09 juin 2011

Au Château Lestignac, on a la gnaque

Un Monsieur prénommé Mathias a déposé un commentaire ici même en réaction à mes propositions iconoclastes sur les AOC.

Ce qui suffit déjà à me le rendre sympathique. Ben oui, nous autres scribouillards, on a l'égo à fleur de peau; qu'on nous réponde, même pour nous engueuler, c'est déjà une victoire, une marque d'intérêt; alors vous pensez, quand on nous donne raison...

Dans son commentaire, il laisse aussi l'adresse de son site (malin, le Mathias): c'est ICI

Alors j'ai été voir.

Bref, comme disait Papin, ou Pippin, je ne sais plus, j'ai aimé et le ton, le le fond. Comme mon ami Luc, d'ailleurs (qui est quand même l'arbitre des élégances blogueuses et de la dialectique vineuse pour toute la Frannnsse du Sud). Ave, Lucum, barbituri te salutant!

C'est pourquoi j'ai décidé d'en faire un nouveau billet. Parce que les commentaires, ce n'est pas ce qu'il y a de plus visible sur un blog.

Adonques, manants, Si vous passez par Sigoulès (et pas spécialement par la coopé), ne manquez pas d'aller le visiter.

13:59 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin, vignoble, france, sigoulès | Lien permanent | Commentaires (9) | | | |

Amicales internationales des cépages

Vous avez remarqué? L'heure est à la coopération. Cahors et l'Argentine organisent régulièrement des opérations communes autour de leur dénominateur commun, le malbec (alias côt ou auxerrois). Plus récemment, Madiran et l'Uruguay ont fait de même, autour du tannat. Je reçois à l'instant deux invitations (une en français, l'autre en anglais) me conviant à une conférence-dégustation sur ce thème, le 22 juin à Vinexpo.

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Et vous, vous irez?

Tout cela est éminemment sympathique. Que des vignerons séparés par l'océan et l'histoire se retrouvent ainsi, apprennent à se connaître et à partager leur héritage, c'est presque émouvant.

Sauf que si l'on y regarde de plus près, c'est le mariage de la carpe et du lapin.

Prenons l'exemple du tannat. D'un côté, vous avez une AOC, Madiran, avec ses règles, son aire de production sur les contreforts pyrénéens, en altitude, ses assemblages (le tannat n'étant qu'un  élément parmi d'autres), ses limites de rendement; et de l'autre, un pays entier, l'Uruguay, qui ne s'est pas doté d'appellations; un pays dont la zone de production, plate comme ma main, se situe le long de l'Atlantique, et qui n'a pas de plafonds de rendement. Vous parlez d'un attelage! Pas étonnant que lors des dégustations de tannats uruguayains, les aficionados du Madiran ne retrouvent pas leurs petits.

Passons au Malbec: à Mendoza (j'en reviens), tout est permis au presque, y compris l'irrigation. La surface cultivée en malbec est plus de 5 fois celle de Cahors. Les rendements ne sont pas limités. On peut aussi ajouter d'autres cépages, à concurrence de 15%, et des vins d'autres origines (San Juan, La Rioja argentina, etc...) dans les même proportions.

Je sais bien que l'époque glorifie les différences, le multiculturel, etc.  D'ailleurs, c'est l'exergue de la conférence tannat: "Diversité des expressions de terroir". On peut avoir des doutes sur la conception d'un terroir à l'échelle d'un pays (sauf peut être au Luxembourg), mais là, je cherche sans doute la petite bête. Parce que l'essentiel est ailleurs: organiser à deux une conférence permet de diviser les coûts. Et puis, ça fait parler d'autre chose que du chardonnay, du cabernet, du çauvignon... ABC. Anything but C...

Mais plus sérieusement, n'est-il pas déconcertant pour les responsables d'une AOC de présenter leurs vins aux côtés de produits qui ne respectent aucune des règles qu'ils imposent à leurs ouailles? Voire dangereux?

Moi, si j'étais de Cahors et que je voie le type de Malbec qu'on fait à Mendoza, en quelle quantité, avec quel rendement et avec quelle rentabilité à l'hectare, je crois que je me lancerais dans le Vin de France. Je pourrais toujours déclarer le cépage et le millésime, et avec un rendement double de celui de l'AOC Cahors, je pourrais espérer concurrencer mes amis argentins sur les marchés étrangers... cqfd (côt erat demonstrandum)

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine, France, Sud-Ouest, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |