09 septembre 2011

Ou l'on reparle de François Lurton (et de ses vins)

La cène se passe hier à Hal, aux Eleveurs. Oui, j'ai bien écrit la cène, parce qu'on a bien mangé. Avec Sofie en cuisine et Andy en salle, c'est la bonne adresse.

Entre deux avions, entre deux vendanges, François Lurton venait présenter en Belgique une sélection de ses vins.

IMG_8013.JPGFrançois Lurton

C'est qu'il en a, des vins, dans sa hotte: 70, pour être précis. Et des heures de vols aussi, puisqu'il passe sa vie entre Bordeaux, le berceau familial, et ces vignobles d'Argentine, du Chili, d'Espagne, et du Portugal. Sans oublier le Languedoc, la Gascogne et le Roussillon.

Voila un homme qu'on excuserait d'être blasé, lui qui côtoie les plus grands vinificateurs, et qui tutoie les plus grands terroirs - qui plus est, à la longue, il a même pu se payer le luxe de choisir où il avait envie de faire du vin.

Et bien non, la passion est toujours là; la parole est vive, mais précise. Les idées justes. Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et avec humour, aussi. En matière d'hommes comme en matière de vins, la maturité apporte la complexité. Le succès encourage, les échecs renforcent.

Au fil des années, l'ambition de bien faire ne s'est pas émoussée, elle a juste changé de dimension.

François Lurton entend toujours produire des vins marchands, des vins qui plaisent; mais aujourd'hui, plus que jamais, il veut comprendre le pourquoi et le comment. Peut-être vais-je un peu loin dans l'exégèse, ce serait à lui de le dire, mais je le soupçonne de chercher la pierre philosophale: des vins qui mettent bien en évidence leurs origines, des vins de caractère; mais jamais trop austères, ni confidentiels. Des vins pour boire.

Sous le commerçant et le patron, il y a un vigneron et un viticulteur qui prend plaisir à toucher ses vignes et à émietter ses sols.

Quelqu'un qui veut toujours mieux faire. Qui croise les expériences: il a introduit le lagar portugais au Chili, pour ses Carménères, par exemple.

Un homme de son temps, respectueux des traditions quand elles apportent manifestement quelque chose, mais prêt à les dénoncer quand elles sont juste un autre nom pour la sclérose. Comme à Toro, par exemple, où les vignes en gobelet souffrent inutilement, à son avis.

Mais aussi prêt à s'émerveiller devant les surprises de la nature, devant les exceptions à la règle: il a essayé de vinifier séparément tous ses cépages du Douro, comme il le fait partout ailleurs. Ce n'était pas très bon, alors il en est revenu à la méthode traditionnelle locale: tout récolter et tout vinifier ensemble. C'est comme ça qu'on apprend.

Bon, après ce portrait (vous aimez ça, c'est vous qui me l'avez dit), je suppose que vous voudriez maintenant connaître les vins que j'ai préférés?

Alors allons-y.

En digne fils de l'entre Deux Mers, François Lurton excelle dans les blancs. Notamment le sauvignon.

J'ai déjà dit ici le bien que je pensais de sa cuvée Fumées Blanches. Un Vin de France, pour la réglementation, ce qui en fera peut-être grimacer certains d'entre vous. Mais pour moi, un superbe produit, très bien balancé. Je ne me déjugerai pas: la version 2010, est à la fois très aromatique et pleine se sève, malgré sa légèreté en alcool.

J'ai aussi beaucoup aimé son Corte Friulano, un Argentin à l'esprit italien, vif mais élégant, avec juste ce qu'il faut de  fruit et de rondeur.

Du côté des rouges, j'ai apprécié le Quinta Beira Douro 2008, pour sa belle texture ou le carré épouse le rond, et sa belle amertume.

La Cuvée Pas de la Mule 2008, du Mas Janeil, en Roussillon, genre bouche de velours dans un gant de fer (oui, c'est moyen, l'allégorie). Alors disons grenache sur schistes.

Et puis le Château des Erles 2004, un Fitou comme on n'en fait peu; d'ailleurs, on n'en fera plus, François et son associée pour ce vin ne travaillent plus ensemble.

Dans un style un peu plus facile, il y a aussi le Carménère de Bodegas Araucano, à Lolol, et puis le Malbec de Piedra Blanca, à Mendoza. Avec eux, on traverse les Andes en se disant qu'il y du bon des deux côtés.

Mais en définitive, tous les vins de François Lurton sont faciles, dans le bon sens du terme: aussi ambitieux soient-ils, il sont toujours abordables, compréhensibles. Grand public, comme on dirait d'un bon film, par opposition à un cinéma abscons, ou pédant, ou grandiloquent.

Et je ne suis pas payé pour l'écrire!

Plus d'info: http://www.francoislurton.com

 

 

 

 

00:15 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine, Belgique, Bordeaux, Charentes, Chili, France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

08 septembre 2011

"A quoi sers-je?" ou le néo-journalisme vu par un vieux plumitif

A Vinea, avec Laurent, des Vins Confédérés, avec Olif, avec Anne, de Vitisphère, avec Alex, de Romanduvin, nous avons pas mal débattu des journalistes et des blogs de vin.

Une chose est sûre: on n'a jamais vu autant de blogueurs dans les dégustations; et si on les y invite, c'est que la production a donné le feu vert. C'est qu'elle y croit. Et ne vous y trompez pas: je trouve ça bien. Les bons blogueurs apportent un salutaire vent de fraîcheur à la critique vineuse - et une nouvelle compétence aussi.

Mais il y a plus. Et si le métier même de journaliste, de passeur d'info, était bientôt à ranger au grenier de la communication? 

C'est une des réflexions brûlantes sur la planète com, ces derniers temps. Comme le résume très bien cet article:

Un néo-journalisme en prise directe » OWNI, News, Augmented

dyn006_original_381_276_pjpeg_2506518_bd013fcbfd5f5bed693f55795593da79.jpgLa presse du vin, aussi obsolète que la plume d'oie?

Si comme moi, vous avez bien tout lu, vous comprenez maintenant le titre de ce billet:

"A quoi sers-je?"

A réfléchir, peut-être, sur l'info qu'on nous prémâche. Pour vous la restituer en y ajoutant l'épice de la critique, de la mise en perspective.

Si l'on vous dit "brut de cuve" que le rendement d'un hectare de vigne en Alsace est trois fois plus élevé qu'en Corbières, sans vous parler de la densité de plantation à l'hectare, notamment, on ne vous donne pas toutes les clefs d'analyse.

Si l'on vous dit que le rosé ne peut être issu d'un coupage de vin rouge et de vin blanc, alors que bon nombre d'AOC autorisent l'assemblage de raisin rouge et de raisin blanc (avant le stade du vin, mais la différence est mince, qualitativement), idem.

Ce ne sont que deux exemples, bien sûr, mais je les crois représentatifs de ce que peut apporter la formation d'un journaliste blanchi sous le harnais, ou plutôt, pour prendre une allégorie vineuse, lentement élevé en foudres usagés. Et c'est encore plus valable pour les journalistes spécialisés que pour les autres, me semble-t-il.

Evidemment, à chaque fois qu'un journaliste se borne à recopier un communiqué de presse, il ne plaide pas en faveur du maintien de notre noble profession. 

Mais le problème est peut-être déjà dépassé: quand des journaux se groupent en réseaux et publient tous la même dépêche d'agence sans en changer une virgule, on peut se demander si les éditeurs eux-mêmes croient encore dans la valeur ajoutée que peut leur apporter leur propre rédaction...

Mais si l'information de demain doit absolument être gratuite, évidemment, qui paiera le travail d'analyse?

Je n'ai aucune solution à tout ça. Aucune représentativité. Aucun poids, non plus. 

Je suis journaliste, j'aime ça, et cela me fait vivre. Je suis blogueur, j'aime ça, mais cela ne me fait pas vivre.

Mon cas personnel n'a rien d'extraordinaire, il ne mérite même pas un billet. Mais la thématique d'ensemble, si; alors j'espère qu'elle vous incitera à vous fendre d'un petit commentaire, et surtout d'un petit moment de réflexion. Quelle information voulons-nous? 

Promis, demain, je vous reparle de vins.

00:04 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Tags : blogs de vin, blogosphère, vin, journalisme | Lien permanent | Commentaires (22) | | | |