02 mars 2013

Les Vinalies et moi

Hier midi, une consœur de Radio France International, Agnieszka Kumor, est venue prendre la "température" des Vinalies. Elle m'a posé quelques questions sur les raisons de ma participation à ce concours - pourquoi celui-là, quel intérêt pour les journalistes et pour les producteurs...

J'ai répondu du mieux que j'ai pu. Et puis ça m'a ait réléchir. Je me suis dis que vous aussi, vous voudriez bien savoir ce qui me pousse à participer à ce genre d'événements

Mon expérience 

C'est ma 4ème participation aux Vinalies. J'ai aussi été juré dans d'autre concours.
Mais les Vinalies, c'est autre chose. D'abord, c'est certainement l'un des plus professionnels; il est organisé par l'Union des œnologues de France, hors d'une région de production, les échantillons sont issus de 44 pays, plus de la moitié provenant d'autres pays que la France.

On y découvre parfois des choses étonnantes: hier, par exemple, une série de cidres de glace du Québec. L'an dernier, des Piscos du Pérou et des vins de fraise de Taiwan. Même si tout est loin de nous séduire, on apprend...

Surtout, le nombre de jurés et donc de tables de jury est assez élevé pour ne pas surcharger les sessions de dégustation. On ne on ne fait pas de l'abattage, on a le temps de donner sa chance à chaque vin.
Et puis, en 4 ans, j'ai fini par connaître pas mal de monde, c'est un peu une grande famille, on se connait, on fait des amis, on s'apprécie. On partage. 

Dans mon jury l'année dernière  par exemple, il y avait un œnologue du Roussillon, un autre du Liban, un autre de Tunisie. Cette année, il y a un Sud Africain et un Canadien. Je suis le seul journaliste. Chacun apporte son expérience, son ressenti. L'unité de compte, ici, ce n'est pas chaque juré, mais le jury dans son ensemble.

L'idée, c'est d'avoir au moins aussi ouvert que les narines et les papilles. Nous ne savons rien des vins, ni leur provenance, ni leur niveau de prix. Nous devons leur donner à tous une opportunité. 
Nous sommes l'interface entre le producteur et le consommateur, notre mission, c'est de reconnaître le travail du vigneron pour le mettre en valeur auprès du buveur final.

Il y a bien sûr d'autres concours en France - notamment le Concours général agricole, ou le Concours de Mâcon mais c'est assez franco-français. Et puis Colmar, les Ligers d'Angers, mais là, c'est régional.

Il y a aussi les concours par cépage. Le mondial du sauvignon, du gamay, du chasselas, du chardonnay, mais je ne suis pas très favorable à cette segmentation. Le cépage, c'est tellement réducteur, c'est une façon tellement premier degré d'aborder le vin...

Comme journaliste, je ne peux pas passer ma vie dans les concours, cela prend du temps et on ne peut pas écrire beaucoup sur ce sur l'on déguste puisque on ne sait jamais ce qu'on boit. Je dirai même qu'il y a trop de concours.
Alors il faut faire des choix et moi, j'ai choisi les Vinalies.

Et je ne suis pas payé pour le dire.

00:29 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vinalies, critique vineuse | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

01 mars 2013

En prélude aux Vinalies 2013 - à propos de la critique

Me voici en piste pour ma semaine parisienne annuelle, aux Vinalies.

Avant d'entamer les débats, j'aimerais revenir sur ma conception de la critique vineuse. Ou plutôt, sur ce ce qu'elle ne doit pas être, à mon humble avis.

Mercredi, sur le blog des 5 du Vin, je me suis aventuré à critiquer un critique. Non, LE critique de vin. J'ai nommé Robert Parker.

Ai-je eu raison ou tort? A vous de voir, à vous de jauger les arguments. Mais au delà du cas précis de l'oracle de Monkton, je pose la question: quelles sont les bornes de notre métier?

Peut-on tout dire sur les vins et sur les producteurs? Et sur les critiques eux-mêmes?

D'abord, c'est quoi, une "bonne critique"?

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Möbius

Mardi, j'entendais à la télévision belge le critique cinéma Hugues Dayez "allumer" le film Möbius. Je n'ai malheureusement pas noté ses paroles exactes, mais c'était du genre, "Pas indispensable, Dujardin pas crédible pour deux sous dans son rôle d'espion...".

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Hugues Dayez

Le même jour, sur Europe 1, le critique de service (je n'ai pas retenu son nom) disait texto "Möbius est certainement le meilleur film français actuellement sur les écrans, et au moins pour les deux mois à venir".

Alors, qui faut-il croire?

Comment deux personnes, qui sont censées éclairer le public, et non faire passer leur goût pour des généralités, peuvent-elles diverger à ce point?

Et surtout, avec si peu d'arguments (car chaque chronique ne durait pas plus de 15 secondes)...

Pour élargir le panel, je constate que pour ce même film, Télérama donne 2 étoiles sur 4, Le Monde 3 sur 4, Libération 1 sur 4, Le Parisien 4 sur 4, les Cahiers du Cinéma 1 sur 4, Première 3 sur 4, Ecran Large 4 sur 4...

Difficile après ça de se faire une idée... sans aller voir le film.

Quand même, vu que la plupart du temps, les films qui plaisent à Dayez m'emmerdent copieusement, et qu'à l'inverse, j'ai bien rigolé en voyant Rien à Déclarer, qu'il avait vivement déconseillé, je serais bien tenté d'en faire une sorte de baromètre inversé de mes envies.

Mais il est vrai que je suis assez bon public, et surtout, que qaund je vais au cinéma (assez rarement, car je n'aime pas le bruit du pop corn ni les gens qui parlent pendant le film), j'y vais d'abord pour m'amuser, me distraire, passer un bon moment.

Or Dayez semble attendre autre chose du cinéma, un forme d'art, que, certes, je ne rejette pas en bloc, mais dont je rejette par contre l'hermétisme, les côté "réservé aux initiés".

Dans le vin, c'est la même chose. Les vignerons sont parfois des arstistes, dans le genre, ou au moins de bons artisans. Leurs vins sont parfois de véritables oeuvres d'art. Mais j'aime comprendre, et j'aime me faire plaisir. L'art pour l'art, la provoc, la démarche qui prend le pas sur le goût du vin, très peu pour moi.

Il est rare que je "descende" un vin. Pas le temps, pas l'envie, pas dans mon caractère. Mais quand je le fais, j'essaie d'argumenter, d'étayer, de dire le pourquoi et le comment. D'informer.

Il ne suffit pas de dire "j'aime pas". Ça, ce n'est pas du journalisme, c'est du parti pris.

Et vous, qu'en pensez-vous? Faut-il prendre une critique au pied de la lettre? Ou plutôt y voir une source d'inspiration.

Quant à moi, j'aimerais que mes critiques vous donnent d'abord l'envie de mettre votre nez dans le verre, d'aller plus loin, par vous-mêmes, et de mettre vos propres mots sur le vin.

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France | Tags : belgique, dayez, critique, vin, cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |