25 avril 2012

Pure Chablis & Art: les résultats

Soirée électorale au Kwint, lundi soir, mais dans un genre apolitique et festif. Le concours Pure Chablis & Arts, dont je vous parlais la semaine dernière, a récompensé trois oeuvres d'art s'inspirant du Chablis et de sa pureté. Voici les résultats:

Le premier prix est allé à Marie-Hélène Saerens, de l’école ARTS²

Le deuxième prix à Valentin Lévêque, de l’école ARTS², et le troisième prix à Sophie Leclercq,  de l’école ARTS².

Plus d'info: Sopexa Beneleux, Anne-Charlotte De Dobbeleer, anne-charlotte.dedobbeleer@sopexa.com

 

 Petit ajout (13/5.2012): une des oeuvres exposées

Kwint-1.jpg

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Bourgogne, France | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

24 avril 2012

Les mystères du Clavelin

Voici quelques semaines, dans le cadre de la Percée du Vin Jaune, j'ai participé au clavelinage des vins jaunes - comprenez, à un concours qui consiste à juger la qualité des Jaunes, présentés, on le sait dans leur fameux Clavelin, une bouteille de 62 cl, renflée, solide comme un Jurassien habitué aux rigueurs du climat.

60 échantillons de 37 domaines étaient présentés; un tiers des échantillons au maximum sont clavelinables. Soit deux par table. Nous étions 7 à ma table, œnologues, vignerons, oenophile, élu. J'étais le seul journaliste.

Percée 2012.JPGVotre blogueur pris le Clavelin à la main

Les 6 vins présentés étaient tous des Château-Châlon de 2004.
Ont été primés, au total des deux jurys ayant dégusté les vins de cette appellation, les Jaunes de Jean Claude Crédoz, de Philippe Butin et de Marcel Cabelier.
Mes compères de table ont évoqué "une année toute en légèreté". Ce qui, pour des Jaunes, est pour le moins incongru.

Soixante-deux centilitres

Mais revenons à notre Clavelin.

Pourquoi donc cette bouteille a-t-elle une contenance de 62 cl?

Aucune des explications généralement avancées ne me convainquent vraiment.

On évoque souvent "la part des anges": d'aucuns soutiennent que 62 cl est ce qui reste d'un litre de vin après l'évaporation intervenue au cours des plus de 6 années passées en cave.

Cela me paraît d'autant plus douteux que la bouteille semble avoir existé avant l'invention du système métrique, et donc du litre: la première commande attestée d'une bouteille spéciale destinée au vin jaune, à la verrerie de La Vieille-Loye, remonte au 18ème siècle. Dans ses archives (que je n'ai pas eu le loisir de parcourir), on trouverait même la mention de la commande d'un "clavelin type anglais".

D'autres auteurs évoquent justement une mesure anglaise - les premières bouteilles de vin ont été mises au point par l'Anglais Kenelm Digby vers 1630. J'ai cependant vérifié, aucune des mesures anglaises (et celles-ci ont été remarquablement stables au cours des siècles) ne correspond à 62cl; celle qui s'en approche le plus, la pint, contient 56,7 cl.

Je n'ai pas eu plus de chance du côté des mesures françaises de l'Ancien Régime: la pinte française jaugeait 92,21 cl, la chopine (moitié d'une pinte) 47,60 cl.

J'ai aussi essayé les mesures anciennes d'Espagne (la Franche-Comté a été espagnole jusqu'en 1678), mais le cuartillo espagnol jaugeait 50,8 cl.

Par ailleurs, la bouteille de vin jaune de 1774 qui sera mise aux enchères à Genève par les Vercel dans quelques jours... n'est pas un clavelin: c'est une bourguignonne ancienne, qui contient 87cl.

Une autre filiation douteuse: une prétendue origine allemande, qui s'appuie sur l'oeuvre fameuse de J.S. Bach: Le Clavelin bien tempéré (Das Wohltemperierte Clavelin). il s'agit là sans doute d'une erreur de transcription (désolé, je n'ai pas pu résister).

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Ceci n'est pas un clavelin... mais un Jaune de 1774

Et l'Abbé Clavelin?

Dernière piste: la fameuse commande par l'Abbé Clavelin, en 1914, de 30 bouteilles sur lesquelles il  aurait fait apposer son cachet. La bouteille actuelle ne lui devrait peut-être pas sa contenance, mais au moins son nom et la décoration qui figure à la base de son col.

Sauf que, comme on l'a vu, plus de 100 ans plus tôt, les archives de la verrerie de Vieille-Loye mentionnerait déjà le mot clavelin. Qui dit vrai?

Bref, tout ça est bien contradictoire. Peut-être faut-il tenir compte aussi du fait que jusqu'à la naissance des verreries industrielles, chaque bouteille était quasiment unique - on ne peur pas exclure que lors du démarrage de la fabrication moderne, les industriels se soient basés sur le moule d'une bouteille aux dimensions hors du commun.

A l'époque, on n'était pas obligé de s'en tenir à des multiples de 20 ou 25 cl, comme c'est le cas aujourd'hui.

Le "medium" champenois (4/5èmes d'une bouteille de 75cl) contient 60cl, pra exemple, ce qui est sans doute la mesure la plus approchante de notre Clavelin.

Une chose est sûre, le clavelin a bien failli disparaître,  victime de l'harmonisation européene, mais bénéficie aujourd'hui d'une dérogation en bonne et due forme.

Je n'ai donc pas réussi à résoudre l'énigme, mais au passage, j'espère bien vous avoir donné soif. Un bon Jaune, y a que ça de vrai!

 



00:18 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Grande-Bretagne, Jura | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |