27 juillet 2012

Buvez, nous faisons le reste!

Pour les 20 ans d'In Vino Veritas, je parcours les archives à la recherche de quelques articles illustrant l'évolution du vin et de la presse qui s'y rapporte.

Et voici que je tombe sur un de mes propres textes, publié comme édito dans le n° de mai 2002. Il y a 10 ans déjà.

Je l'avais complétement oublié, celui-là. Mais je le re-signerais bien.

Je ne sais plus du tout à quelle affaire de fraude il faisait référence, mais sur le fond, je pense qu'il est toujours d'actualité. Alors le voici, c'est cadeau!

Buvez, nous faisons le reste

Une fois tous les 900 ans! C'est la fréquence à laquelle un viticulteur français peut s'attendre à être contrôlé en matière d'appellations d'origine, d'après un confrère journaliste invité par France Inter pour un débat contradictoire. Le représentant de l'INAO sur le plateau n'a pas démenti, et l'on remarquera que la plupart des affaires de fraude mises au jour dernièrement proviennent de dénonciations.

Faute d'arguments plus probants, un des chantres des AOC bordelaises a préféré déplacer le débat... et fustiger le journaliste! Quel besoin avait-il, en effet, ce fouineur, de mettre en doute l'efficacité de l'administration jacobine et de salir l'honnête proffesion d'assembleur!

Que les petits scribouillards laissent aux grandes personnes le soin de gérer leurs stocks en paix! Goûtez, buvez, pissez votre copie et nous ferons le reste!

Mais le plus édifiant, dans cette émission, fut la réaction d'un viticulteur languedocien de base, déplorant la rigueur de la réglementation fraçaise face au laisser-faire des pays du Nouveau Monde "On ne nous laisse pas jouer à armes égales".

Je voudrais ici le rassurer sur ce point: la réglementation française a surtout pour objet d'effrayer les gogos.

Pour le reste, il y a des arrangements...

Au dessus d'un certain volume, d'une certaine notoriété et de certains appuis, il n'y a plus de scandales.

Hervé LALAU

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

24 juillet 2012

No foie gras, no Californian wine

Voici quelques jours, ici même, j'ai commis un petit billet au sujet de l'interdiction du foie gras par l'Etat de Californie. Pour votre information, j'ai mis en pratique le programme que j'évoquais alors. Je mange plus de foie gras qu'avant - du fermier, du gascon, ces temps-ci. Et j'ai tourné la page de Gallo - un livre que je n'avais jamais ouvert.

Depuis, j'ai appris que des élus du Sud Ouest appelaient carrément au boycott des vins californiens. Quelle belle idée! Enfin, elle serait belle si les Français importaient du vin californien.

L'inconvénient du protectionnisme tel que nous le pratiquons déjà, en matière de vin, c'est qu'on ne peut guère l'accroître ou le renforcer: il est presque total - les rares exceptions qui confirment la règle sont les portos de bas de gamme, les petits chiantis pour pizzerias, les madères de cuisine, le boulaouane ou le sidi brahim pour l'épicier maghrebin ou la restauration à thème. Et plus important, mais aussi plus anonyme: les vins espagnols qui entrent depuis quelques années dans la composition de ce chef d'oeuvre du bon goût et du patrimoine gastronomique français qu'est le Vieux Papes. Ou encore, la jolie gamme de vins en bouteilles d'un litre (verre ou plastique, au choix) des Chais Beaucarois, comme Le Jouvenceau.  Le plus drôle, c'est que les consommateurs de ce type de vins sont sans doute parmi les plus franchouillards!

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Juvenzo, olé!


Alors, pour revenir au boycott des vins Californiens, je suis partagé.

D'une part, je répugne à faire porter sur les producteurs de vins  la responsabilité de cette loi ridicule. Qui sait ce qu'ils en pensent?

Plus fondamentalement, je suis assez opposé au concept de boycott, qui touche rarement ceux qu'il vise.

Malgré tout, dans le cas du foie gras, je me demande si ce n'est pas la seule arme qui reste aux producteurs pour faire parler d'eux, de leur combat, et éviter que cette interdiction ne s'étende à d'autres États américains, voire à d'autres pays. Il me revient que des activistes la réclament en Belgique et en Grande-Bretagne, notamment. Pour contrer ces activistes, qui ont bien sûr le droit de s'exprimer, mais qui sont ultra minoritaires, nous autres mangeurs de foie gras n'avons d'autre moyen pour rappeler nos droits que d'affirmer nos goûts majoritaires, de devenir activistes à notre tour.

Ne vous y trompez pas: ce qui se passe avec le foie gras aujourd'hui pourrait se passer avec bien d'autres produits pour autant que les groupuscules qui se désignent de telles cibles soient aidés financièrement pour faire avancer leur cause. Ils ont besoin d'argent pour communiquer, ils ont besoin de soutiens politiques et économiques. Je ne peux m'empêcher de faire un lien avec les soutiens dont bénéficient en France les anti-vins, activistes aujourd'hui institutionnalisés, hélas.

On peut donc sourire du contre-boycott de nos amis gascons, mais à la réflexion, c'est plus qu'un produit qui est en jeu, c'est une liberté. Et il n'y a pas de petite ou de grande liberté, quand on touche à une liberté, on touche à la Liberté.

Sur ce, avec votre permission, je vais ouvrir une bonne bouteille de Jurançon pour accompagner mon foie gras.

A la santé des oies, grises ou blanches!

00:59 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, France, Sud-Ouest, Vins de tous pays | Tags : foie gras, calfornie | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |