29 novembre 2011

"Skalli n'est pas à vendre" - finalement, si.

Dans la presse, il y a ce qu'on écrit, et puis quand on l'écrit...

Ce qui est vrai un jour ne l'est plus toujours le lendemain. Surtout quand l'info, finement ciselée par les services de communication des groupes ou des gens qui "font l'actualité", comme on dit, n'est ni tout à fait complète, ni tout à fait exacte.

Heureusement pour Pinocchio, tout le monde ne relit pas toujours les anciennes déclarations, ni les conclusions qu'en tirent les journalistes. Moi, si, parfois.

Voyez un peu ce que l'on disait de Skalli, ces derniers temps, dans Rayon Boissons. Et notez bien les dates.

Acte I, 30 Juin 2011,

Skalli dément toute rumeur de rachat, notamment par Castel

Robert Skalli vient de monter au créneau afin de démentir formellement la rumeur de rachat de son groupe par Castel. Dans un communiqué, il précise même qu’il n’existe aucune «discussion en ce sens entre nos deux sociétés.»
Robert Skalli précise simplement qu’il est «régulièrement sollicité pour participer à la consolidation du secteur par l’ensemble des acteurs clés car le profil du groupe est une réponse adaptée à cet enjeu.» Ce démenti fait notamment suite à la restructuration opérée par le groupe en 2010 qui a donné lieu à 36 licenciements.

Acte II, 17 Août 2011,

Deux nominations à la direction commerciale de Skalli

Voilà qui devrait couper court aux rumeurs de rachat du groupe Skalli. Le négociant vient d'annoncer la nomination de deux nouveaux directeurs commerciaux (...).

Acte III, 24 Novembre 2011,

Boisset reprend la maison Skalli

Le groupe Boisset vient de signer un protocole d’accord pour racheter les activités de Skalli en Europe. La transaction ne concerne pas la winery californienne St-Supery. Du côté de Skalli, la cession était dans l’air depuis plusieurs mois: le plan drastique réalisé fin 2010 par l’opérateur rhodanien avec une réduction de 20 % des effectifs (cf. Rayon Boissons mars 2011 p.97), le départ du directeur général Franck Autard et la cession du vignoble corse en octobre dernier… Autant d’éléments qui pouvaient laisser présager une telle issue (...).

 

Attention, loin de moi l'idée de me payer la tête de mes confrères - c'est le genre de mésaventure qui m'est arrivé aussi, et qui m'arrivera encore. Les communicants de l'ère moderne sont devenus experts en "pomponnagae de mariées", ils sont capables de vous débiter sans sourciller les pieux mensonges que leur direction leur demande de nous faire avaler.

Non, ce qui m'amuse, dans cette histoire, c'est que le rédacteur de la dernière "news" se soit cru obligé de dire que la cession était prévisible, alors que deux mois plus tôt, Rayon Boisson concluait l'inverse.

C'est ce que j'appellerai de la clairvoyance rétroactive.

13:06 Écrit par Hervé Lalau dans France, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

En Fiacre à Orléans

Amoureux de l'histoire et du vin, en voiture, je vous emmène à Orléans. Et en Fiacre, encore!

L'extension actuelle du vignoble d'Orléans n'est qu'un maigre témoignage de son importance passée; jusqu'au 19ème siècle, c'est un des plus vastes de France, avec 30.000hl et environ 900.000 hectos de production; un succès dû en grande partie à sa proximité de Paris. Le développement du réseau de chemin de fer, qui permet aux vins du Midi de le concurrencer sur le marché de la capitale, puis le phylloxéra, le touchent de plein fouet: le plus gros du vignoble sera arraché.

Après la Seconde Guerre Mondiale, il n'en reste plus que quelques traces, autour de Cléry-Saint-André et de Mareau aux Prés, notamment. Depuis, deux AOC locales, Orléans Cléry (5 communes) et Orléans (13) ont été instituées.

Elles totalisent un peu plus d'une centaine d'hectares. Pourquoi deux AOC? Essentiellement pour une question de cépages et de couleur: Orléans Cléry est réservé aux seuls rouges, et mise sur le Cabernet franc (et le cabernet sauvignon, mais à concurrence de 25% maximum); tandis qu'Orléans autorise les trois couleurs; en rouge, l'AOC est réservée au Pinot Meunier, alias Auvernat Gris (minimum 70%, maximum 90%) et au Pinot Noir. En blanc, elle ne permet que le Chardonnay (alias Auvernat blanc) et le Pinot Gris.

Les sols sont quasiment identiques, à dominante de sables et de graviers, sur matrice calcaire, sauf dans quelques zones argileuses dites "de Beauce".

 

Orleans_Vins_Carte.jpg

Tout ceci n'aurait qu'un intérêt anecdotique si quelques passionnés ne s'étaient mis en tête d'y faire du vrai bon vin.

Car entre le vin "témoignage de l'histoire" et le vin vraiment digne d'intérêt, il y a une marge. Tiens, je pense tout à coup aux téméraires vignerons de l'île d'Orléans, face à la ville de Québec. Sans vouloir leur faire injure en aucune façon, la plupart de leurs vins me semblent plutôt se classer dans la première catégorie. Tant mieux si le tourisme draine sur leur belle île assez de consommateurs enthousiastes. Quant à moi, je réserve encore mon jugement en attendant le réchauffement climatique...

Mais revenons de ce côté-ci de l'Atlantique, sur les bords de la Loire, là même où le fleuve des Rois forme un coude majestueux.

Je vous parlais de passionnés: Hubert Piel, le vigneron du Domaine Saint Fiacre, en est un. Passionné de vin, et d'où qu'il vienne, car il fait partie de la génération des nouveaux vignerons ouverts sur le monde. S'il est fier de son Pinot Meunier "Un cépage très qualitatif, on le sait même en Champagne, mais il est demande beaucoup plus des soins à la vigne que le chardonnay, d'où sa relative désaffection", c'est aussi un amoureux du sauvignon, un cépage qu'il déguste volontiers en compagnie de Benjamin Dagueneau... Bref, un type qui n'hésite pas à sortir de son trou. C'est d'ailleurs loin de ses terres, dans les brumes de Lille, au salon des Vignerons indépendants, le week-end dernier, que je l'ai rencontré.

J'ai dégusté trois de ses cuvées.

Le Sauvignon 2008 (IGP), d'abord. Un blanc croquant, concentré, très démonstratif; l'Orléans Cléry 2010 , ensuite, très faletteur, avec ses notes de bonbon acidulé, sa fraîcheur, son élégance; et puis surtout l'Orléans 2009 Cuvée Excellence: un étonnant Pinot Meunier, riche, gras, très long en bouche, très bien élevé, un vin de grande classe.

Vous voyez, Orléans, ce n'est pas que pour le vinaigre.

Au fait, Saint Fiacre, c'est le patron des jardiniers. C'est peut-être pour ça qu'Hubert soigne tellement sa vigne...

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Hubert Piel et sa Cuvée "Excellence".



 
Clos Saint Fiacre: http://www.clossaintfiacre.fr/

Tél: +33 2 38 45 61 55

00:10 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : saint fiacre, hubert piel, orléans, orléans cléry | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |