07 novembre 2012

2012 en Centre Loire, en Roumet dans le texte

Benoit Roumet est le dynamique directeur du Bureau interprofessionnel des vins du Centre-Loire (BIVC). Il nous présente le millésime 2012 dans sa région.

Avant l'été

«Dans un hiver 2011-2012 sec et relativement doux, la seule période de froid significative a eu lieu au cours de la première quinzaine de février, occasionnant la destruction de quelques bourgeons. Le débourrement fut précoce, de fin mars à début avril. Le retournement climatique à partir du 10 avril entraîna une longue période de trois mois globalement froids et humides. Quelques bourgeons furent à nouveau gelés en avril. Petit à petit, l’avance du début de saison s’est perdue.
La floraison s’est déroulée avec environ une semaine de retard s’étendant sur trois semaines. La coulure et le millerandage ont sévi de façon irrégulière. Les rouges ont été assez touchés alors que les blancs ont bien résisté. La pression des maladies cryptogamiques, mildiou et oïdium, a été forte mais bien maîtrisée dans l’ensemble.
Une nouvelle inversion de climat s’est produit mi-juillet avec la fin des précipitations. A partir du 10 août, les températures sont redevenues supérieures aux normales. Ces conditions climatiques sont arrivées juste au bon moment pour  provoquer l’arrêt de la croissance des rameaux, accélérer et resserrer la véraison. La sécheresse a perduré jusqu’au 20 septembre où on a commencé à constater des blocages de maturation dans les jeunes parcelles sur les sols sensibles. Du 21 au 27 septembre des pluies importantes (50 à 60 millimètres) sont arrivées à point nommé pour relancer la maturation".

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Sancerre, mai 2012 (Photo (c) H. Lalau)

La maturation

"Les conditions de maturation ont été très favorables. La sécheresse a permis la concentration en sucres. Cette évolution a été stoppée par les pluies des derniers jours de vendanges. Les nuits fraîches ont préservé le charnu et l’acidité (teneurs élevées en acide tartrique et normales en acide malique) tandis que les arômes se sont développés lentement et tout en finesse. L’ensoleillement a été bénéfique pour la couleur et les tanins des rouges, mais également pour les arômes.
Grâce aux peaux épaisses, l’état sanitaire est resté excellent, ce qui a laissé toute la sérénité nécessaire aux vignerons pour attendre que les raisins soient bien mûrs".

Les vendanges

"L’étalement de la floraison s’est retrouvé à la maturité. Reuilly a entamé la campagne le 15 septembre par les pinots gris. Les parcelles les plus précoces de Sancerre étaient récoltées dès le 20 septembre mais c’est le premier octobre que les vendanges ont véritablement débuté sur l’ensemble des vignobles du Centre-Loire.
Le suivi précis des maturations technologique, aromatique et phénolique, parcelle par parcelle, est aujourd’hui bien ancré. Aussi, de nombreux vignerons ont récolté de façon discontinue, en cohérence avec les différences d’évolution des terroirs."

Premières impressions du millésime

"Les vins affichent une plénitude et une concentration remarquables. Les bouches ont de superbes expressions, avec des équilibres différents selon la date de vendange : les premiers raisins récoltés donnent des vins plus incisifs, puis au fur et à mesure de la maturation, le gras se développe et s’amplifie.
Les blancs exhalent de superbes arômes. Bien ciselés, ils sont à la fois délicats et complexes. Les nuances de fleurs blanches et de fruits frais dominent. Elles peuvent être agrémentées de notes épicées ou de subtiles touches végétales. Dotés d’une grande pureté, les blancs ont à la fois de la fraîcheur et du charnu.
Les rouges montrent des robes profondes, rubis plus ou moins nuancées de violet. Avec les extractions douces qu’on pratique aujourd’hui, leurs tanins sont mesurés. Le fruité gourmand des raisins se retrouve dans les vins dont la bouche, en fonction des origines, est dense à séveuse."

18:06 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : sancerre, centre loire, roumet, 2012 | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Droits de plantation: tu sais où tu peux te la mettre, ta pétition, David?

sauvezdavid

 

Cette photo était hier à la une du site de Terre de Vins, mais comme les commentaires n'y sont pas autorisés, et que la seule touche "Facebook" proposée est "j'aime", je profite de mon espace de liberté ((c) Berthomeau) pour répondre à l'"argumentaire". Quand on a pas les moyens de se payer une campagne publicitaire, ni de faire passer ses communiqués dans la presse institutionnelle, il reste les blogs.

Bien sûr, je suis contre la standardisation des vins - notez, comme buveur, je la subis déjà. Mais je suis encore plus contre la standardisation du discours démagogique!

David, rhabille toi et réfléchis un coup.

Ca fait 5 ans que la France a signé la réforme qui libéralise les plantations; 5 ans qu'on est prétendument dans un régime de transition. Bien sûr, en France, on n'a rien fait, entretemps, on n'a rien testé, rien entrepris. Tout ce que tes amls te proposent, David, c'est de ne rien changer, au nom, sans doute, du principe qu'on ne change pas une équipe qui gagne.

Ben oui, on a perdu 25% des exploitants viticoles en 20 ans, dans ce système gagnant. Il est tellement gagnant que l'Europe, ou plus précisément, le contribuable (buveur ou pas) paie chaque année pour distiller les vins produits dans ce système censé contrer la standardisation des vins. Au moins, on distille des vins "non standardisés", c'est rassurant.

David, tu as l'air jeune sur la photo, mais peut-être que toi, tu as des vignes, alors tes droits de plantation, c'est humain que tu veuilles les garder, tu pourrais un jour avoir besoin de les valoriser.

Mais les jeunes candidats à la vigne ne sont pas tous dans ton cas. Pour accéder à une propriété viticole, aujourd'hui, ils galèrent. Ce n'est pas juste. Alors ne nous dis pas que tu veux protéger les vins de qualité quand tu veux d'abord protéger ton bas de laine, ta rente de situation.

C'est un peu comme les licences de taxi à Paris. A chaque fois qu'on veut ouvrir le système, soit en multipliant le nombre de licences, soit en les abolissant, afin de mieux servir le public, on se trouve face à une menace de paralysie de la ville.

C'est que ces licences ont été achetées très cher, elles constituent un capital pour les taxis aggréés.

Evidemment, comme il y a pénurie, comme l'offre ne correspond pas à la demande, le "marché" trouve des échappatoires, une soupape de sécurité: pour les taxis, ce sont les taxis clandestins. Et la grogne des clients non servis. A croire que les taxis ne roulent pas pour les clients, mais pour leurs licences.

Dans le cas du vin, la régulation se fait par d'autres moyens. Comme la France ne produit pas les vins qu'attendent les consommateurs, ni en termes de prix, ni en terme de contenu, les gros faiseurs du marché français achètent discrètement du vin en Espagne pour leurs marques bas de gamme. Et les marchés étrangers passent doucement au vin chilien, argentin, australien.

David, rhabille-toi et va dire à tes syndicats qu'ils ont tout faux. Ce qu'ils défendent, ce n'est pas toi, c'est leur pré carré, ce sont leurs cotisations, leurs subventions, leur organisation (sic) d'un marché bancal, totalement coupé de la consommation, où l'on fait comme on a toujours fait au nom de vieilles mauvaises habitudes. Au nom d'une fausse tradition qui n'est que sclérose, oligopoles et petits arrangements entre amis, entre coopératives, entre négociants, entre banques agricoles, entre saféristes et affairistes.

Tu le sais si tu parles de temps en temps avec tes collègues, si tu bois leur vins, tous ceux qui possèdent une vigne, un "droit", n'ont pas forcément la vraie vocation viticole; il n'y a qu'à voir ce qu'ils produisent. Si leurs vins sont mal foutus, au nom de quoi les protègerait-on? Au nom du droit à surproduire?  Au nom de la solidarité entre bons et mauvais producteurs? Il faudrait changer la devise au fronton des mairies. Passons sur la Liberté, puisque vous ne semblez pas y tenir. Qu'est-ce qu'il vous reste? L'Egalité et la Fraternité... dans la Médiocrité? 

Je suis effaré de voir que bon nombre de mes confrères, parmi les plus virulents à dénoncer les "vins de merde", comme ils disent, défendent en même temps les droits de plantations. Comme si cela allait de pair. Les mauvais vins d'aujourd'hui sont pourtant bien produits dans le système des droits de plantation.

A ce stade, sans doute faut-il préciser que la campagne des Jeunes Agriculteurs (le syndicat) est en trompe l'oeil: ils disent vouloir défendre les vins non standardisés contre la réforme bruxelloise, mais ils oublient de dire que les vins AOC sont très peu concernés: au sein des AOC, en effet, la délimitation des aires de production permettra de continuer à réguler les plantations et même, via les contrôles en amont, les volumes produits. Tes amis nous gavent avec leur qualité alors que la qualité n'est pas en jeu. On les entend moins sur la chaptalisation, la réacidification, la cryoextraction, l'osmose inverse, les rendements, les fraudes aux appellations, le faux pinot... Nous ne devons pas avoir la même définition de la qualité.

N'en déplaise à Terre de Vins, ceci n'est pas une bonne cause, c'est juste une questions d'intérêts plus ou moins cachés; derrière la petite feuille de vigne, il y a de gros menteurs.

Oui, David, on te ment.

Si on démantèle un jour les droits de plantation (je parle donc des vignes hors appellations), tu pourras te trouver un terrain pas trop cher, y planter ce que tu veux, produire un vin qui te plaît à un prix abordable (pas de cotisations volontaires obligatoires à payer, tu décideras du rendement, des cépages, de tout) et si tu travailles bien, il n'y a pas de raison qu'ils soient moins bons que ceux qu'exportent le Chili, l'Argentine, l'Afrique du Sud, ou l'Australie. Tu pourras donc les concurrencer sur les marchés tiers. J'ai évoqué un jour notre "système " devant des vignerons sud-africains. Il m'ont regardé, incrédules, et ils ont éclaté de rire: "Et pour faire l'amour, il vous faut un permis, aussi, en  France?", m'ont-ils répondu.

J'ai écris "si tu travailles bien". Oui, dans ce système-là, il faut travailler. Faire ses propres choix. Il n'y a plus de garde-fous, plus de coussin, plus de bonnes raisons de faire de mauvais vins avec les mauvais cépages, sur les mauvaises terres, avec les mauvaises techniques, juste parce qu'elles sont "autorisées". Plus de contribuables qui paient pour distiller. Mais tu sais quoi, David, nous sommes tous des contribuables. Quand tu paie tes impôts, tu paies un peu de ta distillation. Est-ce qu'on imaginerait ça chez Obama?

Bref, David, ta pétition, en ce qui me concerne, tu peux te la mettre en cache-sexe.

PS. Billet libre de... droits sous réserve de la mention de la source

00:45 Écrit par Hervé Lalau dans France, Pour rire | Tags : pour rire | Lien permanent | Commentaires (15) | | | |