15 janvier 2013

Le vin et la justice

Aujourd'hui, j'aimerai aborder devant vous une tendance qui ne laisse pas de m'effrayer: la judiciarisation de la société. Ou pour parler plus simplement; le fait qu'on a de plus en plus recours aux juges pour trancher toutes sortes de différents, même les plus improbables.

 

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Je vous ai parlé hier de l'affaire Esterlin. Quand je vois la faiblesse des condamnations, quand je les mets en balance avec le temps d'instruction (7 ans) et avec le préjudice subi, je me dis qu'on devrait certainement trouver une autre solution pour régler ce genre de problèmes.

Toujours dans le vin, les exemples récents de la contestation devant les tribunaux du classement des crus de Saint Emilion, ou des Crus Bourgeois, sont édifiants. D'une part, les juges n'y conniassaient pas grand chose, ils ont dû s'en remettre à des experts; de l'autre, les instructions ont été l'occasion de mettre sur la place publique des querelles assez mesquines, un linge sale quon aurait mieux fait de laver en famille - il eut été sans doute plus avisé, de la part des producteurs, de se mettre d'accord entre eux.

Enfin, les procès n'ont pas réglé grand chose: le nouveau classement de Saint Emilion, qui était censé éviter toute contestation, en suivant de nouvelles règles... est pourtant contesté. Une action en justice n'est pas à exclure.

Surtout, une nouvelle tendance se superpose à la tendance de fond, qui me fait craindre le pire. On voit aujourd'hui fleurir dans les tribunaux des actions que je qualifierai d'historiques, voire de mémorielles.

On se rappelle peut-être que des Congolais ont tenté, devant plusieurs juridictions belges ou françaises, de faire interdire la publication de Tintin au Congo, pour faits de colonialisme (ou au moins, de paternalisme). Sans juger du fond, constatons toute de même que le livre est sorti dans les années 30, et que toute famille française ou belge à peu près normalement constituée en possède déjà un exemplaire...

Plus récemment, une descendante d'esclaves vient de réclamer une indemnisation au titre d'une loi qui considère l'esclavage comme un crime contre l'humanité - et ne prévoit donc plus de prescription pour ce crime. L'esclavage a beau avoir été aboli en France depuis 1848, on peut donc toujours en théorie réclamer réparation.

Quid des descendants de Spartacus ou de ceux des constructeurs des pyramides (auquel il faudrait appliquer le code du travail, je suppose)?

Et imaginez un peu qu'on puisse poursuivre aujourd'hui les fabricants de vin frelatés de 1905, ou Noé pour ivresse sur la voie publique. Heureusement qu'il ne s'agit pas encore de crimes contre l'humanité!

Déjà que la justice est bien engorgée...

00:51 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Tags : justice, judiciarisation, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

14 janvier 2013

De l'affaire Esterlin et du discount en général

Qu'est-ce j'apprends encore? Que trois malheureux responsables de la Coop de Mancy, alias Esterlin, ont écopé d'amendes (légères) et de prison avec sursis pour avoir vendu de faux millésimés à ED!

L'affaire date de 2005 - ce qui prouve au passage qu'en France, la justice se hâte lentement. En Norvège, Hans Breivik a été jugé en moins d'un an. Esterlin a dû en attendre 7. L'affaire semblait pourtant moins compliquée, a priori. D'autant que comme souvent en France, les faits avaient été portés à la connaissance des enquêteurs par d'anciens salariés.

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Et puis, il n'y avait pas mort d'homme, comme on dit parfois dans les prétoires pour demander la clémence du juge.

Non, il n'y a pas mort d'homme. Et puis, est-ce que les clients d'ED s'intéressent au millésime sur le Champagne? Est-ce une Unique Selling Proposition? Un référent? Est-ce que ça impacte la purchase decision autant que le merchandising (pour parler distributeur)?

Je propose une solution radicale à toutes ces mesquineries. Que le hard discount soit exclu une bonne fois pour toutes du champ d'action de la répression des fraudes. Voire du code du travail.

On ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre, le prix le plus bas et la protection la plus haute. Vouloir dépenser le moins possible et avoir des caissières heureuses, des fournisseurs prospères, une France qui marche.

Avec leur mentalité de destockeurs, leur moins-disant commercial, ED et ses concurrents Lidl, Aldi, Norma, Leader Price et consorts sont pour moi les fossoyeurs, non seulement du Champagne, mais bien au-delà.

Ami consommateur, quand tu visites ces enseignes, sache que l'argent que tu y dépenses contribue à pressurer les producteurs, que tes prétendues économies se répercutent sur toutes la chaîne, que tu incites les patrons des PME ou des groupes qui les approvisionnent à moins payer leurs employés - toi, peut-être. Ou à baisser les normes de qualité. Comment peux-tu croire que tu fais une affaire? Même quand tu achètes une voiture d'occasion, tu n'es pas aussi naïf...

Alors, qu'Esterlin ait grugé ED, je ne dis pas que c'est bien, non. Mais ce n'est pas le pire.

Au fait, ED, c'est Carrefour. Vous savez, la chaîne qui positive... "Les prix bas, la confiance en plus"... Le beurre et la crème.

Au fait, la maison Lallement-Dubois-Jeeper, alias LDJ, qui alimentait en champagne à marques de distributeurs ce même Carrefour, et puis Leclerc (Marquis de Coulmeaux), et puis bien d'autres, vient de déposer son bilan avec 40 millions de dettes. Même des ventes de champagne à 5,45 euros (un coup très Hard Discount pourtant signé Leclerc) ne lui ont pas permis de générer assez de trésorerie pour éviter cette issue.

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Signé LDJ

Dommage que le CIVC, si prompt à dénoncer les faux champagnes en dehors de la région, ne se soit pas inquiété publiquement de ce ce qui s'apparente à de la vente à perte. Compte tenu du prix de revient d'une bouteille de BSA, raisin, matières sèches, bouteille, stockage, manutention, dégorgement, transport, tout compris, il y a forcément un truc qui ne colle pas... Ou bien alors, on nous gruge depuis des années avec des Champagnes beaucoup trop chers...

Pensez-y, ami consommateur, quand vous faites ce genre d'"affaire". Pensez aussi aux 10 salariés de LDJ qui risquent de se retrouver sur le carreau. Les distributeurs, eux, n'y pensent pas. Ils profitent de '"l'avantage compétitif"...

Vade retro, distributor!

00:35 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne, France | Tags : champagne discount, leclerc, aldi, lidl, carrefour, ed | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |