03 octobre 2011

La symphonie savoyarde du jeune Berlioz

Je rentre de Chambéry où j'ai passé deux jours, histoire de faire un peu mieux connaissance avec un des vignobles les plus discrets de France, celui de Savoie. Des cépages indigènes quasi inconnus ailleurs, des vignobles à taille humaine, des particularismes locaux, une histoire millénaire, combien de raisons vous faut-il pour pousser un peu plus loin que le jaja qu'on vous sert dans les stations de ski ?

savoie,vin,vignoble,berlior,crayChignin au soleil couchant (photo H. Lalau)

 

Première démonstration avec les rouges du Cellier des Cray, à Chignin.

Le vigneron, Adrien Berlioz (oui, comme le musicien), est jeune, il en est à son cinquième millésime, mais il a vite fait ses gammes. Disons qu'il apprend en faisant et il apprend vite.

Berlioz.jpgAdrien Berlioz, un prénom à retenir (photo H. Lalau).

 

Néo-vigneron installé sur un peu plus de 5 ha, il est attaché à sa terre et à ses cépages locaux;  sa compagne est apicultrice, et tous deux  luttent pour préserver leur environnement.  Un prénom, une adresse à retenir.

Cellier des Cray Mondeuse (cuvée tradition) 2010

Griotte, poivre blanc, fumée lardé, entre gamay et syrah, léger, (12% d'alcool, oui, ça existe encore), joyeux, jolis tannins, 15,5/20

Cellier des Cray Cuvée Marie Clothilde 2010

Le vin est sans doute un peu moins flatteur au nez ( pivoine, gariguette et fruit noir, quand même), mais la bouche est vive, plus viandeuse, plus minérale aussi (presque crayeuse); belle finale sur les épices, le poivre, une pointe de coriandre; avec sa charpente solide comme une maison des Bauges, voici une mondeuse taillée pour la garde 15/20 (et sans doute plus encore demain)...

Adrien concocte aussi de belles cuvées de Chignin-Bergeron (du blanc, cépage roussanne), élevées en cuve ou en barrique. J'ai particulièrement apprécié la Cuvée Grand Zeph 2010 (100%), aux superbes notes de poire et d'abricot au nez, et au bel équilibre gras vivacité en bouche, avec une finale légérement saline. Là aussi, un vin qui ne perdra certainement pas à attendre un peu en cave - les roussannes sont souvent bues trop vite.

Rectificatif: tous les vins de Savoie ou presque sont bus trop vite. Soit parce qu'ils méritent mieux - ils y gagnent en complexité. Soit qu'ils ne méritent pas d'être bus du tout, mais ça heureusement, ce n'était pas l'objet de notre voyage...

00:03 Écrit par Hervé Lalau dans France, Savoie | Tags : savoie, vin, vignoble, berlioz, cray, chignin, mondeuse | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

30 septembre 2011

69.970 exploitations viticoles en France

C'est officiel, ce sont les chiffres du recensement agricole 2010: la France compte 69.970 exploitations spécialisées en viticulture, totalisant une superficie de 789.000 ha. En 2005, elles étaient 77.660 et en 2000, 92.000. La baisse est donc de 24 % en 10 ans.

Les grandes et moyennes exploitations (celles dont le chiffre d'affaires est supérieur à 25000 euros par an) ont plutôt mieux résisté à l'érosion, puisqu'elles sont passées de 55.000 unités en 2000 à 47.000 en 2010, soit une baisse de 15%.

Deux petits commentaires de mon cru:

1° Moins de 25.000 euros par an, c'est bien peu pour faire vivre une famille. Il y a bien sûr des entreprises qui ne font pas que de la viticulture, mais tout de même, cela pose la question de la viabilité.

2° La surface moyenne de l'exploitation française est de 11 hectares. Ca peut être suffisant pour vivre dans les grands crus de Bourgogne ou de Bordeaux (il faut cependant tenir compte des impôts fonciers), mais c'est notoirement insuffisant pour les régions à faible notoriété.

Deux pistes diamétralement opposées s'offrent à ces petits exploitants défavorisés: d'un côté, la valorisation (le bio, la biodynamie, les efforts qualitatifs qui permettent de sortir du lot et de vendre plus cher); de l'autre, l'abaissement des coûts de revient par l'augmentation des rendements et la mécanisation, notamment.

La première me semble promise a plus d'avenir, compte tenu des charges qui pèsent sur l'entreprise en France, et que ne connaissent pas les pays concurrents. Ces charges pèsent encore plus lourd quand on vend à bas prix.

J'oubliais deux autres "solutions", mais qui ne permettent pas de pérenniser l'exploitation: l'arrachage des vignes et la revente à des structures plus grandes. Ce sont ces deux dernières pistes qui expliquent l'évolution enregistrée par le recensement.