24 février 2013

Terre de vins... et de pesticides

Lu dans Terre de Vins, ce commentaire sur la nouvelle enquête "pesticides" réalisée par Générations futures : «On trouve onze fois plus de résidus de pesticides en moyenne chez les salariés viticoles que chez les riverains habitant loin des vignes. Et cinq fois plus de résidus chez les riverains de la vigne que chez ceux qui résident plus loin. L’ONG rappelle la dangerosité des pesticides, dont l’usage est néanmoins autorisé (perturbations du système endocrinien, présence de neurotoxiques ou de cancérigènes possibles). Enfin, un pesticide interdit, le diuron, a été retrouvé chez un viticulteur du Médoc».

Traitements

Un traitement dans les Costières de Nîmes (Photo H. Lalau)

Interrogée par Terre de Vins, qui souhaite donner la parole à tous, et c'est louable de sa part, L’Union des Industries de la Protection des Plantes  (joli nom) «reproche vivement à Générations futures de jouer avec la peur et de dire qu’il y a des pesticides dans les vignes, «ce qui n’est pas un scoop». Terre de Vins précise aussi que «le puissant Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) reste muet. Sollicité par nos soins, il ne veut pas répondre lui-même et se contente de renvoyer sur l’Institut français de la vigne et du vin (IFVV), une instance nationale qui n’est pas chargée de l’image du Bordeaux».

J'ai bien peur qu'on ne trouve jamais personne, parmi ceux qui ont assez d'argent pour communiquer, pour parler des choses qui fâchent. Les efforts en matière de bilan carbone, ça passe, parce que c'est valorisant. Mais des communiqués sur la protection des viticulteurs empoisonnés, c'est sans doute beaucoup demander... Ca n'est pas très vendeur.

En attendant, entre ceux qui, soi-disant, jouent avec la peur et ceux qui, manifestement, jouent avec la santé, j'ai choisi mon camp.


00:10 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France, Vins de tous pays | Tags : poison, pesticides, lobbys, vin, bordeaux | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

23 février 2013

Quand Carrefour enfourche le cheval de la préférence nationale

C'est officiel: Carrefour annonce de nouveaux engagements en matière de traçabilité de ses viandes.

Le groupe veut remplacer "d'ici à 6 mois" la viande bovine et porcine de ses plats cuisinés de marque Carrefour par de la viande exclusivement d'origine France, c'est à dire "de bétail élevé et abattu en France".

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La préférence nationale de Carrefour, c'est celle-ci?

Trois questions:

1° Pourquoi six mois de délai? Est-ce le temps qu'il faut pour vérifier la provenance réelle des viandes?

2° Est-ce valable aussi pour les autres pays où l'enseigne est présente?

Je veux dire, les produits de marque Carrefour vendus dans les Carrefour belges seront-ils issus de viande belge ou de viande française? La préférence nationale ne vaut-elle que pour la maison mère ou bien Carrefour est-il vraiment un groupe international?

3° En quoi cette déclaration d'intention est-elle de nature à rassurer le consommateur?

Après tout, la viande roumaine impliquée dans le scandale Findus-Spanghero était conforme à sa description jusqu'à ce que la firme française en change l'étiquettage. Les nouvelles règles d'approvisionnement de Carrefour n'apportent donc aucune garantie supplémentaire.

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Ou bien celle-là?

En résumé, il s'agit de marketing à connotation politique. Le relent de cette viande-là est bien pire, à mon sens, que celui de la viande de cheval roumaine. Faudra-t-il aussi interdire demain aux sales touristes étrangers de venir manger nos bonnes viandes françaises chez nous pendant leurs vacances?

Je suis favorable aux circuits courts, qui peuvent contribuer à une meilleure traçabilité, et qui peuvent également permettre à des opérateurs plus petits de survivre à la concurrence des grands groupes centralisés. Mais soulignons que le circuit est plus beaucoup court quand un éleveur de la région de Mons (Belgique) y fait abattre son boeuf, et livre un boucher de Beauvais (France), que quand le groupe Bigard/Charal (basé à Cholet, pour les viandes fraîches, mais les lots qu'il traite proviennent aussi bien du Charolais que du Limousin ou d'ailleurs) livre une plateforme logistique alsacienne ou savoyarde.

Les politiques qui viennent caresser le cul de nos vaches ont décidémment une géographie très personnelle, et pour tout dire, électorale à courte vue. Je pense qu'ils vivent dans le passé, les enjeux étant depuis longtemps à une autre échelle que celle de leur circonscription. Mais ce ne sont que des politiciens, des acteurs d'un théâtre d'ombres, de faux-semblants.

Quand un distributeur, un grand acteur économique, ancré dans le réel, adopte la même vision éculée, je trouve que c'est plus grave.

D'une part, c'est hypocrite, puisque cette enseigne a des magasins dans de nombreux pays - même en Roumanie.  Au fait, Carrefour va-t-il communiquer sa décision à ses fournisseurs et à ses clients roumains? Leur dire que leurs viandes sont juste bonnes à être consommée par des Roumains?

D'autre part, c'est prendre ses consommateurs pour plus bêtes qu'ils ne sont.

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Ou encore celle-là?

L'Europe, nous la vivons dans bien des domaines, achetant des voitures allemandes, des chocolats belges, du Porto portugais (à défaut d'autres vins pourtant superbes), des oranges de Sicile et des tulipes hollandaises; et en passant nos vacances sur la Costa Brava, en Grèce, en Algarve ou sur la Riviera ligure.

Grâce au programme Erasmus, nous envoyons nos enfants étudier à Heidelberg, à Rome ou à Dublin, et accueillons les leurs.

Et n'oublions pas qu'une bonne partie de nos impôts sert au financement de l'Europe (qui nous en reverse même un peu plus).

Bref, c'est elle, notre vraie maison, aujourd'hui. Alors la préférence française, ou belge, ou flamande, ou catalane, ou bretonne, ou monégasque... c'est aussi malin que le démarreur à manivelle.

Et je ne comprends toujours pas pourquoi l'Allemagne, producteur de vin, est le deuxième débouché des vins du Médoc derrière la Chine, tandis que les vins allemands sont quasi introuvables en France, même à Metz ou à Strasbourg. Nos cavistes, nos supermarchés, nos importateurs pensent-ils que nous ne sommes pas à même les apprécier?

Racontez ça à un cheval à bascule, même roumain, et il vous fait une ruade.

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Amis roumains, Carrefour vous aime quand même!

 

11:23 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Europe, France | Tags : viande, protectionnisme | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |