08 novembre 2011

Profession: wine clown

Sur ce blog, j'ai toujours laissé  libre cours à mes idées, aussi folles soient-elles.

Je n'ai pas d'agenda caché. Je n'ai pas d'agenda du tout.

Pas plus que mon ami Jim Budd, quand il s'attaque à des moulins comme 1855, Oddbins, Robert Parker ou Pancho Campo, par exemple. Je veux en témoigner ici, parce que je viens de passer deux jours avec lui à Epernay et que s'il est tenace dans sa recherche des faits, s'il ne se contente jamais d'à peu près, de fausses réponses, c'est aussi un type d'une grande gentillesse, plein d'humour, sans agressivité ni rancune, et qu'il n'est certainement pas motivé par de bas intérêts. Il a du journalisme un haute conception, il le pratique à la manière anglaise, genre bull dog, et c'est tout à son honneur.

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Wine Clown

Pour en revenir à moi - c'est mon blog, après tout - je n'ai aucune illusion sur l'impact réel de mes écrits, ni sur leur originalité. "Nothing you can do that can't be done".

Je me situe toujours sur le terrain des idées, parce que les attaques ad hominem me répugnent. Je suppose qu'il y a plus dans un homme ou dans une femme que ce que je peux voir sur le web ou même dans les salles de dégustation. Qu'est ce que je connais au juste de Robert Parker, par exemple? Outre sa position de World Wine Guru, c'est peut-être un très bon père et un époux modèle, et qui donne des sommes folles à l'Unicef.

Il n'y a rien qui m'insupporte plus que la médisance, le mauvais esprit, et puis surtout, le "tous pourris". A la télé, à la radio, dans le presse ou dans les blogs, ils sont devenus incontournables. Dans la course à l'audience, l'attaque gratuite fait mouche. Personne n'y échappe, politiques, écrivains, acteurs, peoples, journalistes, sous prétexte qu'il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre. Pour moi, on se rabaisse soi-même à descendre si bas.

Ce n'est pas une raison pour laisser passer toutes sortes d'incongruités.

Ainsi, par exemple, je ne comprends pas que le vin soit le bouc émissaire de la mauvaise éducation à l'alcool en France - et de la mauvaise éducation tout court.

Je ne comprends pas non plus qu'on multiplie les AOC sans jamais en enlever de la liste. C'est le plus sûr moyen de les galvauder. Et c'est d'autant plus dommage que l'idée de base, la préservation d'une certaine identité, est forte.

Je n'admets pas non plus qu'on puisse laisser concasser le terroir de Gevrey-Chambertin sans réagir. Et je trouve éminemment dommage que certains blogs plus lus que le mien, ou plus axés sur les terroirs bourguignons, ne reprennent pas ce sujet en grand. Qu'ils ne fassent pas le boulot.

Last but non least, je ne supporte pas les leçons de moralité de Robert Parker, quand il écrit ceci, en introduction à son guide:

“It is imperative for a wine critic to pay his own way. Gratuitous hospitality in the form of airline tickets, hotel rooms, guest houses, etc., should never be accepted either abroad or in this country.”
And this: “While it is important to maintain a professional relationship with the trade, I believe the independent stance required of a consumer advocate, often not surprisingly, results in an adversarial relationship with the wine trade. It can be no other way. In order to pursue independence effectively, it is imperative to keep one’s distance from the trade. While this attitude may be interpreted as aloofness, such independence guarantees hard-hitting, candid, and uninfluenced commentary.”

Je n'ai pas les moyens de renoncer aux billets d'avions que m'adressent les attachées de presse ou leurs clients. Je gagne trop peu avec mes articles pour payer toutes mes chambres d'hôtel. Et pourtant, je ne pense pas abuser. Quand on me demande de venir, je suppose que c'est pour entendre mon avis, et je le donne, quel qu'il soit. Je ne pense pas qu'on veuille me graisser la patte. Je n'en ai jamais eu l'impression. Et je suis assez grand pour savoir refuser les invitations qui ne me semblent pas correspondre à ce que l'on peut attendre de moi, et à ce que je peux attendre d'un événement. Je l'écrivais hier, et je vous jure que c'est vrai: si j'avais été invité au Wine Future de Hong Kong, je n'y serais pas allé. J'ai aussi décliné, cette année, le concours de Séville, auquel j'avais déjà participé 3 fois.

D'un autre côté, je ne demande pas d'argent pour venir dans une région viticole, je ne tarife pas mes visites dans les caves. N'est-ce pas ce que Mr Parker a fait, ou plutôt, ce qu'il a laissé faire en son nom à Jumilla et à Madrid? Je veux bien laisser le bénéfice du doute, mais quel doute il y a-t-il quand plusieurs sites ont publié un document établissant le prix des prestations?

Quel journaliste digne de ce nom ne s'intéresserait pas à ce genre de choses? Pourquoi si peu l'ont fait jusqu'à présent? Parce que ça ne se fait pas, entre "collègues"? Intérêts croisés? Peur de cracher dans la soupe? Peur du retour de volée?

Je n'ai pas peur. J'ai ma conscience pour moi.

Je ne suis pas lié à un éditeur, ni à un organisateur d'événement, ni à un guide, moi. Ni à un producteur, ni à une région. Mais je confesse bien volontiers, sinon des amitiés, au moins des affinités avec certains producteurs. Affinités que je m'efforce d'oublier quand je note leurs vins. Et qui n'ont rien à voir avec l'argent.

Ceci est valable pour ce blog, mais également pour mes activités journalistiques, puisque j'ai la chance d'écrire pour plusieurs magazines, et qu'aucun, à ma grande satisfaction, ne bride mon expression.

Alors mes indignations sont sincères, non sélectives, et sans sous-entendu.

Vous m'excuserez de vous avoir infligé ce pensum. Mais autant je suis ouvert à la critique pour ce qui touche à la justesse de mes analyses (toujours discutables), à mes engagements plus ou moins bien choisis, à mon humour plus ou moins bien placé, à mes critiques plus ou moins bien étayées, autant j'accepte les commentaires sur le fond comme sur la forme, autant je n'admets pas qu'on puisse laisser planer le doute sur mon honnêteté.

Et à ceux qui y voient la marque d'une vertu effarouchée, je dirais: c'est votre droit. Mais entre deux maux, je choisis le moindre. Je préfère passer pour un clown que pour un vendu.

Demain, c'est promis, on reparle de vin.

 

 

 

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, France, Vins de tous pays | Tags : vin, clown, vignoble, journaliste | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |

07 novembre 2011

Pour bien boire, buvez en bonne compagnie!

Pour bien boire - on ne parle pas de déguster, mais bien de boire - il faut savoir choisir ses vins, mais aussi les gens avec qui l'on boit.

On dirait un vieil aphorisme de Malesherbes ou de Saint Simon. Eh bien non, c'est de moi!
Il faut dire que j'ai triché, quand j'ai écrit ces lignes, je carburais au grand vin et aux grands esprits.

C'était vendredi soir, aux Berceaux (ze place to be in Epernay) je dînais en compagnie de trois de mes complices des 5 du Vin, Marc, Jim et David, et d'un très sympathique consultant basco-champenois, Olivier Borneuf. Un jeune à la fois passionné, compétent et ouvert, oui, ça existe.
Comme c'était notre dernier soir ensemble, après deux jours de dégustations avec les Artisans du Champagne, nous avons décidé de changer de région. À l'apéritif, Patrick Michelon, le chef des Berceaux, nous a servi un vin mystère, qui s'est avéré être alsacien - j'avais hésité entre Gaillac et Savennières, il s'agissait d'un vin de Jean Michel Deiss. L'Engelgarten 2008. Miel d'acacia et pétrole au nez, j'aurais dû reconnaître un beau riesling (il y en a dans le lot, mais c'est une parcelle complantée où il y a aussi du muscat et des pinots), mais l'acidité apparemment assez basse m'a fait bifurquer vers d'autres contrées. Deiss 1, Lalau 0.

Marc et David, eux, ont trouvé tout de suite. Jim aussi, après avoir pris le temps de friser sa moustache. Chapeau, les gars!

IMG_0676.jpgEngelberg 2008

Nous avons entamé le repas avec un Saint Aubin choisi par David, un Premier Cru les Champlots de Gilles Bouton, millésime 2009.
Riche, gras, miellé, un tantinet sur l'alcool, mais tellement bourguignon!
David aurait préféré le 2008, moins solaire. Je ne peux pas dire,  je ne l'ai jamais bu.

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Saint Aubin Premier Cru 2009

 

Pour les côtelettes d'agneau, nous sommes passés à un Saint-Nicolas de Bourgueil, 2009 de Gérald Vallée, à nouveau choisi par David, assisté par Mr Loire en personne, alias Jim Budd. Cuvée Les Perruches.
Quelle fraîcheur, quel exubérance de fruit, quelle belle longueur en bouche! C'est mûr. Mais c'est croquant.

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Les Perruches 2009


Comme la bouteille nous a vite semblés trop petite, Marc a commandé une bouteille de Crozes Hermitage, la Cuvée Le Clos  des Grives 2009, de Laurent Combier.
Dense, fruité, mais droit, ces grives là nous ont chanté tout le charme des Côtes du Rhône du Nord, la tension sous le velours.

IMG_0675.jpgLe Clos des Grives 2009

J'avais encore du Saint Nicolas dans mon premier verre, j'ai donc pu faire des allers-retours entre Loire et Rhône, et je n'ai pas été déçu du voyage. Deux belles expressions de fruit noir, différentes et pourtant, dans un sens, la même précision de vinification, à la recherche de l'expression du cru - je ne parlerai pas de terroir, en bon britannique, David juge le mot imprécis et galvaudé, et je crois qu'il a raison.

Dieu que c'était bon d'être ensemble autour de ces bouteilles-là. Dieu qu'on était loin du microcosme, du showbiz du vin. Et pour ceux qui pensent qu'on se goberge toujours aux frais des producteurs, qu'on ne vaut pas mieux que la mauvaise réputation du journaliste pique assiette, ou pire, du critique acheté, on a payé de nos deniers, 77,5 euros par personne, repas et vin compris. On n'a pas regretté nos sous. Et la conversation, elle, était gratuite. On en reparlera au fil des posts, ici ou sur le blog des 5 du Vin.

Alors faites moi confiance: il y a toutes sortes d'accessoires du vin, aujourd'hui, du verre "Spécial Boisé" à la turbine d'aération en passant par la carafe profilée. Ce n'est pas moi qui vous en dégouterai.
Mais au moins aussi important: choisissez bien avec qui vous buvez!

 

Et pour ceux qui voudraient récréer l'ambiance (mais avec d'autres amis, je garde les miens), voici l'adresse: Les Berceaux, 13 rue des Berceaux, F-51200 Epernay. http://www.lesberceaux.com/restaurant.htm

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Alsace, Bourgogne, Champagne, France, Loire, Rhône | Tags : vin, vignoble, art de vivre, deiss, engelberg | Lien permanent | Commentaires (17) | | | |