza, aujourd’hui.
On pourrait multiplier les exemples: le merlot, le cabernet sauvignon, le chardonnay, la syrah. Sans oublier un des cépages les plus connus au monde: le fût de chêne.

Bref, à lire la presse étrangère (et même française, parfois), la France du vin est on ne peut plus «has been».
C’est vrai qu’elle s’est endormie sur ses lauriers. C’est vrai que sa réglementation est souvent bien opaque. C'est vrai que ses responsables cultivent l'exception française sur un mode intensif. Quand ce n'est pas l'exception berrichonne, l'exception alsacienne, l'exception bretonne ou savoyarde...

Mais à quelle région les gens de Cono Sur, au Chili, se comparent-ils quand ils cherchent à faire un grand pinot, (comme leur superbe Ocio) si ce n’est à la Bourgogne? Et à quel système le Chili, ce pays de la libre-entreprise, se réfère-t-il pour mettre sur pied ses premières véritables appellations?

Pendant que la France se dote du Vin de France, le blend absolu, l’arme marketing suprême, les pays du «on produira ce que vous voulez» songent à se compliquer la vie avec des idées aussi éculées que le zonage, les limitations de rendement, etc…

Je trouve ça marrant.

La morale de l'histoire? Nous ne sommes peut-être pas aussi ringards qu'il y paraît. Et si l'on commençait par redonner un contenu aux AOC que le monde nous envie? En arrêtant à leurs frontières les vins qui n'ont rien à y faire, par exemple?

Facile à dire. Mais comment faire? On en reparle un jour?

00:24 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin, vignoble, france, aoc | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |