25 septembre 2012

Sur les traces de Tracy

Bon, mon image de Saint-Just de la chronique vineuse va encore en prendre un coup - c'est vrai, je l'avoue, il y a des producteurs pour lesquels j'ai un petit faible. C'est le cas du Comte d'Assay. En tout bien tout honneur, bien sûr,  je ne l'ai rencontré que trois fois dans ma vie. Et nous n'envisageons pas de nous pacser.

Mais j'aime le bonhomme et ses vins. Ils sont francs. Purs. Elégants. Pas de parlotte, pas de show, bon vin chasse de race. Le premier nom de M. le Comte, sur sa très républicaine carte d'identité, c'est Henri d'Estutt. Pas Henri d'Esbrouffe.

Bon, si un jour, il se mettait à faire de la daube, je réviserais peut-être mon jugement, quitte à mettre ça sur le compte d'un moment de faiblesse. Moi qui vous parle, il m'arrive d'écrire des choses sans intérêt. Si si, même ici.

Mais bon, pour Tracy, rien à dire, ça fait dix ans que je suis ses vins, et M. le Comte ne prend pas le chemin de la médiocrité. Surtout pas avec sa vigne de Haute Densité! Difficile à mécaniser, difficile à traiter, produisant peu..., si ce n'est pas du masochisme, c'est au moins une preuve tangible qu'à Tracy, le succès ne se mesure pas à la rentabilité mensuelle. A domaine historique, vision historique, chaque génération se doit de conserver et de transmettre le patrimoine, voire de le magnifier. La famille, c'est sacré.

11- Comte Henry d'Assay et Nathalie d'Assay - Château de Tracy.JPG

En famille, au château de Tracy

Bon, si je vous parle de Tracy, c'est que Michèle Piron-Soulat, encore elle, m'envoie un petit billet à son sujet, dans sa série "les vendanges au club Vignobles & Signatures". Et oui, Tracy en fait partie.

Alors voila:

"Au Château de Tracy, ce matin, briefing de l’équipe de vendangeurs : «Soyez mi-nu-tieux!». Car après la culture raisonnée, la taille, le dédoublage, l’ébourgeonnage, la taille en vert… les grappes doivent être cueillies avec le plus grand soin pour maintenir cette moyenne exceptionnelle d’un rendement de 45 hectolitres à l’hectare pour 32 hectares.

Et s’ils veulent, ce soir, quelqu’un de la famille d’Estutt d’Assay leur racontera peut-être l’histoire du premier ancêtre écossais, arrivé en France pendant la Guerre de Cent ans, pour aider Charles VII contre les Anglais.

Un peu plus tard, le Roi Louis XI, séduit aussi par les mérites de son descendant, François, lui donna en récompense la nationalité française; au siècle suivant, un de ses héritiers, lui aussi prénommé François,  épouse Françoise de Bar, qui lui apporte en dot, outre son coeur, la Seigneurerie du Château de Tracy…
Ah! Quand l’Amour se mêle au Vin, c’est une histoire qui dure…

Et aujourd’hui? Eh bien les grappes sont mûres: magnifiques, les sangliers en font leur goûter! Il est temps de vendanger!"


00:29 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

23 septembre 2012

Sam, au Château!

Mes amis châtelains bordelais souhaitent que les ronds de cuir de Bruxelles interdisent aux manants de Californie l'emploi du mot Château.

Je les assure de mon soutien de classe et de caste (diantre, ne suis-je pas Chevalier, et en outre, Prud'homme de Saint Emilion)? Pardonnez-moi, braves bourgeois, de monter sur mes grands chevaux, mais j'en fais une affaire de principe.

Mais n'est-il pas trop tard?

Quid de Château Pauqué et de Château de Schengen, au Luxembourg? Quid de Château Mornag, en Tunisie? Sans parler des innombrables châteaux des autres régions de France?

Bon, ce sont de mauvais exemples: ils se situent tous dans des pays plus ou moins francophones, ou de culture viticole française. Même avec beaucoup de largeur d'esprit, on ne peut pas en dire autant de la Californie ou de l'Oregon.

Sur ce coup-là, je pense donc que les Bordelais ont des raisons de réclamer que les Ricains ne se parent pas des plumes du paon - au 18ème, on aurait parlé de "savonnette à vilain".

Après tout, estate est tout aussi joli que château, et beaucoup plus réaliste, beaucoup plus conforme à une réalité historique et géographique quand on entend l'utiliser à Napa, à Portland ou à Modesto.

Modesto. Joli nom. Jolie vertu que la modestie. Je vous redonne la définition: "Retenue dans la manière de parler de soi, absence d'orgueil, de prétention, simplicité. Pudeur." Il n'y en aurait vraiment aucune, de retenue, pour des Américains, à mettre le mot Château sur leurs étiquettes.

Il y aurait même un peu de ridicule.

C'est comme cet hôtel de l'Utah qui s'appelle Château Bellavista Estate. Trois mots, trois langues! Vous parlez d'un melting pot! Bon, ça n'empêche pas le monde de tourner, et ça ne choque probablement personne là-bas - "ah bon, parce qu'il y a d'autres langues que la nôtre"?

Mais c'est à nous de nous battre pour que soient respectées nos spécificités, plutôt que de laisser d'autres s'en accaparer et les exploiter à leur compte.

 

00:22 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Etats-Unis, France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |