17 août 2011

Au chitosane, aussitôt fait

Connaissez-vous le chitosane? Ce nouveau produit œnologique est autorisé depuis juillet 2009 par l'OIV, et plus récemment (janvier 2011) par l'Union Européenne.

Dérivé de la chitine, utilisable après fermentation, il permet d'éradiquer les populations de Brettanomyces des vins contaminés.

La frange la plus traditionnaliste de la Bourgogne est sur les dents. C'est qu'il ne faudrait pas qu'on lui éradique son fond de terroir...

Les bretts (et pas seulement les frères de ce nom) font en effet toujours la fierté régionale de ceux des vignerons qui  murmurent à l'oreille des chevaux. Qui vivent avec les chevaux; qui mangent avec les chevaux; qui boivent avec les chevaux!

00:07 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, France, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

14 août 2011

Indigné, quand même... par la Loi Evin

Nicolas de Rouyn s’étonnait hier sur ce même blog de me trouver si neutre à propos de l’affaire Edonys. 

Aurais-je perdu ma capacité d'indignation? La réponse est non.

Bien sûr, je souhaite à Edonys de gagner son recours devant le Conseil d’Etat, d’autant que ses arguments m’ont convaincu. Je vous fait une promo sur les euphémismes: le CSA ne me semble pas avoir instruit le dossier en toute objectivité.

Mais même s’il est éminemment inquiétant de voir un organisme public, réputé indépendant, faire preuve d’arbitraire, et je comprends la colère que cela peut soulever, je crois devoir réserver le plus gros de mon indignation à un autre aspect de la chose.

Même si Edonys parvient à faire prévaloir ses arguments devant le Conseil d’Etat, il n’aura fait que faire respecter les règles du droit administratif ; et si le CSA et/ou l’un de ses membres est rappelé à l’ordre, ce sera pour avoir mal appliqué ce droit, et rien de plus. On se situera toujours dans le même contexte : un audio-visuel encadré, où les chaînes sont soumises à autorisation d’émettre, où leur contenu est préalablement évalué.

Ce qui, à mon humble avis, entre en conflit avec un petit détail garanti, non par une quelconque loi à but prétendument sanitaire, mais par la Constitution de la République, et au delà, par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme: j’ai nommé la Liberté d’Expression.

Je note avec consternation, et une pointe de lassitude, que la Loi Evin ne fait l’objet d’aucune tentative d’assouplissement, alors qu’elle contredit tous les beaux discours de nos politiques s’extasiant devant le dynamisme et la qualité de notre production viticole. «Produisez», qu’il disait, notre hyper-président. D’accord, mais qu’est-ce qu’on fait du vin ? On peut encore le vendre en France, ou il faut tout exporter ? Parce que côté promotion, dans l’Hexagone, la Loi Evin ne facilite vraiment pas la tâche des producteurs.

Et en plus, elle manque son but. Elle ne gêne absolument pas les grandes marques qui profitent de leur rente de situation; celles-là n’ont rien à expliquer, à revendiquer, à communiquer: elles existent déjà. Alors que ceux qui auraient intérêt à communiquer leur différence, leur nouveauté, n’en ont pas la possibilité. Je note incidemment que si la consommation de vin a baissé en France depuis l’entrée en vigueur de la Loi, la consommation de whisky (principalement à bas prix) à augmenté.

Dans une interprétation jusque-boutiste de la loi, un juge a même trouvé le moyen d’assimiler la critique vineuse à de la publicité et à exiger des journaux qu’ils publient les avertissements sanitaires d’usage en regard de leurs articles vin. Ce fut le procès du Parisien, de sinistre mémoire. Notons que le journal n’a même pas osé faire appel.

Il faut dire qu’à part quelques suppléments «foires au vins» copieusement soutenus par les grands distributeurs, le vin n’est plus un enjeu publicitaire majeur pour les journaux ; la part du rédactionnel qu’on lui consacre n’arrête pas de baisser. Le nombre de journalistes vineux aussi. C’est là un autre des effets pervers de la Loi Evin.

Il y en a d’autres, même hors de France: elle a complètement gelé le paysage de la communication vineuse des vins français. Les «grandes» marques françaises de vin sont devenu des nains à l’étranger, faute d’avoir pu développer une base de notoriété dans les nouvelles générations en France.

Aujourd’hui, le Belge moyen connaît mieux Mateus, Penfolds, Gallo ou Casillero del Diablo que Listel, Cordier ou Malesan. Seuls les champagnes font encore exception à la règle (mais le cava vend déjà plus en volume au Plat Pays).

Plus grave encore à mes yeux, la loi Evin infantilise le consommateur français. Sous prétexte de le protéger contre de potentielles dérives, elle interdit au lieu d’éduquer.

Apprenons à nos enfants à boire bon et en quantités raisonnables, informons-les sur les dangers, bien sûr, mais aussi sur le plaisir culturel du vin, c’est la meilleure arme que nous pouvons leur donner contre le binge-drinking!

Les raisonnements qui sous-tendent la loi font injure à notre libre-arbitre. Et le CSA n’est qu’un des exécutants de cette politique inepte, un petit soldat perdu dont la mission est par ailleurs totalement anachronique à l’heure d’internet et des bouquets satellites.

Comme Nicolas (De Rouyn, pas Sarkozy, car ce dernier est déjà passé à d’autres thèmes de campagne), je m’étonne qu’un vent de fronde n’ait pas déjà conduit notre bon peuple des amoureux de Bacchus à se soulever contre cette oppression, cette mise à l’index si injuste au regard des évolutions sanitaires: le vin, et surtout pas le vin dont nous parlons, n’a rien à voir avec l’alcoolisation.

Je trouve stupéfiant (le mot est adapté) que tous les députés des départements viticoles français n’aient pas depuis longtemps fait abroger le texte de la Loi Evin, ne serait-ce qu’en sortant les vins d’appellation de son champ d’application.

Peut-être attendent-ils que le lobby vin (quand il existera) le leur demande gentiment.

Ou peut-être attendent-ils juste que je me prononce sur la question ? Voilà, c’est fait.

 

 

 

00:31 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (20) | | | |