07 novembre 2012

Droits de plantation: tu sais où tu peux te la mettre, ta pétition, David?

sauvezdavid

 

Cette photo était hier à la une du site de Terre de Vins, mais comme les commentaires n'y sont pas autorisés, et que la seule touche "Facebook" proposée est "j'aime", je profite de mon espace de liberté ((c) Berthomeau) pour répondre à l'"argumentaire". Quand on a pas les moyens de se payer une campagne publicitaire, ni de faire passer ses communiqués dans la presse institutionnelle, il reste les blogs.

Bien sûr, je suis contre la standardisation des vins - notez, comme buveur, je la subis déjà. Mais je suis encore plus contre la standardisation du discours démagogique!

David, rhabille toi et réfléchis un coup.

Ca fait 5 ans que la France a signé la réforme qui libéralise les plantations; 5 ans qu'on est prétendument dans un régime de transition. Bien sûr, en France, on n'a rien fait, entretemps, on n'a rien testé, rien entrepris. Tout ce que tes amls te proposent, David, c'est de ne rien changer, au nom, sans doute, du principe qu'on ne change pas une équipe qui gagne.

Ben oui, on a perdu 25% des exploitants viticoles en 20 ans, dans ce système gagnant. Il est tellement gagnant que l'Europe, ou plus précisément, le contribuable (buveur ou pas) paie chaque année pour distiller les vins produits dans ce système censé contrer la standardisation des vins. Au moins, on distille des vins "non standardisés", c'est rassurant.

David, tu as l'air jeune sur la photo, mais peut-être que toi, tu as des vignes, alors tes droits de plantation, c'est humain que tu veuilles les garder, tu pourrais un jour avoir besoin de les valoriser.

Mais les jeunes candidats à la vigne ne sont pas tous dans ton cas. Pour accéder à une propriété viticole, aujourd'hui, ils galèrent. Ce n'est pas juste. Alors ne nous dis pas que tu veux protéger les vins de qualité quand tu veux d'abord protéger ton bas de laine, ta rente de situation.

C'est un peu comme les licences de taxi à Paris. A chaque fois qu'on veut ouvrir le système, soit en multipliant le nombre de licences, soit en les abolissant, afin de mieux servir le public, on se trouve face à une menace de paralysie de la ville.

C'est que ces licences ont été achetées très cher, elles constituent un capital pour les taxis aggréés.

Evidemment, comme il y a pénurie, comme l'offre ne correspond pas à la demande, le "marché" trouve des échappatoires, une soupape de sécurité: pour les taxis, ce sont les taxis clandestins. Et la grogne des clients non servis. A croire que les taxis ne roulent pas pour les clients, mais pour leurs licences.

Dans le cas du vin, la régulation se fait par d'autres moyens. Comme la France ne produit pas les vins qu'attendent les consommateurs, ni en termes de prix, ni en terme de contenu, les gros faiseurs du marché français achètent discrètement du vin en Espagne pour leurs marques bas de gamme. Et les marchés étrangers passent doucement au vin chilien, argentin, australien.

David, rhabille-toi et va dire à tes syndicats qu'ils ont tout faux. Ce qu'ils défendent, ce n'est pas toi, c'est leur pré carré, ce sont leurs cotisations, leurs subventions, leur organisation (sic) d'un marché bancal, totalement coupé de la consommation, où l'on fait comme on a toujours fait au nom de vieilles mauvaises habitudes. Au nom d'une fausse tradition qui n'est que sclérose, oligopoles et petits arrangements entre amis, entre coopératives, entre négociants, entre banques agricoles, entre saféristes et affairistes.

Tu le sais si tu parles de temps en temps avec tes collègues, si tu bois leur vins, tous ceux qui possèdent une vigne, un "droit", n'ont pas forcément la vraie vocation viticole; il n'y a qu'à voir ce qu'ils produisent. Si leurs vins sont mal foutus, au nom de quoi les protègerait-on? Au nom du droit à surproduire?  Au nom de la solidarité entre bons et mauvais producteurs? Il faudrait changer la devise au fronton des mairies. Passons sur la Liberté, puisque vous ne semblez pas y tenir. Qu'est-ce qu'il vous reste? L'Egalité et la Fraternité... dans la Médiocrité? 

Je suis effaré de voir que bon nombre de mes confrères, parmi les plus virulents à dénoncer les "vins de merde", comme ils disent, défendent en même temps les droits de plantations. Comme si cela allait de pair. Les mauvais vins d'aujourd'hui sont pourtant bien produits dans le système des droits de plantation.

A ce stade, sans doute faut-il préciser que la campagne des Jeunes Agriculteurs (le syndicat) est en trompe l'oeil: ils disent vouloir défendre les vins non standardisés contre la réforme bruxelloise, mais ils oublient de dire que les vins AOC sont très peu concernés: au sein des AOC, en effet, la délimitation des aires de production permettra de continuer à réguler les plantations et même, via les contrôles en amont, les volumes produits. Tes amis nous gavent avec leur qualité alors que la qualité n'est pas en jeu. On les entend moins sur la chaptalisation, la réacidification, la cryoextraction, l'osmose inverse, les rendements, les fraudes aux appellations, le faux pinot... Nous ne devons pas avoir la même définition de la qualité.

N'en déplaise à Terre de Vins, ceci n'est pas une bonne cause, c'est juste une questions d'intérêts plus ou moins cachés; derrière la petite feuille de vigne, il y a de gros menteurs.

Oui, David, on te ment.

Si on démantèle un jour les droits de plantation (je parle donc des vignes hors appellations), tu pourras te trouver un terrain pas trop cher, y planter ce que tu veux, produire un vin qui te plaît à un prix abordable (pas de cotisations volontaires obligatoires à payer, tu décideras du rendement, des cépages, de tout) et si tu travailles bien, il n'y a pas de raison qu'ils soient moins bons que ceux qu'exportent le Chili, l'Argentine, l'Afrique du Sud, ou l'Australie. Tu pourras donc les concurrencer sur les marchés tiers. J'ai évoqué un jour notre "système " devant des vignerons sud-africains. Il m'ont regardé, incrédules, et ils ont éclaté de rire: "Et pour faire l'amour, il vous faut un permis, aussi, en  France?", m'ont-ils répondu.

J'ai écris "si tu travailles bien". Oui, dans ce système-là, il faut travailler. Faire ses propres choix. Il n'y a plus de garde-fous, plus de coussin, plus de bonnes raisons de faire de mauvais vins avec les mauvais cépages, sur les mauvaises terres, avec les mauvaises techniques, juste parce qu'elles sont "autorisées". Plus de contribuables qui paient pour distiller. Mais tu sais quoi, David, nous sommes tous des contribuables. Quand tu paie tes impôts, tu paies un peu de ta distillation. Est-ce qu'on imaginerait ça chez Obama?

Bref, David, ta pétition, en ce qui me concerne, tu peux te la mettre en cache-sexe.

PS. Billet libre de... droits sous réserve de la mention de la source

00:45 Écrit par Hervé Lalau dans France, Pour rire | Tags : pour rire | Lien permanent | Commentaires (15) | | | |

06 novembre 2012

Domaine Courbis, à Saint Joseph et Cornas

Mercredi dernier, chez La Dame de Pic, rue du Louvre, à Paris, j'ai pu découvrir les vins des frères Courbis. En résumé: beaux vins, beaux accords culinaires. Ca, c'est la version courte (ben oui, il paraît qu'il faut faire court, Coco!).

Vous voulez la version longue, maintenant?

Dominique et  Laurent ont repris le domaine familial de Châteaubourg (au confluent de l'Isère et du Rhône) dans les années 90. C'est un des plus vastes de Saint Joseph (une vingtaine d'hectares). L'essentiel des vignes blanches étaient déjà là du temps de leur père; Dominique et Jean ont surtout planté du rouge, sur les arêtes granitiques.

rhône,syrah,marsanne,courbis,cornas,saint joseph

Dominique et Laurent Courbis au lieu dit Les Royes

Les frères possèdent aussi des parcelles sur Cornas. Enfin, ils viennent d'acheter quelques arpents à Saint Péray et à Crozes, mais il faudra attendre l'an prochain pour en déguster le fruit.

Et maintenant, mes cuvées préférés de la soirée

Domaine Courbis Saint Joseph Cuvée Tradition blanc 2011

Joli blanc floral aux notes de pêche blanche; bouche fraîche et souple à la fois, petites notes de tisane. Assez long mais délicat.
97% marsanne, vignes de 45 ans, sols argilo-calcaires. Dixit Dominique: "Pour amener un peu de velouté, nous avons fait séjourner le vin 7 mois en pièces dont 10% de bois neuf." Prix consommateur: environ 18 euros. 14/20

Domaine Courbis Saint Joseph Les Royes 2010

Les Royes, c'est une parcelle de 6ha dont 1 de blanc, sur sols calcaires. Les marsannes (qui étaient déjà plantées du temps du père) y sont vendangées un peu plus tard que sur les autres vignes.

2010? "Une année élégante et digeste", selon les Courbis. Au nez, de l'anis, des épices, du pain grillé; la bouche est ample, complexe, plutôt grasse; finale très ouverte, quelques notes de miel d'acacia et petit retour du pain grillé. 100 % marsanne, vinifiée 12 mois en fût neuf. Prix consommateur: environ 26 euros. 14,5/20

Domaine Courbis Cornas 2010 Champelrose

C'est l'assemblage de différentes parcelles sur Cornas, la cuvée de base. Le nez est élégant, très fruit noir au départ (cassis) et vire vers le rouge, la groseille, la framboise, la cerise - il pinoterait presque. Mais non, c'est bien une syrah, comme le prouvent ses beaux épices en bouche. Tout cela est bien fondu, bien mûr aussi, les tannins sont bien équilibrés. La garde? au moins 3 à 4 ans. 15% bois neuf. 26 euros. 14,5/20

Domaine Courbis Cornas Les Eygats 2010

"Ce sont des vignes de 20 ans, plantées à une altitude de 300m. Les raisins mûrissent lentement, ce qui laisse aux anthocyanes tout  le temps de se libérer. C'est toujours la dernière parcelle que nous vendangeons, généralement début octobre."
Très vif au nez, petits fruits des bois (mûre, airelle), quelques notes fumées; la bouche est tendue, on pense à de la cerise noire, acidulée, du cuir. Les tannins sont bien présents mais très suaves. Un Cornas tout en contrastes, élégant mais tranchant, délicat mais gourmand. Impressionnant et très long en bouche. 50% bois neuf. 36 euros. 17/20

Domaine Courbis Saint Joseph La Sabarotte 2010

"C'est une vigne de 60 ans, qui a de tout petits rendements, et qui nous donne des vins mûrs et concentrés."
Vu cette concentration, vu les 100% de fût neuf, aussi, il s'agit là encore d'un bébé. Mais la matière est là, suave, veloutée, la structure ne fait pas défaut; une fois le bois fondu, cela nous promet un très beau vin de garde... 46 euros, tout de même - on n'a rien sans rien...

00:13 Écrit par Hervé Lalau dans France, Rhône | Tags : rhône, syrah, marsanne, courbis, cornas, saint joseph | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |