21 mai 2012

La leçon du Mont Tauch: et si on dégraissait le mammouth des AOC?

Je l’apprends au détour d’un article de l’Indépendant de Perpignan consacré au sauvetage de la Cave du Mont Tauch, à Fitou.

Pour apurer les stocks, la cave a déclassé 20.000hl de Fitou en Vin de France.

Rien à redire, le Mont Tauch a juste dû brader son vin pour se refaire un peu de trésorerie, c'est la vie des affaires. A ce que dit son nouveau patron, la coopérative avait vu "un peu grand" dans ses projets d’expansion. Les optimistes diront que ce sont ses clients qui ont vu "un peu petit"

Quoi qu’il en soit, quand on sait à quel point les AOC de base se vendent peu cher, peuchère, on se dit que ce genre d’opérations devraient être généralisées.

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Le Mammouth (Photo Mistvan)

Je plaide depuis longtemps pour que les AOC soient réduites en surface, limitées aux zones vraiment qualitatives, à la quintessence du terroir. Et que le reste passe en IGP ou Vin de France.

Pour dégraisser le Mammouth des AOC, en quelque sorte.

Mais il y a peut-être une manière plus  expéditive d’arriver au même résultat, en attendant que cette improbable réforme ne se fasse: à chaque millésime, les ODG décideraient de ne faire agréer que 30% de la production totale déclarable en AOC dans les aires d’appellation.

Les AOC ne représenteraient donc plus, comme aujourd'hui, environ la moitié de la production nationale, mais entre 15 et 20%, ce qui me semble un chiffre plus raisonnable: car l'AOC, au départ, était conçue pour des produits d'exception.

Qu’est-ce que vous en dites ?

Ce ne serait pas mieux de faire la sélection en amont?  Chaque type de vin se vendrait à un prix correct, on ferait une vraie différence de prix entre AOC, IGP et vin de France, parce qu’on segmenterait mieux la production.

Ca éviterait que la mévente n‘oblige les producteurs, quelques mois après, à vendre à vil prix, et sans appellation, ce qui était censé être leur meilleur vin, produit avec des contraintes de rendement et d’encépagement plus fortes.

Vous me direz, "Hervé, mais vous n'arrêtez pas de nous le dire sur tous les tons, ça devient lassant".

Et je ne vous donne pas tort. Mais si même moi, petit scribouillard de province,  j'ai pu conceptualiiser un tel schéma, je m'étonne que d'autres plus malins et mieux placés ne l'aient pas déjà réalisé.

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc, Midi, Pour rire | Tags : aoc, mammouth, réforme, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (26) | | | |

16 mai 2012

Coteaux Bourguignons: qu'est ce qui change?

Demain sera dévoilée officiellement au grand public la nouvelle AOC "Coteaux Bourguignons", qui remplace le Bourgogne Grand Ordinaire.

Les communiqués vantent abondamment le travail accompli par les producteurs et leurs représentants pour mettre en route la nouvelle appellation, et notamment pour se mettre en conformité avec son nouveau cahier des charges.

Tout à la joie de cette nouvelle, mes confrères se semblent guère s'être intéressés à son contenu. Moi si.

J'ai donc demandé au BIVB quels avaient été les changements par rapport au cahier des charges du Bourgogne Grand Ordinaire. Celui-ci, en la personne de Guillaume Willette, m'a aimablement répondu.

1° Changement de dénomination de l’AOC: Bourgogne Grand Ordinaire à Coteaux Bourguignons.

2° Harmonisation des densités minimales à 5000 pieds/ha sur l’ensemble de l’aire de production: avant les densités minimales pouvaient être différentes d’un secteur à l’autre pour produire pourtant la même appellation.

3° Actualisation des rendements de base de l’appellation : 64 hl/ha en rouge et rosé, et 72 hl/ha en blanc.

4° Modification des maturités avec un degré minimum remonté à 10° au lieu des 9° ou 9,5° auparavant suivant la couleur.

5° Modification des cépages: le pinot gris devient cépage principal également en blanc; la liste des cépages accessoires (pouvant rentrer à hauteur de 10% dans l’assemblage) a été complétée avec l’ensemble des cépages bourguignons.

Il y a-t-il dans cette liste la traduction d'un véritable engagement qualitatif? C'est selon. La remontée du degré minimal, notamment, ne représente pas un gros effort en ces temps de réchauffement climatique. Quant aux rendements minimum, ils restent élevés. Le reste, c'est plus de l'harmonisation que la marque d'une exigence supplémentaire.

Surtout, il manque un aspect essentiel, à mon sens: la preuve du lien au terroir. Comme l'aire d'appellation n'a pas changé, et qu'elle couvre 3 départements, on ne peut toujours pas vraiment parler d'un terroir, mais plutôt d'une zone couvrant de multiples terroirs. Les coopératives et le négoce les assembleront, d'ailleurs, c'est leur intérêt commercial.

bourgogne-carte.gif

Un terroir, que dis-je, une mosaïque...

Pour parler image et marketing, puisque cela semble l'essentiel du message, je note aussi qu'à l'heure où bon nombre de régions, pour faire simple, abandonnent le mot Côtes ou Coteaux, comme le Ventoux, le Luberon, et peut-être, demain, Bergerac, la Bourgogne prend le chemin inverse. On verra bien qui a raison.

Je m'en voudrais, cependant, de gâcher la fête. 

D'autant que si j'aime la Bourgogne et ses vins, je n'aime pas toujours leur rapport qualité-prix. Alors, si l'AOC de base (je n'ai pas dit basique) pouvait monter en qualité, si ses blancs pouvaient devenir une vraie alternative aux chardonnays du Nouveau Monde, par exemple, je serais le premier heureux.

Au négoce et aux coopératives de prouver, à présent, que le concept est porteur, en France et à l'exportation.

Et un ban pour les Coteaux Bourguignons!

Et pour en savoir plus, cliquez ici... les Coteaux Bourguignons n'ont pas perdu de temps, avant même d'être en vente, ils sont déjà sur l'encyclopédie "participative"...

Le plus spectaculaire, c'est qu'on y décrit déjà les vins...

00:39 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, France | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |