15 février 2012

Que pèse la France du vin et des spiritueux à l'export? 41 Airbus A380!

Selon les chiffres publiés par l'Union Européenne, avec une récolte 2011 de quelque 50 millions d'hectolitres, en hausse de 11% sur l'année précédente, la France a repris la tête du classement des producteurs européens de vin. Dans le même temps, son éternel rival, l'Italie, a vu sa production diminuer de 17% à 42 millions d'hectos (notamment à cause des arrachages). L'Espagne arrive en troisième position, à 36,5 millions d'hectos (- 9%).

Ces évolutions à la production devraient se traduire par une légère hausse des prix à la production, entre 5 et 10%. Une hausse qui sera bienvenue pour les producteurs, après 3 années de vaches relativement maigres.

La production cumulée des 16 pays producteurs de l'Union Européenne est elle en légère baisse (-2%), à 160,3 Mhl.

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Les vignerons français, plus forts que l'A380...

AAA plutôt qu'ANPAA

En 2011, les exportations de vins et spiritueux français ont dépassé les 2,44 milliards de bouteilles, pour un chiffre d'affaires de plus de 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires (en hausse de 10,5%). Soit l'équivalent de 41 Airbus A380.

Voila qui nous rend fiers, nous, journalistes du vin, de contribuer à l'essor économique et à la balance commerciale française. Encore un petit effort de la part des Pouvoirs Publics - un peu moins de pinaillage au CSA, un peu moins de publicité pour les thèses de l'ANPAA, et la France regagnera peut être son AAA...

Bordeaux, Bourgogne, Champagne, Cognac

Quatre origines représentent 70% des ventes à l'export:  Bordeaux, Bourgogne, Champagne et Cognac (l'alcool charentais, à base de vin, représente les deux tiers des exportations de spiritueux français, soit 3,1 milliards d'euros).
Le Bordeaux représente 16% des exportations en volume et 29% en valeur. Le Champagne représente 8% des volumes mais 31% de la valeur.

Merci la Chine!

Les États-Unis constituent toujours le premier marché à l'exportation des vins de l'Hexagone, avec des ventes de  avec 1,7 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2011.

Ils précèdent le Royaume-Uni et la Chine - ce dernier pays a vu ses ventes exploser: +52% en un an, à 857 millions d'euros de ventes. L'Asie reste donc bien notre plus grosse zone de croissance.

11:37 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Bourgogne, Champagne, Charentes, France | Tags : france, export, vin, vignoble, économie | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

14 février 2012

Blogs et journalistes: la "polémique Rémondat"

Sur ce coup-là, je suis en décalage avec l'actualité. La faute à une semaine de déplacements successifs, qui m'ont fait passer complètement à côté.

L'actualité, c'était la "polémique Rémondat" - celle soulevée par l'édito de Michel Rémondat, l'éditeur et éditorialiste de Vitisphère, le 28 janvier dernier.

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Michel Rémondat (Photo H. Lalau)

Je vous redonne ce texte, intitulé, de manière on ne peut plus appropriée: "Des bloggeurs et des journalistes".

"Pour qu'il y ait de grands vins, il faut, comme le dit si bien Denis Dubourdieu, des vignerons pour produire ces grands vins, des commerçants qui sachent les vendre, des consommateurs qui aient envie de les acheter, et quatrième condition des critiques du vin pour les évaluer, les noter : «Des bloggeurs et des journalistes».

Ce n'est pas une fable mais un drame probable en 3 actes et raconté en 10 lignes:

1) D'abord l'apparition d'Internet, des bloggeurs, des réseaux sociaux (tout le monde peut donner son avis, avec ou sans talents, souvent sans expériences et sans expertises, et toujours pour faire son autopromotion!)
2) Puis crise de la presse et en particulier de la presse du vin (moins de 300 journalistes écrivent sur la vigne, sur le vin, sur la gastronomie, en France !). Pas d'argent, pas de moyens, pas d'indépendance, pas d'audace.
3) Et au 3ème et dernier acte, disparition de l'art de la critique du vin... Perdu par la multiplicité des références, des origines, des prix, le consommateur perd confiance et se protège en réduisant ses achats de vins!

Pour éviter le drame, journalistes et éditeurs, du papier ou du numérique, devraient se réunir pour redonner un sens au journalisme du vin, redéfinir l'art de la critique. Enfin, il faudra accepter une certification des acteurs de la critique, de la notation, par une Autorité, sinon les technologies du numérique pourraient imposer la dictature d'une démocratie virtuelle".

Avant de vous donner mon sentiment, je me dois de vous rappeller que je travaille pour Vitisphère. Mais vous me permettrez d'ôter cette casquette-là, juste le temps du commentaire (à vous de voir si vous me faites assez confiance pour ça).

J'ai des relations très cordiales avec Michel Rémondat, et je souhaite les conserver, mais je ne pense pas qu'il s'offusquerait beaucoup si je lui disais qu'il se trompe.

Tout ça pour vous dire que l'avis qui suit est tout simplement le mien, sans artifice ni complaisance.

Je pense que Michel a globalement raison. Comme journaliste et blogueur moi-même, je ressens très fortement l'évolution qu'il annonce.

Il est patent que la presse du vin, qu'elle soit spécialisée ou qu'elle s'abrite au sein de medias plus généralistes, est en crise.

Il est aussi patent que cette crise coïncide avec la montée en puissance du media internet et des blogueurs.

Il est patent, encore, que dans la grande famille des blogueurs de vin, il y a des gens de tout poil et de toute compétence. J'ai moi même, par le passé, consacré à ces "frères de web"  un article comique qui m'a valu des remarques acerbes, mais que je persiste à revendiquer.

Qui se sent morveux se mouche. Dans mon cas comme dans celui de Michel, la polémique me semble démesurée par rapport au texte, qui ne vise personne en particulier, et en définitive, énonce pas mal de vérités.

Je ferais seulement deux remarques.

D'une part, je modifierais la phrase sur l'autopromotion. Parce que je ne crois pas que tous les blogueurs, toujours, ne bloguent que pour leur autopromotion. En ce qui me concerne, et je pense pouvoir parler au nom des mes amis des 5 du Vin, je blogue d'abord pour pouvoir dire ce que je pense, sans contraintes, et pour ne pas voir bon nombre de mes notes de dégustations, de mes carnets de voyages, de mes rencontres, finir dans une grande poubelle informatique, faute de place pour être publiés, faute d'intérêt des médias avec lesquels je travaille, faute de budgets pour les soutenir.

Je ne blogue pas pour faire mon intéressant. Cela ne veut pas dire que ça n'existe pas.

Comme on ne peut pas dire non plus que tous les blogueurs sont incompétents. J'en connais même qui en remontreraient à plus d'un journaliste. Ils n'ont peut-être pas fait les écoles de journalisme, il n'ont peut être pas non plus de formation oenologique, mais il s ont apparemment bien appris sur le tas, et ils maîtrisent leur sujet. 

J'en veux pour preuve la prose d'Olif ou de Laurent Probst, par exemple - mais il y en a plein d'autres que je ne connais pas.

Ce qui nous amène tout naturellement à ma deuxième remarque.

Michel évoque une "certification des bloggers".

D'une part, je ne la souhaite pas. Je ne crois guère dans les "Autorités", les "Institutions", surtout pour ce qui touche de près ou de loin à la presse.  Elles me font peur, même. Et puis je pense que tout se décante toujours avec le temps, qu'on ne peut pas faire illusion longtemps, que l'incompétence finit toujours par se remarquer.

De l'autre, je pense qu'on a les lecteurs qu'on mérite. Il n'est donc peut-être pas vraiment nécessaire de  mettre sur pied une police qui finit par se faire toute seule. Par la fuite des lecteurs. Ce qu'on ne lit pas ne fait de tort à personne.

Enfin, je préfère encore devoir supporter la lecture de 10 mauvais blogs de vins que de me dire qu'on pourrait empécher d'éclore un seul bon blog.

Sur ce, bon surf!

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Photo Mila Zinkova

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Tags : blogs de vin, journalistes, polémique, vin | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |