22 décembre 2012

Le Mas de la Chique, réserve d'indemnisations pour Réseau Ferré de France

"Mais que vient faire Réseau Ferré de France dans la viticulture roussillonnaise?", me suis-je demandé en lisant sur Vitisphère, toujours bien informé, que RFF rachetait le Mas de la Chique.

L'histoire vaut la peine d'être contée, ne serait-ce que pour comprendre quelles sont les préoccupations de l'acheteur et du vendeur, à savoir la Safer.

Ce chic domaine (27 ha de vignes sur 114 hectares au total) a été acquis en 2008 par la Safer. Nous, les Français, en quelque sorte.

Je ne sais plus trop pourquoi nous nous sommes intéressés à ce domaine en particulier, et ce que nous avons voulu en faire, mais je sais pourquoi nous le revendons aujourd'hui à une société responsable de lignes de chemins de fer.

Rassurez-vous, RFF n'entend pas y construire un immense aiguillage destiné à faire se croiser les TGV entre Amsterdam, Rome, Genève et Séville. Non, le but est de se constituer une réserve foncière pour "anticiper les compensations agricoles et environnementales" que ne manquera pas d'occasionner la nouvelle ligne à grande vitesse vers l'Espagne. En clair, quand on expropriera les vignerons roussillonnais, on aura une monnaie d'échange, quitte à lotir.

En 2008, la Safer, qui avait préempté cette vente, l'a mise en fermage - c'est Hervé Bizeul  (Le Clos des Fées) qui s'y est collé. Il a pu éviter l'arrachage, et des vignes, et des oliviers (la propriété fut à une époque la plus vaste oliveraie de France). Mais il n'a pas eu le capital (comprenez, le prêt de sa banque) pour aller plus loin et racheter le domaine. Alors La Chique est revenue sur le marché - si l'on peut appeler ça comme ça, vu l'encadrement des transactions.

Alors c'est au choix, ou vous trouvez que l'Etat a fait preuve, en l'occurrence, d'une clairvoyance admirable (le privé, lui, est bien incapable de raisonner à si long terme, il lui faut du rendement, car il ne pourra jamais s'endetter aussi loin que la République).

Ou bien vous considérez que le Public est à nouveau intervenu dans un domaine qui ne le regarde pas, que c'est une distorsion de concurrence.

Quoi qu'il en soit, vu le contexte actuel de montée des corporatismes dans la viticulture française (et même européenne, à ce qu'il semble), l'interventionnisme d'Etat ne devrait choquer que quelques hulurberlus limite néo-libéraux, comme moi.

Qaunt à la grande presse, elle a d'autres Depardieu à chasser. "Coco, n'oublie pas, tu écris pour le petit épargnant, le pékin de base".

00:25 Écrit par Hervé Lalau dans France, Midi, Roussillon | Tags : vin, chemin de fer, état, preemption, safer, roussillon | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

21 décembre 2012

Fontjoncouse by night

C'est pas pour me vanter, mais mercredi soir, j'ai dîné à l'Auberge du Vieux Puits, à Fontjoncouse, chez Gilles Goujon.

Mon premier 3 étoiles Michelin, je crois bien.

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Gilles Goujon

J'ai adoré. D'abord, Gilles est un homme charmant, affable; il a la créativité tranquille, pas exaltée. Et il a le sens du détail. Ensuite, sa cuisine m'a plu. Pas seulement ses "oeufs pourris" (à la truffe); pas seulement son gibier (un lièvre à la royale réinterprété de façon magistrale); non, le tout, des noix de Saint Jacques (parfaites) à la fausse poire à la pâte d'amandes du dessert.Ses plats sont un régal pour les yeux comme pour le palais.

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Mon "oeuf pourri"... à la truffe

C'est d'autant plus remarquable que nous lui avions laissé carte blanche, c'est donc lui qui avait tout choisi.

D'autres que moi, plus experts en haute gastronomie, diront mieux que moi si cette cuisine est révolutionnaire, inspirée, novatrice - toujours est-il qu'elle m'a séduit, de même que l'ambiance - petites attentions, mais pas  trop. Beaucoup de grands étoilés sont un peu guindés, à ce qu'on dit; mais là, est-ce le fait d'être au fin fond des Hautes Corbières? Ou cela tient-il simplement au "genre de la maison",  toujours est-il que je me suis senti chez moi, en confiance.

Et ce qui ne gâtait rien, les vins choisis à notre l'attention étaient plus qu'intéressants. Compétent, disert, mais pas envahissant, juste ce qui faut, le sommelier (un défricheur doublé d'un passionné) a su nous titiller sans nous choquer.

Sans doute parce qu'il avait reconnu en nous des gens curieux, il a osé nous servir des vins nature mais pas déviants. Des vins de la région, en plus. Bien lui en a pris, et c'est à saluer, je pense. A tort ou à raison, les tables de prestige ne brillent généralement pas par leur prise de risque. A ce niveau de réputation, c'est le plus souvent "A cuisine d'exception, vins classiques", ou quelque chose du genre. Mais pas chez Gilles Goujon.

De cette soirée, je retiens notamment "Le Désordre 2010", d'Antony Tortul (Domaine La Sorga), un assemblage inhabituel de Mourvèdre et de cabernet franc, qui ne vient ni de Bandol, ni de Bourgueil, mais de Vias, entre Agde et Béziers.

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Le contenu est beaucoup plus avenant

L'étiquette est affreuse et illisible, mais on s'en tape, car le vin, lui, est d'une rare pureté; les épices (poivre noir, réglisse) du mourvèdre ouvrent le feu, bientôt suivis d'une bordée de fruit noir et d'un joli petit acidulé. Une  sorte fluidité qu'on dirait ligérienne pour avoir l'air un minimum initié. Ce qui n'est pas le propos: le propos, c'est que ce vin était parfait et mettait admirablement en valeur la texture du lièvre.

Merci à Sarah Hargreaves de m'avoir offert ce beau moment. Merci à Gilles Goujon de faire de son métier un art sans jamais prendre la grosse tête. Et bravo de garder l'addition à un niveau raisonnable malgré les étoiles.

Auberge du Vieux Puits, +33 4 68 44 07 37

Domaine de la Sorga, +33 6 77 79 38 45

00:09 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |