13 juin 2012

Soupçons de fraude chez Labouré Roi

Selon nos confrères bourguignons du Bien Public et du Journal de Saône et Loire, quatre dirigeants du négociant Labouré-Roi, à Nuits Saint Georges, ont été placés en garde à vue la semaine dernière par les gendarmes. Leur serait reproché une série de fraudes aux appellations, mais aussi aux médailles.

Ces arrestations font suite à 18 mois d'enquête de la section de recherches de la gendarmerie de Dijon.

Selon les quelques éléments rendus publics, "entre 2005 et 2009, plus de deux millions de bouteilles auraient été vendues avec des étiquettes ne correspondant pas au contenu. La maison Labouré-Roi, qui est aussi un éleveur réputé, aurait également créé des excédents en trichant sur les quantités de vin manquant naturellement dans les tonneaux pendant l’élevage (la « part des anges »), et en comblant ces manques avec des vins de table. Des vins coupés auraient également été mis en bouteille, et des médailles qui n’existaient pas auraient été apposées sur des étiquettes pour des produits qui n’avaient pas obtenu de prix. Grands crus, premiers crus ou appellations village, l’ensemble de la production de la maison de négoce nuitonne serait concernée". (Source: Journal de Saône et Loire).

Au Bureau Interprofessionnel des vins de Bourgogne, Michel Baldassini attend d'en savoir plus pour se prononcer, et tous les professionnels interrogés évoquent la présomption d'innocence.

labouré-roi

Le Wine Enthusiast a-t-il été trop enthousiaste, sur ce vin? Espérons surtout qu'il s'agissait bien d'un Gevrey-Chambertin!

 

Pourtant, l'avocat du groupe nuiton, Me Touraille, ne nie pas les faits: "La situation était en train de s'assainir au moment où les contrôles ont été effectués" (source France Inter); mais il s'étonne: "Nous sommes trois ans après la fin de la période contrôlée, et on se rapproche aujourd’hui d’un taux d’erreur proche du zéro. La direction a assumé la situation. Oui, il y a eu des choses qui n’étaient pas correctes, mais nous les avons corrigées. Il y a de plus des manipulations dans la cave qui pouvaient ne pas être volontaires. J’insiste sur le fait que la société a complètement collaboré avec les enquêteurs, quel que soit le service auquel ils appartiennent. Nous sommes, depuis le début, en contact permanent avec les enquêteurs. Il n’y a eu aucune mise en examen. Rien n’est égal à ce qui existait il y a 5 ans, c’est pourquoi nous avons obtenu ce traitement, sans ouverture d’information auprès d’un juge d’instruction. Il y a eu une prise de garantie. Je le répète: dans cette affaire, la transparence de la société et de ses dirigeants a été totale. Il n’y a eu aucune obstruction. Les dates d’audition des personnes entendues ont été fixées à l’avance. Le but, c’est de préserver l’emploi. Les propriétaires de la société, qui ont plus de 80 ans, sont deux hommes qui n’en peuvent plus. Il y a environ 70 emplois à la clef. »

Alors on se pose des questions. Ne serait-ce que sur la lenteur de l'enquête. Mais aussi sur le moment choisi pour faire éclater l'affaire. Et sur la prudence des instances interprofessionnelles: que leur faut-il de plus pour dénoncer les fraudes?

Quoi qu'il en soit, il s'agit de la deuxième affaire du genre en Bourgogne, en quelques semaines.

 

09:24 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, France | Tags : labouré-roi, fraude, soupçon, aoc, vins, bourgogne | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Choses vues dans les châteaux de Bordeaux

Sur son blog, Jacques Berthomeau (ICI) exhume un texte de Sophie Pons (L'Esprit du Vin, Editions L'Ecaliller du Sud)  qui me fait froid dans le dos.

Cela s'intitule "Les journalistes du Vin reçus au Château":

 «B. reconnut quelques journalistes à leur air confit du contentement de soi et à leur satisfaction visible de côtoyer ceux qui comptent. Leur complaisance servile, une certaine façon de pencher la tête en voûtant légèrement les épaules, leurs rires appuyés, les trahissaient sans erreur possible. Le temps d’un dîner, les seigneurs du vin prétendaient les traiter en égal. Par intérêt économique, parce qu’ils savaient qu’un jour ou l’autre un bon article paierait leurs faux-semblants. Mais ils les recevaient par pure nécessité et non sans un certain mépris. D’où le rôle crucial des attachées de presse: auprès d’elles, les journalistes pouvaient à leur tour déverser leur dédain. Tout était prévu, codifié, huilé par l’euphorie douce que donne le bon vin.»

Dois-je m'identifier à ces journalistes? Suis-je dédaigneux des propriétaires qui, de toute façon, me méprisent? J'espère que non. 

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Quelques journaleux à genoux devant le grand capital (photo H. Lalau).

00:12 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |