13 mars 2012

Domaine Le Mirabeau, à Vinsobres

Sous le pont Mirabeau coule la Seine... et dans mon verre, un vin à la couleur beaucoup plus engageante...

Philippe Wallon est vigneron au Domaine Le Mirabeau, à Vinsobres. Un cru que j'ai visité il y a quelques années grâce à mon confrère Marc Olivier, et dont j'ai pu apprécier la production assez homogène pour pouvoir mériter une mention commune. Je peste assez contre les AOC à géométrie variable et incertaine pour ne pas me réjouir quand j'en visite d'autres, qui ont du sens.

Nous sommes dans la Drôme, entre le Vaucluse et l'enclave de Valréas. Vinsobres est la plus septentrionale des appellations communales du Rhône Sud. Ses influences sont à la fois méditérannéennes et continentales, presque montagnardes - nous sommes à 350 m, mais au pied du Mont Ventoux. Quant au Mistral, M. Séchan, il est gagnant presque à toutes les saisons.

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Beau, Le Mirabeau

Le Mirabeau assemble les fruits de deux parcelles de marnes caillouteuses en coteaux, de deux parcelles d'alluvions caillouteuses du quaternaire et une parcelle d'argilo-calcaires en coteau. Il s'agit de grenache, à 70%, complété de Syrah. Les rendements sont plutôt bas - 30hl/ha. "Les raisins sont triés à la parcelle et au chai", précise Phillippe Wallon, qui n'aime rien laisser au hasard.

Le domaine est certifié Agriculture Biologique depuis 2010, à savoir, le millésime que j'ai pu déguster.

"Alors, comment qu'il est?" Vous demandez-vous, les babines retroussées, et toutes papilles dehors...

Eh bien, il est bien. Ni trop chaud, ni trop frêle, ni trop sobre. Déguster ce vin, et même le boire, c'est un peu comme conduire un sportscar sur une route de campagne; on sent qu'il y a de la puissance sous le pied, mais contenue, et  même à bas régime, le moteur donne un son merveilleux.

Au nez, les fruits sont noirs, surtout la mûre; aucune trace de confiture, on est dans un registre de la fraîcheur; en bouche, on part un peu vers l'animal, notamment le vieux cuir noble du bourrelier, mais surtout vers les épices - maquis, thym, origan, poivre noir; cette bouche, elle est très ample, ouverte, complexe, mais toujours très fraîche. La mûre, qui était allé faire un tour du côté de chez Swann, revient en finale; bien mûre, cette fois, en murmure.

Beau potentiel de garde - mais voudrez-vous attendre?

Au Mirabeau, le raisin coule dans la benne

Faut-il qu'il m'en souvienne,

La joie vient toujours après la peine.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Rhône | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

12 mars 2012

IGP Sables de (Grosse) Camargue

Vous connaissez l'IGP Sables de Camargue? Moi non plus, et pour cause: "ça vient de sortir". Ce nouveau nom remplace la mention "Vins de Pays des Sables du Golfe du Lion", née en 1982.

Le gain pour le consommateur? Aucun, à ce qu'il semble, puisque le cahier des charges reste le même; la zone de production aussi, sauf erreur de ma part.

A savoir, dans le Département des Bouches-du-Rhône: Les Saintes-Marie-de-la-Mer; dans le Département du Gard: Aigues-Mortes, Le Grau-du-Roi, Saint-Laurent-d’Aigouze, Vauvert; dans le Département de l’Hérault, enfin: Frontignan, Marseillan, Mauguio, Palavas-les-Flots, Sète, Vic-la Gardiole, Villeneuve-lès-Maguelonne.

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Séte... en "Grosse Camargue". (Photo Demeester)

Je ne sais pas pour vous, mais je trouve que la Camargue vient drôlement de s'étendre, tout d'un coup.

D'autant qu'on doit ajouter à cette zone  de production des raisins une zone plus large où la vinification est autorisée; et puis une zone dite "de proximité" encore plus large, où elle est autorisée "par dérogation" (celle là s'étend jusqu'à Béziers, histoire de n'exclure aucun gros élaborateur, je suppose).

C'est bien de vouloir améliorer la notoriété du vin en s'appuyant sur un nom connu, et j'espère que ça profitera aux producteurs. Mais si c'est au mépris de la géographie, alors c'est se moquer du monde. Ce qui passait encore quand on parlait du Golfe du Lion devient ridicule quand on parle de Camargue, même au sens large. Si Sète et Marseillan sont en Camargue, alors pourquoi pas Marseille ou Cassis?

Plus généralement, je trouve dommage, quand même, que tant de modifications de cahiers des charges ne soient que cosmétiques; et surtout, qu'elles soient l'objet de si peu de contrôles.

EN IGP comme en AOC, ces mises à jour auraient pu être l'occasion de renforcer les contraintes qualitatives. Et puis, a minima, l'INAO et la Commission Européenne pourraient quand même exercer un vrai droit de regard, pour éviter qu'on tombe dans le ridicule.

Enfin, c'est mon avis.

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc, Midi, Provence | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |