17 décembre 2012

Bus et rebuts: Muscadet et Burgenland

Voici deux vins qui n'ont pas grand chose en commun, si ce n'est le même importateur en Belgique, Wine Brands Ambassadors, et le fait d'avoir été recalés lors de la dernière dégustation "découvertes" chez In Vino Veritas.

Ce qui n'a rien d'infâmant, vu le niveau d'exigence de cette vénérable revue.

Moi, par exemple, je les avais appréciés. Alors j'ai demandé à les emporter chez moi. Et je les ai redégustés le lendemain, au calme. Résultat: je confirme, ils valent un commentaire. Légèrement musical, en l'occurrence.

Le premier s'appelle L'Inattendu. C'est un Muscadet de Sèvre et Maine du Domaine de la Bretesche, millésime 2010. Très citronné au nez - c'est toute la nuance subtile entre défaut et qualité: vendredi, certains de mes confrères le qualifiaient de citrique. Mais passons. Citrique ou citronné, il est vif, joyeux, enlevé. Si c'était une musique, ce serait un allegro. L'orchestration est plus riche qu'on ne le croirait au premier abord, les notes de fruit secs  se fondent dans une trame mi-acide, mi-grasse, et le son est pur. La finale est tendue, sur des notes presque métalliques - un mot qui ne rend pas justice à son élégance; quelques petites notes d'évolution, mais qui ne font qu'ajouter à son charme presque évanescent.

 

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Le deuxième vin nous vient d'Autriche. Zantho (c'est son nom) est l'oeuvre commune de deux solistes prodiges: Josef Umathum et Wolfgang Peck, associés pour mettre en valeur les cépages du Burgenland. Et pour la cuvée qui nous occupe, le Sankt Laurent.

Là encore, ce qui m'a séduit, c'est le côté très enlevé, guilleret de la bouche. Le nez, lui, est joliment fruité, cerise noire, fraise gariguette, aussi s'attend-on a une bouche riche, volumineuse, voire alcooleuse. Erreur, les deux prodiges nous sortent un mouvement rapide, des double croches entremêlées de fruit noir et d'épices.
L'aria ne dure peut-être pas très longtemps, mais on reste sur une belle impression, délicieusement acidulée, avec le retour de la mûre en finale.

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C'est pour ce genre de billets que je suis content d'avoir ce blog, ce coin du net où je ne dois rien à personne, mais tout à la passion, au bonheur de partager avec d'autres ce qui, peut-être, sans ça, passerait inaperçu...

Plus d'info: Wine Brands Ambassadors, Frank Van den Bogaert, 0032 474 510 656

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Autriche, Belgique, France, Loire, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

16 décembre 2012

"Les experts de l'Union Européenne veulent pouvoir continuer à encadrer les plantations"

Quelle formulation mensongère que ce titre de l'AFP! En 2006-2007, dans le cadre de la réforme de l'OCM vin, il été décidé de libéraliser les plantations. Certains pays de l'Union n'ont même jamais connu de droits de plantations.

Alors, dire qu'on veut pouvoir "continuer" à encadrer les droits de plantation, c'est se moquer du monde. 

Disons plutôt que l'inertie de la France à traduire dans les textes la libéralisation (nous sommes encore dans une phase de trransition) aura été payante.

La vérité, c'est que le corporatisme à la française a poussé ses pions à Bruxelles, a troqué le soutien à la Grèce défaillante contre un revirement de dernière minute (et c'est sans doute valable pour s'autres pays), qu'elle a "retourné" la commission européenne (ou au moins le Commissaire à l'agriculture, dont la force des convictions paraît pour le moins douteuse).

Et nous voila face à u groupe d'"experts" qui se prononcent pour la régulation, dans la plus pure tradition colbertiste ou même vichyste - vérifiez, le Maréchal a fait passer bon nombre de lois protégeant l'agriculture de pépé.

Je ne suis toujours pas convaincu. Les contribuables et consommateurs des pays non producteurs n'ont aucune raison de vouloir payer plus cher le vin  français parce que les plantations sont encadrées, les jeunes candidats viticulteurs sans vignes n'ont aucune raison de devoir acheter des droits à ce qui en ont hérité, ou qui les ont achétés à l'image des candidats chauffeurs de taxi. Le système est injuste, et le concept même de l'encadrement par l'Etat d'une production agricole est inepte.

J'aimerais pouvoir dire que je m'en fous - je n'ai pas l'intention de planter de la vigne, et que peut bien me faire la future compétitivité des exportateurs français de vin? Mais non, je suis Français, je ne compte pas abandonner ma nationalité, contrairement à Gérard Depardieu. Bien que je pourrais être Belge par mariage, et depuis longtemps.

Alors j'ai honte de ces manoeuvres, de ces mensonges, de cette manipulation de l'opinion et même des vignerons, auquels on a fait croire que les AOC étaient concernées alors qu'elles ne l'étaient pas - enfin, si tant est que les AOC  font respecter leurs propres règles.

Il y en a qui doivent bien rire, aujourd'hui: les Casillero del Diablo, les Penfolds, les Gallo, les Torres. Ils continueront à tailler des croupières à nos vins sur les marchés tiers. Mais avez-vous seulement entendu parler de ces marques, mes chers compatriotes, vous dont le marché est tellement cadenassé?

Pourtant, JP Genet, Listel, Dourthe, Cordier et compagnie ne sont que des nains face à elles.

Le renom de quelques grands crus, la DRC, les primeurs... ne doit pas faire illusion: la France a loupé le virage du vin dit premium, des blends de qualité, des vins de marque. Et cela ne risque pas de changer: la liberté de planter aurait pu les aider à élargir leur base, à rééquilibrer les coûts de revient. Cette occasion sera probalement manquée par la faute de quelques obtus qui préfèrent bétonner "les droits", "l'acquis".

Mais rien n'est jamais acquis dans les marchés; les Français boivent un peu moins chaque année, le succès de nos exportations, qui repose sur quelques grands Bordeaux, quelques grands Bourgogne, la Champagne et le Cognac, ne concerne pas nos braves petits vignerons de la base. Croire que c'est avec les Coteaux Bourguignons ou le Bordeaux générique (ou même, supérieur) qu'on va changer cet état de fait, c'est se payer de mots.

Vous ne pourrez pas dire que je ne vous l'aurais pas dit.

12:40 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Vins de tous pays | Tags : droits de plantation, droits acquis, europe, vin, vigne | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |