17 novembre 2011

Liberté, égalité, Beaujolais! Buvez et parlez en tous!

Foin de pessimisme, foin de critiques! Aujourd'hui, quoi qu'on pisse, de la copie, du dru ou du vinaigre, c'est la fête du vin. Le Beaujolais Nouveau arrive.

Un jour par an, au moins, à travers lui, le vin fait l'actualité. On en parle à la radio, à la télé. On en boit dans les bistrots - et en groupe, encore! On en ramène à la maison. Un peu moins, peut-être, ces dernières années. Parce que la qualité n'a pas toujours été au rendez-vous. Et parce que l'esprit du temps est plus au "moi-je", au "bof", au "beurk" qu'au "bravo". Au joystick qu'à la saucissonnade. Regardez un peu les commentaires sur les blogs, sur les sites des journaux: "l'arnaque", "le tord-boyau-nouveau", "c'est pas du vin", "du pipi au prix du caviar". Les urologues parlent aux urologues...

Tout ça m'évoque furieusement la France vue par le petit trou (!) parisianiste de la bande à Ruquier. A moins que ce ne soit le grand trou internationaliste de l'intellectualisme. J'attends avec impatience une spéciale Beaujolais chez Daniel Mermet, qu'il puisse dénoncer à loisir et sans appel les excès de notre Franchouillardise. Que fait donc le service public?

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Pain, Vin, Fromage... et liberté

Bon, d'accord, le BN, c'est peut-être un peu désuet, hazbin, comme dirait mon épicier pakistanais, mais qu'importe, pour moi, c'est d'abord une occasion unique de renouer avec la convivialité du vin.

Alors même si la cuvée que vous buvez ne vous enchante pas; même si vous vous dites qu'on devrait plutôt faire de la mondeuse primeur, du malbec primeur, de la clairette primeur, du carignan primeur, tout, sauf de la banane primeur; même si vous avez l'impression de vous faire avoir, que c'est du marketing, que vous préféreriez choisir votre jour pour faire la teuf... buvez et parlez-en tous!

Ensemble, participons à cette Saint-Picrate! A cette redécouverte du vin qui ne se pousse pas du col, aux antipodes des grands crus impayables et coffre-fortisés, ou des cuvées pour initiés...

Avec tout ses défauts (et encore, il y a des bons producteurs, dommage qu'on les trouve si difficilement), le BN, c'est un vin fait pour boire. Pas pour se prendre la tête. Sachons apprécier les petits moments de joie toute simple. Arrêtons de tout vilipender! La vie est trop courte pour penser aigre.

Les anti-vins n'ont pas désarmé. Heureusement, ces ayatollahs ne font pas encore la loi en France. Si vous voulez leur montrer votre détermination, votre opposition à la diabolisation du vin, quelle meilleure occasion que ce Jour du Beaujolais?

Eux n'ont pas d'état d'âme, ils sont droits dans leur vertu d'alcooliques repentis, de lobbystes pharmaceutiques ou d'amalgameurs (le vin, c'est de l'alcool, pour eux, rien de plus). N'en ayons pas non plus, d'états d'âme, arrêtons de mégoter, de marquer contre notre camp. Fêtons le Beaujolais comme il se doit, dans la joie et l'allégresse, sans arrière-pensée, et avec la modération que nous confère l'usage des bonnes choses (dont seuls les goujats abusent).

Le BN, c'est aussi un grand verre d'histoire - 60 ans, cette année. Je repense à mon père, qui, à Montrouge, dans les années 60, ne devait certainement pas dire non, le troisième jeudi de novembre, à un verre de Beaujolpif entre collègues. Me voici dans son sillage. Quelle machine, quel réseau, Face de Bouc, Touiteur, Gobgueule, quelle dégustation virtuelle peut remplacer ce lien-là?

Alors vive le Beaujolais, vive la République, Vive la France... et tant pis pour les atrabilaires!

PS. Une étude commanditée par le magazine LSA révèle que 60% des Français compter fêter l'arrivée du Beaujolais Nouveau. C'est pas un phénomène de masse, ça?

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais, France | Tags : beaujolais, beaujolais nouveau, convivialité | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

15 novembre 2011

France, lève-toi et capsule tes vins!

En mars dernier, le cabinet Wine Intelligence a réalisé  une étude sur 1.000 consommateurs réguliers de vin en Grande Bretagne; celle-ci montre que de 2003 à 2011, le pourcentage de consommateurs prêts à acheter du vin en bouteilles à capsule est passé de 41% à... 85%.

Ce même rapport précise que le bouchon reste le bouchage de vin le plus apprécié des britanniques: à 51%, ils déclarent préférer le liège; mais ils sont maintenant 42% à préférer la capsule (contre 6% seulement en 2003).

Ce sont les femmes dans la trentaine et la quarantaine qui sont les plus ferventes adeptes de la capsule, ainsi que les jeunes.

Le même rapport montre une évolution semblable dans d'autres pays, notamment les Etats-Unis et l'Australie. Une évolution? Que dis-je, une révolution!
 
Les Suisses, autre peuple révolutionnaire s'il en est, sont passés à la capsule. Depuis plus de 30 ans. De deux choses l'une, ou ils se trompent depuis 30 ans. Ou ce sont des gens pragmatiques. J'opte personnellement pour la deuxième solution.
 
Et en France? Rien ne permet d'expliquer la faiblesse des ventes de vins capsulés, si ce n'est la faiblesse de l'offre. Pas même le type de vins vendus: en moyenne, nos voisins d'Outre-Manche achètent plus de vins de prix que nous.
Le Français s'est mis au BIB, mais il refuserait la capsule? Soyons sérieux!
 
capsule,bouchon
Déjà, Lénine, en 1917, déclarait aux foules massées devant les coopératives: "Le temps de l'impérialisme du bouchon est derrière nous. Un nouveau jour se lève, celui du vin libéré du mauvais goût. J'appelle chaque soviet, chaque cellule, chaque sommelier à oeuvrer ensemble pour la capsule à vis et contre l'obscurantisme".

Traduction libre du texte original en langue russe.
 
 
 
Tous ceux qui se réfugient derrière l'histoire et la tradition pour défendre le liège accepteraient-ils de revenir à l'amphore bouchée à la poix? Les grands vignerons qui cautionnent les campagnes des fabricants de liège acceptent-ils de gaîté de coeur que leur travail à la vigne et au chai, leur engagement de qualité, leur signature sur l'étiquette, que tout ça puisse être mis à mal par la dernière étape du procédé, la seule qu'ils ne maîtrisent pas?
 
Faudra-t-il attendre que des restaurateurs, des cavistes, des distributeurs et des sommeliers s'engagent publiquement?  Il y va de leur intérêt, les bouteilles à capsules les débarrasseraient du problème de retours de bouteilles bouchonnées, ou simplement "douteuses".
 
Peut-être les choses changeront-elles enfin quand les fabricants de liège investiront dans la capsule. Ou bien, comme Kodak, qui n'a pas su prendre à temps le virage du numérique, s'accrocheront-ils à une technologie dépassée?
 
Oui, dépassée. Car dans le monde d'aujourd'hui, qui est prêt à accepter une technologie qui présente un taux de défaillance de 2 à 5%? Voudriez-vous d'un téléphone qui ne marche que 320 jours par an? D'une voiture qui ne démarre jamais les jours fériés? D'un pack de douze yaourts dont systématiquement, un pot est avarié?
 
Ces Messieurs les Anglais ont décapsulé les premiers. Ils nous montrent la voie. La "France qui gagne", la "France qui se lève tôt" (eum), la France qui vient de redevenir le premier producteur de vin au monde ne peut quand même pas rester indéfiniment à la traîne! Vignerons de tout l'Hexagone, capsulez-vous! Cette révolution là ne tranchera aucune tête mais fera beaucoup d'heureux!
 
Article rédactionnel indépendant non parrainé par l'amicale du Liège (ni par les fabricants de capsules).