15 décembre 2012

Jus vert ou verjus

Connaissez-vous le verjus?

La plupart des dictionnaires évoquent une sorte de vinaigre, utilisé pour les sauces, mais les amphélographes, eux, désignent sous ce nom un cépage.

Voila qu'il revient dans l'actualité avec la découverte des scientifiques chargés d'examiner les "plus vieilles vignes de France" (sauf erreur); à savoir, celles de l'ancien collège des Jésuites de Reims.

La tradition voulait que ces vignes, qui dateraient de 1610, aient été rapportées de Palestine par des Jésuites qui y possédaient une terre. On évoquait même un cépage oriental plus ou moins disparu.

Mais la science en a décidé autrement: ces vignes sont du cépage verjus. Tout rapport avec la Palestine semble écarté.

Information prise, cette variété, à gros grains, longs et à peau épaisse, et qui donne un jus vert et acide, n'est pas utilisée pour faire du vin, mais plutôt pour des assaisonnements. Par extension, on a donné ce nom à des préparations issues de toutes sortes de raisins récoltés en sous-maturité.

Quelques proverbes et expressions un peu vieillies évoquent cette spécificité: "Aigre comme verjus".

Ou encore:  "C'est jus vert ou verjus", qui se dit de deux choses très semblables (cf. bonnet blanc ou blanc bonnet).

00:14 Écrit par Hervé Lalau dans France, Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

14 décembre 2012

Un sale goût dans la bouche

J'ai extrait cette image d'un billet récent de Jacques Berthomeau - qui n'y est pour rien.

Je ne veux d'ailleurs même pas savoir d'où elle vient - je devine qu'il s'agit de prétendus défenseurs du vin français.

Quoi qu'il en soit, on est là au degré zéro de la communication, de l'ouverture, de l'humanité.

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On est même dans une sorte de xénophobie à l'eau tiède.

Oserai-je rappeler à ces chantres du "Consommer français" que la France n'a pas toujours craché sur les jolis rouges d'Algérie, du Maroc ou de Tunisie, quand ceux-ci venaient remonter le Beaujolais, le Bordeaux ou le Côtes du Rhône. Car les vins du Maghreb ne manquaient "ni de robe, ni de caractère", pour reprendre la formulation inepte de l'affiche...

Puis ce fut l'Italie - dans les années 70-80, les producteurs des Pouilles connaissaient très bien le port de Sète. Et puis, plus récemment, il y eut l'Espagne, qui fait toujours le bonheur de Vieux Papes ou du Jouvenceau.

Quant aux vins du Burkina Faso, il faudrait déjà qu'ils existent...

Par ailleurs, j'aimerais qu'on m'explique une fois pour toute ce qui fait la supériorité du cubi de gros rouge hexagonal sur ceux du reste du monde. Ma petite expérience en la matière m'a appris une chose: tout en bas de l'échelle des prix, la production française n'atteint généralement pas le niveau de qualité de ses concurrents espagnols, italiens ou chiliens, par exemple. Des concurrents qui bénéficient souvent de coûts de revient inférieurs et d'un marketing plus efficace. Et ne me parlez pas de terroir: je vous parle de vins de gros rendements.

Bref, cette affichette me laisse un sale goût dans la bouche: celui de la honte. Ce n'est pas digne de mon pays, ni de son patrimoine viticole.

Il serait temps que la France des vins accepte la concurrence, même celle des vins d'assemblages, et qu'elle apprenne à se battre avec d'autres arguments que la caricature, la mesquinerie, la haine. Il n'y a aucune honte à faire de bons vins bas de gamme; c'est tout l'enjeu du Vin de France, de la liberté de plantations...  A côté du vin d'artisan, il y a pour moi en France une place pour le vin industriel - du moment qu'on ne mélange pas les genres...

C'est même une obligation que de chercher à le développer: avec un marché national en baisse, la France viticole doit se tourner vers l'exportation, et ses seuls grands crus ne suffiront pas à payer tous ses vignerons. Il nous faut marcher sur nos deux pieds.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud, Chili, Espagne, Europe, France, Liban, Tunisie | Tags : vin, vignoble, france, reste du monde | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |