19 mars 2013

La petite musique du terroir

Sur le site de Jamie Goode, (vous savez, Mr "90% des vins sont de la M..."), voici quelques jours, j'ai lu quelques belles lignes sur la notion de terroir - comme quoi on ne doit jamais réduire un homme à une seule citation.

Jamie  était alors en visite en Nouvelle-Zélande, mais je crois que sa formule s'applique à la plupart des vins.

Le critique anglais utilise une allégorie que je qualifierai de "musicale". Voici ce qu'il écrit: "I see the terroir as being the interpretation of a vineyard site by the winegrower, evident in the wine. It involves decisions about what to plant, how to plant it, and then how to make the resulting wine. Skill is needed if the terroir is to be captured well. Terroir, which can only be manifest in the glass, is the result of a partnership between winegrower and site. It is up to the winegrower to make a skilful and authentic interpretation of the patch of land."

Cette fois, je suis assez d'accord avec lui. Rien ne sort jamais tout seul du sol.

vin, musique

Archangelo Corelli (écoutez ICI)

L'"interprétation", c'est aussi la personnalité du vigneron, sa façon de se présenter au travers du vin, ses attentes, ses espoirs. Il s'efforce de traduire un potentiel, et il tente de faire passer son message sans trop connaître ceux qui vont le recevoir, il y a donc énormément d'aléatoire dans tout ça. Pourquoi certains concerts donnent lieu à des ovations, et d'autres sont des bides complets?

Pourquoi est-ce que je saisis mieux d'emblée Corelli que Boulez? Pourquoi est-ce que je vais plus facilement vers les vins de Franken plutôt que vers ceux de Rheinhessen, vers ceux de Cornas plutôt que vers ceux de Bolgheri? Quelle est la petite musique du terroir qui m'attire ou me repousse tour à tour...

Il y a du mystère dans tout ça, et moi, mélomane et indécrottable romantique que je suis, j'adore...

08:39 Écrit par Hervé Lalau dans France, Nouvelle-Zélande, Vins de tous pays | Tags : vi, musique | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

18 mars 2013

Quand Nicolas "explique" le bouchage à ses clients

Un lecteur, Denis Boireau, m'a fait parvenir le dernier prospectus en date de la chaîne Nicolas. On y trouve, en bas de la page 6, un encadré, L'astuce du Caviste.

Cette fois-ci, il s'agit d'un explicatif sur les différents types de bouchage, liège, synthétique et capsule à vis. "Explicatif" est un bien grand mot tant les explications sont simplistes, voire ridicules... Jugez en par vous-mêmes - il suffit de cliquer sur l'image pour l'agrandir.

bouchage,capsule à vis,nicolas

Le bouchage selon Nicolas... (et Pimprenelle?)

Faire croire à ses clients que le principal avantage de la capsule est de pouvoir déboucher facilement la bouteille quand on part en pique-nique, c'est un peu comme si votre opticien vous disait que Dieu a créé l'homme avec un nez pour soutenir des lunettes (l'analogie n'est pas de moi, mais de Voltaire, dans Candide).

Je me demande aussi pourquoi diable Paul Pontallier, au Château Margaux, fait des tests de bouchage capsule sur son Grand Vin depuis bientôt 10 millésimes; à quoi bon en effet, si le procédé est à réserver aux rosés de soif et aux déjeuners sur l'herbe...

Tout au contraire de l'"Astucieux Caviste" (qui vante ce qu'il a en stock), je pense que c'est pour les grands vins de garde que la capsule présente le plus d'intérêt; ne serait-ce que parce que lorsqu'on dépense beaucoup pour une bouteille, la déception d'un vin bouchonné est encore plus grande. Mais aussi, parce que de nombreux exemples montrent que la capsule garde ses atouts sur la durée. En Suisse, en Australie, en Nouvelle-Zélande... Ou pour rester en France, dans les VDN et les Pineau des Charentes...

Mais mon ami Luc Charlier, qui milite par l'exemple (il embouteille tous ses vins sous capsule sauf une cuvée sous bouchon de verre), vous en parlera mieux que moi:

http://coumemajou.jimdo.com/2013/03/18/l-astuce-du-cavist...

Quant à moi, je trouve dommage que Nicolas - sans doute l'opérateur français le mieux placé pour faire de la vulgarisation intelligente, en matière de vins, ne s'engage pas plus franchement dans la direction d'un bouchage moderne, même pour les grands vins. Il lui suffirait de le demander à ses fournisseurs. Cela fait des années qu'il vend ses Petites Réserves à la fois sous capsule et sous bouchon, et je serais curieux de connaître le taux de retour pour vin bouchonné des deux types de bouchage...

PS. J'ai ouvert avant-hier une bouteille de vin argentin bouchée synthétique: bouchonnée, et pas qu'un peu! Et qu'on ne me dise pas que ce n'est pas possible...

19:13 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : bouchage, capsule à vis, nicolas | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |