08 février 2013

La Liberté guidant le peuple, Delacroix, AE911, le buzz, la gloire, les blogs, tout ça...

Vous prenez une vieille croûte de la peinture romantique, vaguement allégorique (La Liberté Guidant le Peuple), de Delacroix. Vous y écrivez un commentaire au marqueur, un peu abscons (AE911) et vous obtenez un buzz du tonnerre.

On se perd en conjectures: s'agit-il d'une référence aux attentats du 11 septembre? Au numéro de sécu de la dame? Les as de la cryptographie sont sur l'affaire.

Moi, je soupçonne Porsche d'être dans le coup...

Quoi qu'il en soit, voila Delacroix sauvé de l'oubli. Marianne dépoitraillée (bonne fille) réapparaît sur nos écrans. On reparle même des valeurs de la République. Lens devient pour un jour la capitale du monde de l'art.

Il paraît que la "tagueuse" est en garde à vue (j'espère qu'elle ne va pas taguer le commissariat).

Et j'espère surtout que Stabilo, Bic et Villéda se cotiseront pour payer ses frais d'avocat.

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Moi, en tout cas, ça me donne des idées. En voici trois.

A) Tagger les étiquettes de mes magnums de Mouton-Rothschild d'un grand "Zob".

B) Transvaser toutes mes bouteilles de DRC dans des BIB et les vendre sur le net (au degré).

C) Chauffer du Rayas et y mettre de la canelle et des clous de girofle pour en faire du Glühwein et le proposer sur le marché de Noël de Strasbourg.

D) Ecrire un blog de vin.

Quelle idée vous paraît la plus susceptible d'attirer l'attention sur moi; de faire en sorte que ma petite notoriété se rapproche enfin de celle des candidats de Coal en Tas ou de Secrète Scorie (déclinaison lensoise d'émissions à succès, à connotation houillère).

12:39 Écrit par Hervé Lalau dans France, Pour rire | Tags : buzz, ae911, delacroix | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

07 février 2013

Hutin dans le texte

Dominique Hutin, de France Inter, est un copain. Mais surtout, c'est un bon journaliste, qui n'a pas son pareil pour vous ciseler les mots qui font mouche.

Il vient de se faire remonter les bretelles par Pierre Guigui sur le blog de Jacques Berthomeau ICI, à propos d'une de ses chroniques dans l'émission "On va Déguster".

Il faut dire qu'elle traitait des vins bio. Dans le contexte actuel, quiconque aborde le sujet s'expose à des réactions, d'où qu'elles viennent. De la chèvre et du chou bio.

J'ai donc flairé l'embrouille. Mais qu'avait-il donc dit? Aurait-on mal entendu? N'aurait-on pas tout entendu?

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Dominique Hutin

Pour se faire une idée, rien de mieux que de publier in extenso le texte de Dominique.

Voila, c'est fait... (c'est François-Régis Gaudry qui tient le micro):

François-Régis Gaudry : Vous conseillez à nos auditeurs d’éviter de parler de vins bios pendant quelques semaines...

Oui, car à l’heure où je vous parle il n’est plus possible de risquer un clic sur la toile sans devoir redouter l’invective et l’uppercut dès lors qu’il est question de vin bio.
C’est d’abord Michel Bettane, du guide des vins «Bettane et Desseauve», et chenu totem de la critique viticole française, qui met le feu aux vignes via une diatribe dans laquelle ce fin lettré dézingue le bio à grands renforts d’alexandrins qui font rimer «vin bio» avec «vin taré» et «vignerons bio» avec «bio cons».

Le plus dur à encaisser pour ceux qui, comme moi, vénéraient le poster de Michel Bettane dans la chambre de leurs 20 ans, n’est pas de regretter le calibre du bazooka utilisé, Bien trop gros pour lui éviter les amalgames et les approximations, mais de relever que nombre des fantastiques vignerons appréciés de Bettane présentent la double coquetterie d’être présents dans son guide ET d’être engagés en viticulture bio.

Aussi s’il devait mettre ses actes en conformité avec son discours, et donc épurer son guide de tous ces bios cons, le guide Bettane Dessauve subirait une cure d’amaigrissement telle qu’il deviendrait à coup sûr aussi épais que les pages philosophie de Télé7Jours.
A moins, à moins, évidemment, qu’à force de vouloir être omniprésent, le Monsieur ne travaille trop et que ce qui s’écrit dans le guide qui porte son nom ne le soit à l’insu de son plein gré.

François-Régis Gaudry: Et il ne se trouve personne pour allumer le contrefeu ?

Oui, un convaincu de longue date des vertus des vins bio, Pierre Guigui qui, avec sa jolie casaque du guide Gault et Millau, entre dans la danse et s’insurge qu’il est un peu fort d’entarter une poignée de vignerons bio alors que dans le même temps, 60 % des vins français, parmi ceux qui ne sont pas en bio, sont, je cite : «la honte» du vignoble.
60% ! D’où sort ce chiffre? Pierre Guigui semble bien être le seul au monde à posséder la méthode pour vérifier l’invérifiable.

Devant l’énormité du truc, le garçon s’excuse, retire le mot honteux mais remet le couvert en estimant cette fois les vins indigents à 20 %, soit 3 fois moins que précédemment. Là encore, pourquoi, comment, selon quelle méthode?
Devant une telle minutie clinique, on ne saurait qu’engager Pierre Guigui à avancer ses prochains chiffres avec une précision de 2 chiffres derrière la virgule.

Enfin, c’est Perico Légasse, attiré par l’odeur du sang, et profitant de ce que Jean-Pierre Coffe est parti sucrer les fraises chez Drucker et Leader Price, se lèche les babines en se disant qu’il y a une place à prendre dans le registre de l’aboyeur populiste.

François-Régis Gaudry: Il est venu récemment nous présenter son dictionnaire impertinent de la gastronomie...

Voici sa position sur la question. Je cite: "La destinée naturelle d’une grappe de raisin étant de donner du vinaigre, considérons que le vin est l’interruption volontaire de ce processus. Il est vrai que certains producteurs acquis à la viticulture biologique et soucieux de ne pas contrarier les lois de la nature n’interrompent pas ce processus".

Et voilà, la démonstration est faite: Vin bio = vinaigre. Cette assertion gratuite de Périco Légasse n’est pas qu’une provocation dénuée de sens, c’est surtout pour quelqu’un qui se pose en impertinent, s’exposer bêtement à une rime avec incompétent.

François-Régis Gaudry: Alors, sont-ils devenus fous ?

On pourrait effectivement se poser des questions à propos de la fièvre, qui pousse ces gens à se rouler dans la boue, fut-elle bio, mais on économisera quelques pistes fumeuses en se rappelant que, d’une part, tous trois ont des positions médiatiques à cultiver, mais surtout des guides du vin à vendre.

Bref, tout laisse à penser de cette débauche d’énergie pourrait être mieux utilisée; car opposer la viticulture conventionnelle à la viticulture bio, c’est s’interroger sur des modèles de société, de santé publique.
On pourra aussi se rappeler que parmi certains des conventionnels d’aujourd’hui 
se nichent les bios de demain et qu’en la matière, il n’y a pas de révolution, mais des évolutions.
Des évolutions calquées sur le temps agricole, forcément lent et prudent, puisqu’on ne peut faire plus d’une récolte par an. Bref, n’insultons donc pas l’avenir et encore moins ceux du camp d’en face.

Dominique Hutin

13:07 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : france, bio, vin, dominique hutin | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |