01 novembre 2011

Nous collectons vos produits phyto

Je lis sur TNC le communiqué suivant:

"Les Chambres d’agriculture en association avec Adivalor organisent prochainement la collecte des produits phytopharmaceutiques non utilisables (Ppnu). La campagne viticole étant terminée, c’est le moment de faire le vide et ainsi d’éviter d’éventuelles sanctions en cas de contrôle.

La Dgal (Direction Générale de l'Alimentation) met en place chaque année des contrôles pour s'assurer que les produits phytosanitaires sont bien utilisés conformément aux décisions d'Autorisation de mise sur le marché (Amm), c'est à dire «dans le strict respect des usages et conditions d'emploi officiellement fixés dans l'Amm». Ces contrôles peuvent, en cas d'infraction, faire l'objet de sanctions administratives ou pénales.

Dans le domaine des produits phytopharmaceutiques, c'est le Sral (service régional de l'alimentation) qui est chargé d'effectuer les contrôles au niveau de la distribution mais aussi au niveau des utilisateurs, qu'ils soient agriculteurs ou non. Ils portent sur la sécurité du stockage, l'enregistrement des pratiques et le respect des conditions d'utilisation mentionnées sur l'étiquette (usage, dose à l'hectare, protection des pollinisateurs, la zone non traitée de 5 m au moins par rapport aux points d'eau), ou encore la gestion des déchets..."

Alors je m'interroge. Est-ce que ça veut dire qu'on a employé au cours de cette campagne des produits phytos non autorisés ou en trop grand nombre et que les Chambres d'Agriculture conseillent de s'en débarrasser pour éviter des contrôles? Ou bien s'agit-il seulement d'évacuer les produits qu'on a pas utilisé cette année et qu'on ne pourra pas utiliser les prochaines années?

Je suis parano ou quoi?

Tiens, au fait, et si on soumettait la vente des produits phyto à une ordonnance, comme à la pharmacie, avec une posologie, en fonction de la surface du vignoble? Je sais, ce serait compliqué. Mais pas plus que la gestion des droits de plantations ou des pourcentages des cépages dans les AOC.

C'est pourtant important de protéger la santé des vignerons et des consommateurs.

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : phyto, vigne, vignoble | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

31 octobre 2011

Maîtres à boire

Hier, je vous parlais de Robert Parker (que je connais pas). Et même, je le citais. Ce qui m'arrive plus souvent qu'à lui (de me citer). Je ne suis pas envieux. Je ne publie pas de guide. Je ne suis l'avocat de rien.

François Mauss, qui me fait l'amitié de suivre ces chroniques et d'y apporter son grain de sel, me rétorquait qu'on a besoin de maîtres.

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Il est à toi, ce texte-là, à toi Papa qui, sans façons, m'as mis mon premier verre en main... (et merci à Georges B. pour la mélodie).

Sauf votre respect, je m'inscris en faux, en ce qui concerne la critique.

J'honore les bâtisseurs de cathédrales. Les poètes. Les romanciers. Les chanteurs-compositeurs. Les peintres. Les musiciens. Les danseurs. Les inventeurs. Les mathématiciens. Les chercheurs (et surtout les trouveurs). Mais je ne crois pas qu'il y ait des maîtres en matière de critique. Le maître, c'est celui qui crée, pas celui qui commente.

Comme journaliste, je rends compte. Comme dégustateur, je décris. Je ne cherche pas à faire école. Je ne crois pas que mes écrits entreront dans l'histoire. Et je trouverais incongru que mes opinions empêchent un vigneron de faire le vin qu'il aime. A fortiori, je pense que si les commentaires d'un Parker, d'un Bettane, d'un Johnson ou d'un Spurrier ont pu influencer un producteur dans sa façon de faire son vin, c'est que ce n'était pas vraiment un maître.

Un maître a son art, sa manière, sa conception de son oeuvre, et dans mon esprit, s'il s'en détourne, il n'est plus un artiste, à peine un artisan qui travaille sur commande et sur des plans qui ne sont pas les siens. Un vague exécutant.

Tout ce que j'ai pu écrire sur la qualité de son vin ne devrait pas plus compter qu'une plume dans la balance de son jugement.

Tant mieux si mes recommandations vous incitent à découvrir des vins. Mais je ne suis pas le créateur, je ne suis que le passeur. Et avec tout le respect que je dois à mes éminents confrères, toutes leurs descriptions, toutes leurs prises de position, toutes leurs imprécations, tous leurs palmarès ne valent pas un bon verre de vin.

A mon sens, ni l'ancienneté dans le métier, ni la notoriété ne leur donne une quelconque supériorité. Ils étaient là au bon moment, ils ont su sortir du lot, ils ont su parler à une génération qui était prête à les entendre. Ils ont une réputation, des affaires, du succès. C'est très bien.

Souvent, ils m'ont hérissé le poil. Les vignerons qu'ils recommandent ne sont pas toujours ceux que je préfère. Ils ont parfois orienté le consommateur, et même le producteur, vers des voies sans issue, comme l'extraction, la course au petit rendement, le degré. Et surtout, l'élitisme. Mais parfois, aussi, j'ai plaisir à les lire.

Bien d'autres qu'eux, sans doute, avaient le droit de s'exprimer haut et fort comme ils ont pu le faire. De jeter leurs anathèmes ou de distribuer leurs bons points comme on jette le riz à la sortie des mariages.

Nous ne les connaîtrons jamais, ces obscurs, parce qu'ils n'ont pas percé. Parce qu'ils  gardent leur avis pour eux. Ou parce qu'ils tiennent leur cour, non à Paris, à Bruxelles, à Londres ou à New York, mais à Erps-Kwerps ou à Lamotte-Beuvron.

Et il est un rôle plus discret, dans notre monde du vin, mais plus important à mes yeux que celui d’un «wine guru»: c’est celui de l’initiateur. Celui qui vous met votre premier verre en main. Et vous donne vos premiers émois, non en vous disant quoi ressentir, mais en vous expliquant un peu du pourquoi et du comment du vin. Merci Papa.

Malgré tout ce qui précède, j'ai un certain respect pour les grands noms de la critique quand ils mettent leur notoriété au service du produit.

Je les aime moins quand ils tendent à formater l'opinion. Et encore moins quand ils monnaient de manière éhontée, auprès des producteurs, les charmes de leur prose, ou plutôt, de leurs notes. Bref, je ne les adule pas.

Je n'ai pas de maître à penser. Pourquoi aurais-je un maître à boire?



00:49 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, France, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, critique, parker, bettane, spurrier | Lien permanent | Commentaires (14) | | | |