10 juillet 2012

Il faudrait choisir: les droits de plantation ou la main-mise des grands méchants distributeurs sur le vin!

Samedi dernier, sur le blog des 5 du Vin, mon excellent confrère Per Karlsson a posté un article sur les droits de plantation que je vous engage à lire - pas parce qu'il va dans le sens de ma réflexion personnelle, mais parce que c'est un bon travail, précis, argumenté.

Mais si je vous en parle ici, c'est aussi pour le commentaire laissé par une certaine Fiorina, oenologue fraîchement émoulue de la fac de Toulouse, qui révèle une nouvelle facette de la désinformation qui règne dans ce domaine: même certains profs d'université contribuent, apparemment, à répandre la "bonne parole" du protectionnisme et des droits acquis, ce qui est évidemment contraire à l'idée que je me fais de la transmission du savoir.

"I've just completed the DNO (Diplôme National d'Œnologie) in Toulouse. Repeatedly, professors told us that, should the planting rights be eliminated in France, Carrefour, Auchan, Intermarché and other supermarket chains would buy up huge tracts of vineyards to produce grapes for their own label wines. These supermarkets control up to 80% of the sales of non-AOC wines in France, so their emphasis would be on IGP wines that don't fall under the AOC restrictions. They use this argument much like parents do to keep their children from leaving their beds at night, telling them that there is a boogeyman under their beds. I don't believe for a moment that supermarkets want to really enter the wine production market, and, if they do and they produce wine that appeals to the customers, why is that such a bad thing? If winemakers want to compete against such a competitor they can produce better, AOC wine, or IGP wine that is of a superior quality. The internet is opening new opportunities for distribution that will eliminate the need to only go through supermarkets to reach the customer."  

J'ai bien aimé aussi la réponse de mon copain David.

"Interesting topic raised by Fiorina. I had never thought about that as an argument for maintaining planting rights! Indeed, given the capital costs involved in entering the production of wine on a large scale, and whilst there is still plenty of cheap wine available, I cannot see the logic for French supermarkets moving upstream to become their own producers. They are far better-off playing the market for cheap and indifferent wines as they do, unfortunately for the consumer."

C'est vrai, tiens, qui livre aujourd'hui à Lidl, à Aldi, à Carrefour et consorts leurs vins d'AOC à des prix misérables? Ne sont-ce pas ceux-là même qui défendent les droits de plantation? Et comment un système aussi sophistiqué d'encadrement de la production ne permet-il pas de garantir de meilleurs prix, et partant, une meilleure rentabilité aux producteurs? Mais peut-être ne vont-ils pas assez loin. L'aboutissement de leur logique, ce sont les plans quinquennaux de production et l'encadrement des prix. Voire la consommation obligatoire. 

Vous me direz que j'en fais trop, sur ce thème. Que j'ai choisi mon camp. Je vous rétorquerai qu'à part mes quelques articles et celui de Per, en France, je ne vois guère de débat. La parole semble confisquée par les protectionnistes, et ce qui m'étonne le plus, c'est que la presse gobe et reproduise leurs arguments sans y réfléchir à deux fois, alors qu'en définitive, la presse n'est pas au service des associations de producteurs, des officines, des groupes de pression, mais du lecteur, qui est aussi un consommateur.

Et rassurez-vous, je m'intéresse au vin pour de bien meilleures raisons!

00:04 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Vins de tous pays | Tags : droits de plantation | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

04 juillet 2012

Cumuls des mandats: pas qu'une affaire de politiques

On parle beaucoup du cumul des politiques, ces temps-ci. Mais que faut-il penser du cumul des mandats dans les syndicats, fédérations et interprofeessions viticoles?

J'apprends que Jean-Jacques Bréban rempile la présidence du Conseil Interprofessionnel des vins de Provence. Et je constate qu'il est également Président du Bassin Provence, président de la Fédération Régionale du Négoce et Président du Syndicat Français des Vins Mousseux.

Je respecte le choix de ces différentes instances, dont ce sont les prérogatives démocratiques, mais je m'interroge sur les conflits d'intérêts potentiels que ces cumuls portent en germe.

Un cas d'école. Imaginons que M. Bréban doive défendre le projet de Crémant de Provence auprès de l'INAO. Pourrait-il oublier cette allégeance régionale lorsqu'il siège au sein du Syndicat des Vins mousseux?

Ou bien, au contraire, nomme-t-on des gens dans les syndicats ou comités nationaux parce qu'ils représentent leur région et leur collège (négoce, production, coopératives). Ce subtil équilibre de contre-pouvoirs ne conduit pas à des arrangements  qui ne vont pas dans le sens de l'intérêt général, ou pire, n'est-il pas un facteur d'inertie?

Le cas de M. Bréban n'est bien sûr qu'un exemple, et loin de moi l'idée de mettre en doute sa probité. C'est juste le système des poupées russes s'empilant dans les différents cercles de décision qui me pose question.

Et vous?

01:00 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |