18 juin 2012

Droits de plantation: c'est pour la traçabilité, qu'ils disaient...

Nouvel épisode du feuilleton des droits de plantation (et de la désinformation).

L’Assemblée des Régions Européennes Viticoles (AREV) se félicite d'être associée au groupe de travail sur le dossier des Droits de Plantation. Pour Jean-Paul Bachy, son président, cela représente une opportunité pour «expliquer au Commissaire Européen à l’Agriculture Dacian Ciolos qu’il est temps de sortir du dogmatisme ultralibéral et de préparer l’avenir. Car cultiver la vigne partout et n’importe comment n’est pas l’intérêt des consommateurs, très attachés à la traçabilité. Ce n’est pas non plus l’intérêt des territoires viticoles que de risquer de les voir se délocaliser n’importe où.»

Les consommateurs européens sont attachés à la traçabilité, dites-vous? Regardez comme le système actuel les protège bien: Labouré-Roi, Geens, Sieur d'Arques et le faux pinot noir... pour ne nommer que les affaires les plus récentes et les  fraudes les plus criantes. Et pourtant, la France a l'administration la plus tâtillonne au monde!

M. Bachy, le système actuel a failli et vous le savez autant que moi.

En outre, il n'a même pas permis de maintenir le nombre d'exploitants viticoles en France, ces 20 dernières années.

Ni les cours des vins. On n'a jamais autant produit de vins d'AOC en France, et hormis quelques vedettes, on ne les a jamais aussi mal vendus.

Et puis, continuer à faire subventionner une filière viticole non rentable par les contribuables européens, y compris des non-consommateurs, voila qui devrait choquer la Cour des Comptes européenne au moins autant que l'argent dépensé dans les primes d'arrachage.

La vérité, c'est que le système que vous défendez (dont les droits de plantation ne sont que la partie émergée) n'est absolument plus adapté au marché actuel. La consommation française est en chute libre, (ni l'administration, ni l'AREV ne peuvent obliger le client à boire!), la grande exportation est le seul débouché porteur à moyen terme, et le type de vin produit dans le système actuel ne permet pas une poursuite de la conquête des marchés. Déjà, en Chine, en Russie, au Japon, au Canada, la France est concurrencée par des pays moins chers.

Tout en préservant celles de nos AOC qui le méritent, il faut d'urgence lever pour les autres types de vin le carcan de réglementations qui entravent nos producteurs (à l'exception des normes sanitaires, bien sûr) sous peine d'en voir disparaître encore un grand nombre.

Vous parlez d'ultra-libéralisme, moi je parlerais de réalisme.

Vous prônez le protectionnisme? Vous aurez la sclérose.

00:13 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (12) | | | |

15 juin 2012

Réalité ou légalité?

Voici une petite histoire entendue récemment au cours d'une escapade dans la Loire, et qui me semble mériter un peu de votre attention, voire celle des Pouvoirs Publics.

Un vigneron reçoit la visite inopinée des services de la Répression des Fraudes. En effet, sur les bouteilles d'une de ses cuvées figure la mention 12,8% alc. Or, la réglementation française prévoit qu'on ne peut mentionner que des demi-degrés. 12,5 ou 13% alc., d'accord.  Pas 12,8.

Le vigneron a beau plaider sa bonne foi, son ignorance, exhiber son analyse officielle, qui montre bien que son vin titre 12,8% alc., rien n'y fait. Nul n'est censé ignorer la loi, même quand la loi n'a aucun sens, même quand les degrés affichés ne correspondent pas à la réalité.

Son stock est donc bloqué. Le vigneron en est quitte pour réétiquetter tout son lot.

Je suis un honnête citoyen, qui respecte les lois, paie ses impôts et ses amendes pour excès de vitesse ou stationnement interdit. Aussi suis-je obligé d'admettre que l'Administration, dans ce cas d'espèce, est dans son bon droit.

Mais est-ce le meilleur moyen pour elle de se faire respecter? Doit-elle traiter comme un fraudeur celui qui, manifestement, n'a jamais eu l'intention de frauder? Et faut-il le pénaliser à ce point, quand d'autres - et ils sont nombreux - trichent sur le degré d'alcool, indiquant 13,5 quand c'est 15, juste pour ne pas effrayer le consommateur... Et ne sont pas inquiétés, l'Administration n'ayant pas les moyens de venir contrôler dans tous les chais la réalité des taux d'alcool mentionnés sur les étiquettes, même en demi-degrés...

D'ailleurs, cette réglementation absurde a-t-elle un quelconque intérêt? En quoi protège-t-elle le consommateur?

Messieurs les contrôleurs, de grâce, faites preuve de souplesse dans vos interventions.

Messieurs les législateurs (et je pense notamment aux nouveaux députés que le suffrage universel va bientôt nous donner), de grâce, faites que vos lois soient justes, concrètes; faites que demain, la légalité puisse mieux coïncider avec la réalité...

A titre (alcoolique) d'info, la réglementation européenne d'application en cette matière ne prévoit aucune restriction.

Directive 87/250/CEE de la Commission du 15 avril 1987 relative à la mention du titre alcoométrique volumique dans l'étiquetage des boissons alcoolisées destinées au consommateur final (extrait):

"L’étiquetage des boissons alcoolisées qui ont plus de 1,2 % d'alcool en volume doit indiquer le titre alcoométrique volumique, c’est-à-dire le chiffre correspondant au titre alcoométrique suivi du symbole «% vol». Le chiffre ne peut comporter qu’une décimale. Dans certains cas, le chiffre est précédé du terme «alcool» ou de l’abréviation «alc.».

Et pour finir, j'ai dégusté hier un vin croate qui affichait fièrement ses 13,8 degrés sur l'étiquette, et cela ne m'a pas posé de problème. Il faut croire que de ce côté là, je suis plus Européen que Français...

 

 

00:15 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Loire | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |