03 février 2013

Luxembourgeois, Bernard Massard, vraiment?

Bernard Massard est une marque de mousseux luxembourgeois.

Euh, non, en fait, Bernard Massard est une marque luxembourgeoise de mousseux.

Non, je ne me fiche pas de vous, il y a bel et bien une différence.

Seule une partie des (bonnes) bulles qui sortent des chais de Grevenmacher sont issues exclusivement de la production locale (à savoir, la Cuvée de l'Ecusson Millésimée). Le reste assemble (souvent joliment, là n'est pas le problème) des jus du pays et des jus importés.

Mais prenons le cas du "BSA" d'entrée de gamme, la cuvée "Sélection" (la plus vendue). Vous conviendrez avec moi que des trois cépages qui figurent sur la contre-étiquette (chardonnay, chenin et pinot blanc), seul le dernier a vraiment l'accent luxembourgeois. En ce qui concerne le chenin, je serai même plus formel: il ne fait pas partie du tout de l'encépagement de l'AOC Crémant de Luxembourg (qu'il ne revendique d'ailleurs pas, soyons clairs).

Mais sur la même contre-étiquette, on trouve pourtant: "Produced in Luxembourg".

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Bernard Massard est donc tout à fait dans la légalité - c'est juste que la loi, en l'espèce, me semble un peu laxiste.

Ne vous y trompez pas, je suis tout à fait favorable à la libre-circulation des marchandises, des vins, des moûts et même des bonnes idées en Europe. Mais je trouve que les normes d'étiquettage laissent à désirer.

Le consommateur a le droit d'être mieux informé. La plupart de mes amis belges, friands de la marque, mettraient leur main au feu que le Bernard Massard est issu de raisins de la jolie Moselle luxembourgeoise...

Et Bernard Massard n'est qu'un exemple parmi d'autres, pas mal de marques, en Loire, notamment, pratiquent le même genre d'assemblages - la différence étant seulement que dans leur cas, le nom de leur pays n'est pas un nom d'AOC.

Alors, ne faut-il pas changer les règles du "produit au", "produced in", "product van"...?

00:34 Écrit par Hervé Lalau dans France, Luxembourg | Tags : produced in, crémant de luxembourg, aop, aoc | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

02 février 2013

Connaissez-vous Chrétien Oberlin?

Connaissez-vous Chrétien (ou Christian) Oberlin? Laissez-moi vous compter un peu de son histoire...

Enfant de Beblenheim, fils de viticulteur, Chrétien nait français, en 1831. Il devient d'abord ingénieur et participe à la construction de la ligne de chemin de fer Sélestat-Sainte Marie aux Mines.

Mais c'est à l’agriculture qu'il consacre l'essentiel de sa vie, et notamment à la vigne.

Chrétien_Oberlin_(1831-1916).jpg

Chrétien/Christian Oberlin (Image: Oenophil)

1875. L'Alsace-Lorraine est allemande. Mais quelque soit la nationalité de l'occupant, comme toute l’Europe viticole, la région est atteinte par le phylloxéra. Oberlin est un des premiers à s’intéresser scientifiquement au phénomène.

En 1881, il édite un mémoire à Colmar, présentant des solutions à la question phylloxérique.

Ayant remarqué que les vignes sauvages ne sont pas affectées, il sélectionne des plants résistants par hybridation. Il contribue grandement à sauver le vignoble alsacien en généralisant la greffe sur plants américains. On lui doit aussi l’Oberlin, un croisement entre riparia et gamay, toujours autorisé aujourd'hui dans l’Est de la France… et qu’on retrouve jusqu’au Paraguay!

Puis, en 1897, il fonde l’Institut du Vin d’Alsace, à Colmar. Infatigable chercheur, il sélectionne les plants utilisés aujourd’hui en Alsace, à partir d’un nombre beaucoup plus grand. C'est à lui qu'on doit notamment le pinot blanc d'Alsace, tel qu'on le connaît aujourd'hui.

Par ailleurs, il généralise les vignes palissées.

Le tout, sous administration allemande. Oberlin meurt en 1916 et ne verra donc jamais le retour de l'Alsace à la France.

Ne jetons donc pas le bébé alsacien avec l'eau du bain allemand: c'est à l'ombre des casques à pointes, en effet,  que renaît le vignoble alsacien. Que l'ampélographie connaît une des ses plus fastes périodes. Et qu'est fondée (en 1895) la première coopérative viticole de France, la “Rappoltsweiler Winzerverein" (Union des Vignerons de Ribeauvillé)...

Bilingue, Oberlin a servi les deux pays, mais il a surtout bien mérité de la viticulture.

A l'heure européenne, voila un bel exemple!

PS. Les vignes de l'Institut du Vin de Colmar ont été repris pas la ville, qui a fondé une société d'économie mixte.

Le plus gros des parts de cette société a été racheté en 2011 par Arthur Metz, qui vient de donner une solide coup de jeune a la gamme - qui reste indépendante au plan de la vinification comme des apports.

Je vous parlerai bientôt des vins de cette gamme, que j'ai pu déguster sur place, l'an dernier, et plus récemment, chez moi.

00:47 Écrit par Hervé Lalau dans Allemagne, Alsace, France | Tags : ampélographe | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |