12 octobre 2011

Libéralisation des plantations: non à la désinformation

Je reçois cet après-midi la copie d'une lettre signée de Mme Got, députée de Gironde

Madame, Monsieur,
 
Le 1er janvier 2016, l'encadrement des plantations des vignes disparaîtra au niveau européen; tout le monde pourra planter de la vigne n’importe où, sur l'ensemble du territoire européen y compris dans les Etats membres où il n'y a pas de viticulture aujourd’hui.

La suppression de ces droits de plantation va entrainer une surproduction européenne, la multiplication des faillites des petits propriétaires et un nivellement de la qualité par le bas. Tout un patrimoine de tradition, de culture et se savoir-faire est aujourd’hui gravement menacé.

La mobilisation des organisations viticoles,  a permis une prise de conscience sur les effets dramatiques de cette décision. Mais, à ce jour, seulement 12 pays membres de l’Union européenne demandent l’annulation de cette législation, ce qui est insuffisant pour rouvrir les discussions.

Il est indispensable que les pouvoirs publics amplifient la mobilisation pour convaincre, sans délais, la Commission européenne avant qu’il ne soit trop tard.

Il est indispensable que le soutien du plus grand nombre soit apporté à la défense de l’avenir de notre patrimoine viticole.

C’est pourquoi,  je vous propose de vous associer à cette démarche, en signant la pétition mise en ligne sur le lien suivant : http://www.pascalegot.fr/?p=4792

L’objet de cette pétition est d’accompagner la mobilisation des organisations viticoles et de peser sur la Commission européenne avant qu’il ne soit trop tard.

En vous remerciant pour le soutien que vous voudrez bien apporter à la défense de ce patrimoine commun,

Je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à l’expression de mes sentiments les plus cordiaux.

Pascale GOT, députée de Gironde

 

Non seulement je ne signerai pas cette pétition, mais je m'inscris en faux contre cette argumentation.

Tout d'abord, la perspective historique de Madame Got est trop limitée: suivant les époques et le climat (qui était beaucoup plus chaud en Europe au début du Moyen-âge), la vigne avait sa place jusque dans le Nord du Vieux Continent, Scandinavie comprise. Si l'on doit suivre les traditions évoquées de manière si véhémente par Mme la Députée de Gironde, il n'y a donc aucune raison de ne pas permettre à ces anciens pays viticoles de renouer avec ce passé, maintenant que les conditions climatiques le permettent. Je pense notamment à l'Angleterre et à la Belgique, jadis couvertes de vignes.

Par ailleurs, Madame Got occulte totalement le fait que les AOC et IGP, via leur cahiers des charges, pourront continuer à limiter leur aire, et donc à réglementer les plantations, ou à tout le moins, à les contrôler.

La libéralisation européenne ne menace en rien le patrimoine des vins français, tel que l'INAO et nos traditions l'ont entériné (à tort ou à raison), elle ne concerne en fait que les vins sans indication géographique, les vins de marque.
Pour ce type de vins, la possibilité de planter où et comment on veut signifie qu'on pourra lutter plus efficacement contre la concurrence des pays du Nouveau Monde qui n'ont aucune limite de plantation.

Plus fondamentalement, je ne vois pas au nom de quoi la vigne, qui, à plus ample informé, ne fait pas partie de la Défense Nationale ou de tout autre actif stratégique de la France, devrait être régie différemment du blé ou de la pomme de terre. Ou bien j'ai loupé un épisode et nos édiles entendent faire de l'Europe entière une économie encadrée digne du corporatisme de Vichy.

Madame Got nous dit craindre un nivellement par le bas. Je ferai remarquer que le système actuel n'a en rien empêché le nivellement par le bas. Aujourd'hui que les AOC représentent 60% de la production française, c'est même en leur sein qu'il s'exprime le plus, les appellations s'en trouvant totalement dévaluées.

A l'inverse, dans un système où le marché des vignes retrouverait sa liberté, on peut imaginer que ceux qui planteraient penseraient d'abord à leur potentiel de vente, qu'il établiraient un business plan, qu'ils étudieraient le marché.

Les droits de plantation ne sont que des rentes de situation pour ceux qui en possèdent et les monnayent.

Bref, pour moi, la réforme européenne qui veut les abolir - un projet que la France a signé en 2008 -  va dans le bon sens.

Elle nous changerait de nos vieilles habitudes colbertistes, curieusement prolongées par le Front Populaire - le premier, en France, à avoir limité les droits de plantation, avant même Vichy.

Madame Got serait mieux inspirée, à mon avis, d'appuyer les projets initiaux de la Commission Européenne qui visaient notamment à interdire la chaptalisation, un procédé indigne d'une production qualitative.

Je suis consterné de constater que cette question des droits de plantation va probablement se régler au niveau des groupes de pression, des ministères, des commissaires, dûments briefés par des experts, qu'elle va faire l'objet de tractations, de troc entre Etats.

Je suis triste de penser que les vignerons, beaucoup plus directement concernés, sont abusés par une désinformation visant à leur faire croire qu'on veut leur mort alors qu'on veut au contraire donner à tout le secteur de nouvelles armes face à la compétition. Qu'on leur fait miroiter une illusoire protection nationale ou européenne quand les vrais enjeux, ceux de la concurrence internationale, exigent un maximum de souplesse, de liberté. Il faut cesser de faire semblant de garantir des débouchés à ceux qui n'en ont pas. De leur laisser produire (et même, parfois, de subventionner) sous des mentions prétenduement flatteuses des excédents de vins sans autre issue que la distillation, payée par les contribuables européens. Le nombre d'exploitations viticoles n'a pas cessé de baisser en France ces 20 dernières années et il continuera à baisser, droits de plantation ou pas.

Comme journaliste, je suis atterré que la question ne soit pas portée sur la place publique, qu'elle reste dans les cénacles des syndicats, des interprofessions, des assemblées des grosses coopératives, du négoce, des administrations, alors que la réforme va dans le sens du consommateur, qui, en dernier ressort, est celui qui devrait décider, puisque c'est lui qui achète le vin.

Je suis surtout étonné que bon nombre de mes confrères de la presse généraliste ou spécialisée se contentent de  diffuser sans le discuter l'argumentaire clientéliste développé par les opposants à la libéralisation, alors que le pluralisme devrait leur faire obligation de relayer toutes les opinions.

Je suis bien sûr ouvert à la discussion, mais sur la base d'une véritable argumentation. Je n'ai aucun intérêt personnel dans la question, je ne défends aucun parti ni aucun groupement, mais je pense qu'elle mérite d'être abordée de manière objective.

Hervé Lalau

18:46 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Tags : plantations | Lien permanent | Commentaires (9) | | | |

"Interdit d'interdire", qu'ils disaient, Cousin...

Ceci n'est pas permis, car l'administration n'a aucun humour:

IMG_0869.JPG

Par contre, ceci, si...

algues_vertes_20070928-xl.jpg

 

Et ceci aussi...

Dommage qu'on ne demande pas aux citoyens ce qu'ils préféreraient voir interdire. Après tout, les lois sont faites au nom du peuple, non? Et le Roi n'est pas mon Cousin.

14:30 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire, Pour rire, Vins de tous pays | Tags : fraude, interdit, cousin, vin, vignoble, aoc | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |