10 mai 2013

Up The Hill Backwards

C'est le titre d'une vieille chanson de David Bowie, et le mot vieux convient très bien au sujet, puisqu'il s'agit des sources de la dernière communication en date de Mrs Hill (Institut Roussy), publiée dans le Journal of Public Health.

Cette étude, rappellons-le, traite des méfaits de l'alcool. Elle a été abondamment relayée dans la presse, qui, pour la plupart des titres, ne s'est pas donnée la peine d'aller chercher plus loin.

Pourtant, grâce à Honneur du Vin, on en sait un peu plus sur la genèse et les principales références de cette "nouvelle" publication.

Il s'agit pour l'essentiel de la reprise d'une enquête réalisée en 1991 (22 ans déjà!), à partir de données récoltées en... 1985, et d'un article de la même infatigable Mme Hill, publiée en 2000, mais portant sur une étude achevée en 1995.

Ah, 1985! La machine à écrire avec ruban effaceur est alors ce qui se rapproche le plus de l'informatique moderne.  Pas d'emails. Pas de textos non plus: on n'a pas encore inventé le téléphone portable; mais il y a encore plein de cabines à pièces. J'ai une pensée émue pour Mme Hill, qui a dû taper son étude sur une IBM à boule, ou quelque chose du genre. Sans compter les talons qu'elle a dû user pour aller interviewer les patients.

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Retour vers le Futur, 2, Le Retour.

"Et alors?", me direz-vous.

Je vous rappelle que de ces études sont tirés des enseignements, des politiques publiques, des incitations, des mesures de taxtaion.

Or, il me revient que ces 20 dernières années, la consommation de vin n'a pas cessé de baisser (de 67 litres per capita en 1990, à 45 litres en 2008, selon l'Insee). Se baser aujourd'hui sur la photo d'un temps révolu, et jeter l'opprobre sur un produit à la consommation de plus en plus modérée, au milieu de tous les produits alcoolisés, sans distinction, je trouve ça détestable.

Et j'aimerais bien que mes éminents confrères de la grande presse le fassent savoir, plutôt que de copier-coller des communications surannées. Le hors d'âge, c'est bien pour le Cognac ou l'Armagnac, voire le Banyuls. Mais pour la statistique, j'ai comme un doute.

 

00:06 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : hill, honneur au vin, statistique, vin, alcool | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

09 mai 2013

Georges Truc parle de l'INAO

J'ai souvent médit de l'INAO.
L'équité exige que je laisse s'exprimer l'avocat de la défense - surtout que c'est quelqu'un que j'estime. A savoir, mon géologue préféré, Georges Truc.

"Tout d’abord, les délimitations, les cahiers des charges et les décrets sont toujours le fruit d’une acceptation partagée entre l’INAO et un syndicat local des vignerons. Tractations quelquefois âpres, il est vrai, mais in fine acceptées conjointement.

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Georges Truc (Photo H. Lalau)


Si un vigneron souhaite planter du riesling, à Rasteau ou à Gigondas, par exemple, personne ne le lui interdira et l’INAO ne va pas lui demander d’arracher sa vigne. Sa parcelle et seulement sa parcelle, est déclassée et il va élaborer un vin de pays ou de France, ou de cépage; son étiquette peut comporter le nom du domaine en capitales, montrant ainsi que l’homme en question se met en avant, lui et sa démarche. Mais c’est lui qui se met volontairement en dehors de la règle. Et non pas l’INAO qui le chasse du paradis.

En revanche, il convient de veiller à deux autres choses : l’encépagement du domaine et le pourcentage de cépage dans la bouteille. Le pourcentage d’encépagement sur un domaine répond à la règle que comporte le cahier des charges de l’AOC locale. Si le domaine ne répond pas à cette règle, il peut être effectivement déclassé, ce qui est très dommage car certains ont du mal à acquérir suffisamment de surfaces pour respecter ce pourcentage. Le pourcentage de cépages dans la bouteille peut ne pas être du tout celui de l’encépagement du domaine. Subtilité...

Au sujet de la remarque de David Cobbold: “Ah oui, l’INAO, ces gens si intelligents si clairvoyants, si peu bornés, mais qui mettent quand-même hors appellation le meilleur des producteurs des Baux, le meilleur des rosés de Bandol, le meilleur producteur de Cairanne”.

Personne à Cairanne, et sûrement pas le meilleur des vignerons (qu’entendre par meilleur à Cairanne, sinon le plus médiatique?) n’a jamais été exclu par l’INAO de l’AOC Cairanne village! Un problème ponctuel d’une cuvée haut de gamme, oui, peut-être, mais pas un domaine, ce qui est très différent, je suis certain de ce que j’affirme. Et le vigneron sait à quoi il s’expose lorsqu’il soumet son vin à l’agrément. C’est donc bien lui qui se place hors des règles de son propre syndicat… Après, dans le contexte du traitement du dossier de passage en cru Cairanne, certains points de vue créent des sujets de crispation, dont la portée s’étend au monde de la blogosphère en l’absence de toute pondération.

A force taper sur l’INAO et sur la notion d’AOC, le lecteur va se trouver de plus en plus déconcerté. Où est l’intérêt de casser de telles entités? Qui se souvient de l’histoire de notre vignoble rhodanien depuis 50 ans et pourrait trouver à redire à propos de la formidable évolution dont il a bénéficié ?

Même chose à Rasteau, avec un parmi les célèbres, qui ne revendique plus l’AOC cru Rasteau car il veut conserver de très vieux plants “accessoires” dans ses vignes au risque de ne plus répondre au cahier des charges, ce qui le met hors des clous. C’est vrai que la chose est un peu difficile à avaler, mais au moins le contexte est clair et les limites correctement fixées et connues. Le syndicat local peut toujours revendiquer une modification de son cahier des charges (avec peu de probabilité d’aboutir à cause du trop faible pourcentage d’un cépage donné dans l’espace d’une AOC – non significatif)".

06:47 Écrit par Hervé Lalau dans France, Rhône | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |