28 juin 2011

Clos des Fées 2006

Grâce à son Eurocave VOV3 tout neuf, j'ai dégusté hier chez L'Accent Catalan, à Waterloo, un verre du Clos des Fées 2006, de mon homonyme de prénom Hervé Bizeul.

Servi à température idéale, en cette journée de grande chaleur, c'était appréciable (ben oui, c'est pas parce qu'ils n'ont pas de gouvernement que les Belges n'ont pas le droit à la canicule).

Au premier nez, je suis un peu dérouté par les notes de bois (noble, mais un peu envahissant); mais ça s'estompe, le fruit revient, prune, cerises griotte; en bouche, humus, quelques épices, de jolies notes fumées. Le vin a de la structure, les tannins sont très suaves ; la finale n'en est que plus longue et plus ample. Quel bel élevage! D'ailleurs, j'ai oublié de cracher à la fin.

Que voulez vous de plus? Un peu plus de garrigue, peut-être? Un peu plus de truc qui décoiffe? Bon c'est vrai, cette cuvée est très travaillée, elle fait très "grand vin".  Mais pourquoi diable le Roussillon n'aurait-il pas ses vins de style Cru Classé? D'ailleurs, comme à Bordeaux, Hervé Bizeul, qui n'est pas né de  la dernière pluie commerciale, les vend aussi en primeurs!

Dans le style, on peut peut-être préférer le Monte Nero de Régis Boucabeille, ou le Casot de Coume Majou; plus pêchus, sans doute. Mais ce n'est pas tant une question d'échelle de valeur qu'une affaire de goût, d'attente, voire d'habitude.

Ca mérite la réflexion: qu'attend-on d''un vin du Roussillon?

Désolé, la dégustation était totalement inopinée, alors je n'ai pas pensé à prendre une photo. Merci à Michael Fernandez pour cette gentille attention.

17:48 Écrit par Hervé Lalau dans France, Roussillon | Tags : vin, vignoble, clos des fées | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Objectivité, compétence, blog, journalisme... ma réponse à Pierre-Marie

Je réponds à M. Pierre-Marie, qui m'interrogeait hier soir, benoîtement, sur ce métier de journaliste du vin, l'objectivité, la compétence, etc...

M. Pierre Marie,

Je pense que je n'en saurai jamais assez assez pour faire autorité. Ni des enjeux, ni de la vigne, ni de l'ensemble du secteur.

Je pense aussi que les visites sur le terrain sont les moments les plus importants du métier - je pars en Corse dans quelques jours, j'ai hâte d'y être, de rencontrer des vignerons, de les faire parler, d'arpenter les vignes. D'essayer de comprendre leurs vins, leur région, pour vous en parler en connaissance de cause.

Maintenant, je crois qu'il faut établir un distingo entre cet "espace de liberté-ci", ce blog, et la presse au sens strict.

Un billet sur un blog, ça se nourrit de l'air du temps, ce n'est pas écrit pour l'éternité. Même si un journaliste n'enlève jamais vraiment sa casquette de journaliste, je m'autorise sur mon blog des commentaires personnels que je ne me permettrais sans doute pas dans les magazines. J'y sui plus naturel, plus rapide, moins "autorisé". Ces commentaires sont ils toujours avisés? Pas forcément. Mais tout de même, argumentés (sauf dans le cas de billets d'humour, évidemment).

Je me considère comme un artisan de la plume, qui apprend de tout, de ses réussites comme de ses erreurs, comme un menuisier apprend de ses outils et du fil de son bois. Et en ce qui concerne la poésie, que vous évoquez dans votre commentaire d'hier: j'essaie de faire la part des choses. Oui, il y a des commentaires de vins émouvants ou des portraits qui laissent une certaine place à la poésie, à une petite forme d'art que je qualifierai, en ce qui me concerne, de mineur. Mais les articles de fond sur un pays, une région, un type de vin, non, là on est plutôt dans le journalisme pur (pour autant que ça existe), l'enquête, les questions, les réponses, les analyses.

Pour revenir à l'objectivité, je pense que c'est un but qu'un journaliste doit toujours rechercher même s'il sait qu'il ne l'atteindra pas. C'est le B-A-Ba du métier; de même que l'obligation d'écouter, de se documenter, de retranscrire fidèlement ce qu'on vous a dit. Un journaliste, qu'il exerce dans le vin ou ailleurs, c'est un passeur, pas un acteur, ni un décideur, ni un créateur; plutôt un accoucheur de petites et grandes vérités. J'ai une sainte horreur de ceux qui manipulent les faits pour les faire rentrer dans leurs idées. J'espère bien que ce n'est pas mon cas, même malgré moi.

Je parle ici des journalistes, car les chroniqueurs ou les critiques peuvent avoir une conception différence. Le désir d'influencer, d'agir sur leur environnement. De retirer les bénéfices d'une certaine notoriété, d'un savoir-faire, aussi, peut-être.

Et pour la compétence? Et bien disons  qu'après une vingtaine d'années dans ce secteur, dont une dizaine vraiment en tant que spécialité, je me trouve moins compétent que je devrais l'être pour écrire les articles que j'ai envie d'écrire. Pour faire "le tour de la question". Mais je me trouve quand même plutôt plus compétent que d'autres dont je lis les articles sur le vin avec, parfois, une certaine stupéfaction.

Mais je n'ai aucune leçon à donner; je me répète, l'important, ce n'est pas celui qui écrit, mais ce qu'il écrit, son sujet, et éventuellement, mais seulement après, comment il l'écrit. Sincèrement, je ne pense pas que le meilleur de mes articles puisse apporter autant à un amateur de vin... qu'un bon verre de vin!

00:30 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France, Fromages, Gastronomie, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, journalisme | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |