12 mars 2012

IGP Sables de (Grosse) Camargue

Vous connaissez l'IGP Sables de Camargue? Moi non plus, et pour cause: "ça vient de sortir". Ce nouveau nom remplace la mention "Vins de Pays des Sables du Golfe du Lion", née en 1982.

Le gain pour le consommateur? Aucun, à ce qu'il semble, puisque le cahier des charges reste le même; la zone de production aussi, sauf erreur de ma part.

A savoir, dans le Département des Bouches-du-Rhône: Les Saintes-Marie-de-la-Mer; dans le Département du Gard: Aigues-Mortes, Le Grau-du-Roi, Saint-Laurent-d’Aigouze, Vauvert; dans le Département de l’Hérault, enfin: Frontignan, Marseillan, Mauguio, Palavas-les-Flots, Sète, Vic-la Gardiole, Villeneuve-lès-Maguelonne.

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Séte... en "Grosse Camargue". (Photo Demeester)

Je ne sais pas pour vous, mais je trouve que la Camargue vient drôlement de s'étendre, tout d'un coup.

D'autant qu'on doit ajouter à cette zone  de production des raisins une zone plus large où la vinification est autorisée; et puis une zone dite "de proximité" encore plus large, où elle est autorisée "par dérogation" (celle là s'étend jusqu'à Béziers, histoire de n'exclure aucun gros élaborateur, je suppose).

C'est bien de vouloir améliorer la notoriété du vin en s'appuyant sur un nom connu, et j'espère que ça profitera aux producteurs. Mais si c'est au mépris de la géographie, alors c'est se moquer du monde. Ce qui passait encore quand on parlait du Golfe du Lion devient ridicule quand on parle de Camargue, même au sens large. Si Sète et Marseillan sont en Camargue, alors pourquoi pas Marseille ou Cassis?

Plus généralement, je trouve dommage, quand même, que tant de modifications de cahiers des charges ne soient que cosmétiques; et surtout, qu'elles soient l'objet de si peu de contrôles.

EN IGP comme en AOC, ces mises à jour auraient pu être l'occasion de renforcer les contraintes qualitatives. Et puis, a minima, l'INAO et la Commission Européenne pourraient quand même exercer un vrai droit de regard, pour éviter qu'on tombe dans le ridicule.

Enfin, c'est mon avis.

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc, Midi, Provence | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

11 mars 2012

Printemps, Champagne… à la santé de Chlodowig!

Où l'ami Eric nous donne sa version printanière et primesautière de la success-story du Cava à la française...

Le printemps est là, c’est clair; certes il tombe encore des lignes à haute tension, mais les forsythias bourgeonnent et ça va pas tarder d’être long avant qu’ils ne fleurissent. Alors pour fêter ça, rien de tel qu’une bonne flûte. Champagne, pour marquer le coup !

Oui, mais bon, pourquoi faisons nous la fête avec du Champagne? C’est une longue histoire et même plutôt belle. Tout commence avec Clovis (alias Chlodowig), le Tournaisien qui va lancer le Franc sur le marché royal. Ce bon vieux Cloclo épouse la très catholique Clotilde. Elle ne rigole pas avec le spirituel la gamine, c’est qu’un Salien vaut mieux que deux tu l’auras, mais pas à n’importe quel prix. C’est elle qui va convaincre son mari chéri d’aller se faire baptiser chez ce bon vieux Rémi, qui bien que sans famille, est aussi l’Evêque de Reims (la capitale de la Gaule Belgique, rappelez-vous, amis latinistes).

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Clovis sauvé des eaux (photo d'époque)

En fait, Reims, on s’en fout un peu, mais ce qui compte c’est que l’homme est le capo di tutti li capi dans cette partie-ci de l’Europe. Et que notre Hennuyer a bien compris que sans la bénédiction de celui-là, point ne serait question d’asseoir son pouvoir dans le coin. Et hop et hop, par l’intermédiaire de Madame, tout le monde se met autour de la table, on tombe d’accord et direction les fonds baptismaux. Qu’est ce que la real politik de la presque nuit des temps vient faire au milieu du Champagne?

C’est que Rémi est évêque de Reims, on l'a déjà dit, et que cette ville se situe en Champagne. Bon, à l’époque, le vin de Champagne est plutôt rouge et ne pétille qu’au printemps, lorsqu’il refermente dans les barriques. Rien à voir avec ce que les vedettes et peoples ingurgitent pour montrer leur bonheur de faire partie des gens qui comptent parfois. Je vous l’accorde, mais, ce que Clovis vient de faire, va être reproduit par tous les Rois de France qui lui succéderont, jusqu’à un certain petit énervé d'Empereur qui, lui, préférera se mettre la couronne lui-même sur le crâne à Paris. Entre temps, plus mille ans se seront passé (je vous la fais courte).

Lors de chacun des couronnements, surtout dans les temps troublés du moyen-âge, la partie de l’Europe que nous habitons vivait une période de calme relatif de plusieurs mois. C’est qu’il fallait le temps aux vassaux, cousins et autres copains du futur roi pour se rendre en grand équipage en terre rémoise. Puis, sur place, le truc n’était pas tout à fait expédié en trois minutes, on mangeait, on buvait, on guindaillait pendant plusieurs semaines.Toujours au Champagne. C’est comme ça que ce vin est devenu synonyme de fête, de plaisir, de marqueur de coup. 

Le sens de la fête

Il n’y que fort peu de temps, au vu de l’histoire, que l’on élabore une boisson effervescente incolore ou rosée dans la zone, jusqu’au 17ème siècle, il s’agissait de rouge uniquement ou presque. Mais ça c’est une autre histoire. Le marketing contemporain du Champagne ne fait que s’appuyer sur des références historiques, non pas celles relevant des familles fondatrices de telle ou telle maison, mais bien celles qui sont inscrites dans notre inconscient collectif au moment d’exprimer notre joie. Dans les films américains, il est de coutume de hurler hystériquement avant de se jeter dans les bras des uns et des autres pour montrer que l’on est content. Mon chien, quant à lui, agite la queue. Moi, j’ouvre mon armoire à vins et je prends une bouteille de Champagne.

En fonction de la hauteur de ma joie, la cuvée sera différente. Dans le monde réel, le Champagne sert aussi à honorer les gens, on imagine mal une réception de prestige sans Champagne, a moins d’être privé de moyen ou d’avoir un produit local d’exception sous la main, mais, dans l’ensemble c’est THE solution. Lors de la dernière remise des Magritte(s) du Cinéma, c’est bien de Champagne qu’il était question pour honorer toute l’industrie belge du Septième Art, hein! Et, à propos de cinéma, ce vin est le partenaire de prestige récurrent de héros bien typés. Le beau James Bond, à toutes ses époques, a été accompagné de différentes cuvées de Champagne.

Gary Cooper et Audrey Hepburn, dès la fin des années cinquante, avant la naissance du «product placement», donc, ont mythifié la dégustation de ce vin dans «Ariane», un film que les annales n’ont pas retenu, à tort d’ailleurs, parce que la belle Audrey dégustant sa coupe avec tout le glamour hollywoodien ça nous change de Clovis barbotant dans l’eau, même le front oint des Huiles Saintes.

Comme quoi, un détail et tout change. Allez, on se retrouve  peut-être la semaine prochaine pour d’autres aventures, d’ici là, quoi que vous buviez, buvez le bien.

Eric Boschman

00:24 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Champagne, Europe, France | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |