25 juin 2011

Les Français, le vin, l'internet, la presse, tout ça...

Quel rapport les Français entretiennent-ils avec le vin? Quelles sont leurs sources d’information et quelle place y occuppent les nouvelles technologies? Quels rôles jouent les réseaux sociaux et en quoi influencent-ils l’acte d’achat de vin? Ce sont les questions auxquelles ont dû répondre les sondés de l'étude So Wine/SSI 2011. Une étude à prendre avec quelques pincettes, à mon humble avis.

Le-vin-pour-les-nuls-CDC.com-CarrefourDesCultures.jpgIl y a encore un avenir pour la vulgarsiation vineuse...

En voici les principaux enseignements:

Pour 74% des Français interrogés, le vin est un produit à distinguer des autres alcools. Voila qui fera plaisir aux 63 députés signataires de la proposition de loi visant à faire reconnaître le vin comme partie intégrante du patrimoine culturel français.

Une majorité des sondés (62,3%) se considère comme néophytes en matière de vin. Pour 63,8% d'entre eux, il est important d’avoir un minimum de connaissances sur le vin pour savoir l’apprécier; et pour 74,6% d'entre eux, "il est primordial de se renseigner avant d’acheter du vin". Notez que le contraire  m'aurait franchement déçu: imagine-t-on des gens vous dire qu'ils achètent n'importe quoi, ou les yeux fermés?

Toujours d'après l'enquête, "les conseils de l’entourage" demeurent la première source d’information utilisée par les consommateurs français pour préparer un achat de vin (46,8% des sondés disent s’y référer).

Arrivent ensuite "les conseils prodigués par les cavistes" (34,6%) et "les sommeliers" (15,3%). Ces deux chiffres me semblent très élevés; d'une part, les ventes des cavistes sont loin d'atteindre 34,6% des actes d'achats. Et de l'autre, tous les restaurants ne proposent pas les services d'un sommelier. Il faut donc là encore faire la part du "déclaratif": si les sondés sont vraiment représentatifs de la populatiion française, lalors, à l'évidence, leurs réponses témignet plus de leur aspirations que de la réalité de leur comportement. D'autant que d'autres études révèlent que 30% des Français environ ne boivent plus de vin.

Toujours selon So Wine, viendraient ensuite "les échanges directs avec le producteur "(14%) et internet (13,3%), largement devant les guides spécialisés (7,7%) et la presse écrite, qu’elle soit spécialisée (4,4%) ou généraliste (3,3%).

Voila des scores particulièrement bas. A se demander à quoi ça sert que les chroniqueurs vineux se décarcassent! Sauf que bien sûr, on n'a pas besoin de Bettane, de Dupont, de Gerbelle ou de Casamayor pour acheter sa bouteille de Cambras, de Listel ou du Cellier des Dauphins... Quel pourcentage de Français achètent des vins de prix pouvant nécessiter le conseil d'un spécialiste? Combien s'intéressent réellement au vin, au-delà de l'aspect boisson désaltérante? Le résumé de l'étude ne le dit pas. On peut aussi chausser des lunettes roses et se dire qu'il y a encore un avenir pour une vulgarisation intelligente...

Quoi qu'il en soit, les blogs et les forums consacrés au vin, eux, seraient consultés par 1 acheteur sur 3 et les sites de producteurs par 1 acheteur sur 4, alors que les sites payants de notes de dégustation attireraient à peine 5% des acheteurs réguliers.

Toujours selon l'étude, si le consommateur français de vin est particulièrement adepte des réseaux sociaux, son adhésion aux communautés en ligne sur le vin et son usage des applications mobiles demeurent faibles.
 
Malgré une utilisation plus active des réseaux sociaux généralistes (+5% par rapport à la population moyenne), à peine 4% des acheteurs réguliers appartiendraient à des réseaux sociaux spécialisés en vin et 6% à des groupes  "vin" sur les réseaux sociaux généralistes. Les applications mobiles consacrées au vin seraient elles aussi encore peu considérées, avec à peine 21% des répondants affirmant leur porter de l’intérêt.

Malgré un volume d’acheteurs en ligne encore assez faible, les comportements d’achat en ligne diffèreraient sensiblement de ceux qui prévalent dans les canaux traditionnels de distribution.

10% des sondés affirment acheter du vin en ligne. L'acheteur type aurait un profil plutôt masculin, urbain et jeune. A noter que 2 personnes sur 3 ayant utilisé Internet pour préparer leur achat de vin finiraient par acheter par d'autres moyens.

Le panier moyen pour un achat effectué sur Internet est sensiblement plus élevé que pour un achat effectué dans un autre canal: le budget moyen (+102%) et le volume d’achat (+90%) sont quasi doublés.

Enquête réalisée auprès d’un échantillon de 1.200 personnes, représentatif de la population française, du 1er au 8 février 2011.

Plus d'info: marie@sowine.com

00:15 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

23 juin 2011

J'ai visité pour vous... planeteliege.com

Voici un site qui annonce la couleur: il s'appelle Planetliege. Et il vante les mérites du bouchage en liège.

Je vous cite quelques uns des billets:

"Je ne concevrais pas de boucher mon vin avec autre chose que du liège" (Par Alain Dominique Perrin),

"Le bouchon de liège a su garder toute l'herméticité nécessaire pour le vin" (par Vranken-Pommery),

"Le bouchon de liège est synonyme de longévité et de qualité" (par Bernard Noblet),

"Le liège évoque la sécurité du bouchage", par Bernard Magrez

ou encore," Le liège : tendance 2011 et matériau d'avenir".

J'espère au moins que tous ces contributeurs ont reçu une petite ristourne de leurs bouchonniers. Et un bel argumentaire pour leurs clients victimes du goût de bouchon. Comme pour ce Pape Clément 96, commenté ici par Mathieu Lebat.

Quoi qu'il en soit, respectons le choix de chaque producteur, puisque le bouchage est un des éléments qui entre dans la composition de leur oeuvre, un peu comme le vernis dans une peinture. C'est la responsabilité de l'artiste, ou dans le cas du vin, de l'artisan.

Bien sûr, ce n'est pas sur Planète Liège qu'il faut chercher les défenseurs des bouchages alternatifs. Je n'y ai pas trouvé la trace d'un seul Néo-Zélandais ou d'un Suisse adepte de la capsule à vis (la Suisse a pourtant 30 ans d'expérience, et même pour ses grands vins); ni de notre ami Luc Charlier, qui n'a jamais utilisé un bouchon de liège, traditionnel ou reconstitué, dans sa cave de Coume Majou. Ni même de Jean-Martin Dutour, le président d'Interloire, qui préfère le screwcap pour ses chinons blancs. Et les bouche avec ce système pour l'export, mais doit encore se résigner au bouchon en France à cause de l'inertie de la sommelerie nationale.

Et ce n'est pas là non plus que vous trouverez les comptes-rendus des événements où, malgré le prix élevé des bouteilles présentées, les bouchons ont prouvé leur vulnérabilité (je pense à une dégustation récente du GJE)...

Bref, voici un site de convaincus. Pour ne pas dire, un site de propagandistes. J'aime bien quand on y parle de "tradition immuable".  Dans cette optique, le goût de bouchon n'est pas un défaut, c'est un élément de patrimoine.

Je passe sur l'argumentation du type "le liège est favorable au développement durable", qui occulte les dangers de la monoculture, et passe sous silence les expériences en cours pour accélérer la croissance des chênes-liège...

Vous l'avez compris, ce site ne m'a pas convaincu.

Je remarque une chose: la capsule à vis n'a pas de site ni de blog (enfin, à ma connaissance), et ça ne l'empêche pas de séduire de plus en plus d'adeptes.

Alors, s'il vous plaît, Messieurs du liège, moins de sites, moins de témoignages de prestige et plus de dégustations comparatives...

00:13 Écrit par Hervé Lalau dans France, Nouvelle-Zélande, Suisse, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |