14 juillet 2012

Chasseurs de tête (Animal Farm)

De temps à autre, j'apprends la nomination à un poste en vue dans le secteur vin de tel ou tel manager et je m'étonne: untel vendait de l'eau et vend du vin; un autre s'occupait de parfums et markette du Champagne; un autre encore ventait les capsules à vis et vendra du bouchon.

Je sais bien que les chasseurs de tête cherchent des têtes, pas des convictions ni même, souvent, de la compétence produits. La fonction managériale transcende tout ça, il faut savoir d'abord gérer des équipes, éventuellement les licencier; le reste s'apprend sur le tas, et puis, on ne demande pas au DG ou au DC se savoir faire du vin.

Je m'étonne. Et surtout je m'indigne. C'est trop injuste, Calimero. Avec toutes les bonnes idées que j'ai (et dont je vous fait cadeau quotidiennement ici, Gratos pro Dei), comment se fait-il qu'aucun chasseur de tête ne soit jamais venu chasser la mienne?

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Ou serait-ce une question de réseau? Celui des Chroniques Vineuses ou des Cinq du Vin serait-il moins puissant que celui des golfeurs, des Rotariens, des Catholiques, des Juifs, des Protestants, des Polytechniciens, des Francs-Maçons?

En ce jour où l'on fête la République, une, indivisible, libératrice, égalitaire et fraternelle, le nouveau gouvernement devrait peut-être faie preuve de réalisme et changer la devise nationale, pour adopter celle d'Orwell: "All animals are equal, but some animals are more equal than others".

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Europe, France, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

10 juillet 2012

Il faudrait choisir: les droits de plantation ou la main-mise des grands méchants distributeurs sur le vin!

Samedi dernier, sur le blog des 5 du Vin, mon excellent confrère Per Karlsson a posté un article sur les droits de plantation que je vous engage à lire - pas parce qu'il va dans le sens de ma réflexion personnelle, mais parce que c'est un bon travail, précis, argumenté.

Mais si je vous en parle ici, c'est aussi pour le commentaire laissé par une certaine Fiorina, oenologue fraîchement émoulue de la fac de Toulouse, qui révèle une nouvelle facette de la désinformation qui règne dans ce domaine: même certains profs d'université contribuent, apparemment, à répandre la "bonne parole" du protectionnisme et des droits acquis, ce qui est évidemment contraire à l'idée que je me fais de la transmission du savoir.

"I've just completed the DNO (Diplôme National d'Œnologie) in Toulouse. Repeatedly, professors told us that, should the planting rights be eliminated in France, Carrefour, Auchan, Intermarché and other supermarket chains would buy up huge tracts of vineyards to produce grapes for their own label wines. These supermarkets control up to 80% of the sales of non-AOC wines in France, so their emphasis would be on IGP wines that don't fall under the AOC restrictions. They use this argument much like parents do to keep their children from leaving their beds at night, telling them that there is a boogeyman under their beds. I don't believe for a moment that supermarkets want to really enter the wine production market, and, if they do and they produce wine that appeals to the customers, why is that such a bad thing? If winemakers want to compete against such a competitor they can produce better, AOC wine, or IGP wine that is of a superior quality. The internet is opening new opportunities for distribution that will eliminate the need to only go through supermarkets to reach the customer."  

J'ai bien aimé aussi la réponse de mon copain David.

"Interesting topic raised by Fiorina. I had never thought about that as an argument for maintaining planting rights! Indeed, given the capital costs involved in entering the production of wine on a large scale, and whilst there is still plenty of cheap wine available, I cannot see the logic for French supermarkets moving upstream to become their own producers. They are far better-off playing the market for cheap and indifferent wines as they do, unfortunately for the consumer."

C'est vrai, tiens, qui livre aujourd'hui à Lidl, à Aldi, à Carrefour et consorts leurs vins d'AOC à des prix misérables? Ne sont-ce pas ceux-là même qui défendent les droits de plantation? Et comment un système aussi sophistiqué d'encadrement de la production ne permet-il pas de garantir de meilleurs prix, et partant, une meilleure rentabilité aux producteurs? Mais peut-être ne vont-ils pas assez loin. L'aboutissement de leur logique, ce sont les plans quinquennaux de production et l'encadrement des prix. Voire la consommation obligatoire. 

Vous me direz que j'en fais trop, sur ce thème. Que j'ai choisi mon camp. Je vous rétorquerai qu'à part mes quelques articles et celui de Per, en France, je ne vois guère de débat. La parole semble confisquée par les protectionnistes, et ce qui m'étonne le plus, c'est que la presse gobe et reproduise leurs arguments sans y réfléchir à deux fois, alors qu'en définitive, la presse n'est pas au service des associations de producteurs, des officines, des groupes de pression, mais du lecteur, qui est aussi un consommateur.

Et rassurez-vous, je m'intéresse au vin pour de bien meilleures raisons!

00:04 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Vins de tous pays | Tags : droits de plantation | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |