10 mai 2013

Honneur à Jacques Dupont... mais qu'il ne vous dégoute pas des autres!

Très belle défense et illustration de la culture du vin par Jacques Dupont (Le Point), ce soir sur RTL.

Au micro de Bernard Poirette, qui ne cachait pas sa jubilation, Dupont a su faire passer sa passion - la nôtre - pour le noble breuvage. Il a su faire la part du vin et celle de l'alcool, la part de la culture et celle de la boisson, la part du lobby hygiéniste et celle du politique. Et qui plus est, à une heure de grande écoute. De quoi faire rager plus d'un laboratoire pharmaceutique; de quoi rajeunir M. Cahuzac, M. Got, M. Evin.

C'était intelligent, c'était fin comme un grand Bourgogne, plein d'esprit, plein de verve. Tous ces arguments, j'aurais pu les reprendre à mon compte.

Que ça faisait du bien d'entendre quelqu'un qui vous prend pour un buveur responsable, quelqu'un qui ne vous vend pas de soupe ni de came, et qui ne vous infantilise pas!

Dupont venait notamment présenter son dernier livre: "Invignez-vous", chez Grasset. 140 pages touffues où il paraît qu'on trouve de quoi étancher sa soif de culture viticole.

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A lire d'urgence, de toute évidence!

J'ai moins aimé, en toute fin d'interview, son petit couplet sur le journaliste intègre, qui ne participe pas aux voyages ni aux déjeuners de presse. Tant mieux pour lui si Le Point est d'accord d'investir dans la maison Dupont. Tant mieux pour lui si le Point lui paie tous ses frais, sans rien demander aux interprofessions ni aux châteaux, et sans se rembourser sur la publicité. Même pas au travers de son "Spécial Vins". Indépendance totale et superbe. C'est comme ça que ça devrait se passer partout.

Mais nous sommes pas mal d'autres scribouillards à vivre (plutôt mal) en tant qu'indépendants; et nous, les besogneux de la plume, bouffons au ratelier qu'on veut bien nous laisser. Pourtant, ça ne fait de nous ni des charognards, ni des mercenaires, même pas des obligés; nous savons, pour la plupart, quelle est la main qui nous nourrit vraiment: celle du lecteur, celle du consommateur, et c'est à lui que nous devons nos jugements, notre vérité, l'information que nous recueillons au fil de nos voyages ou de nos déjeuners.

Marre qu'on nous fasse passer pour ce que nous ne sommes pas! Chroniqueurs honnêtes de tous pays, indignons-nous!

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19:09 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Tags : invignez-vous, jacques dupont, le point, vin, évin | Lien permanent | Commentaires (20) | | | |

Up The Hill Backwards

C'est le titre d'une vieille chanson de David Bowie, et le mot vieux convient très bien au sujet, puisqu'il s'agit des sources de la dernière communication en date de Mrs Hill (Institut Roussy), publiée dans le Journal of Public Health.

Cette étude, rappellons-le, traite des méfaits de l'alcool. Elle a été abondamment relayée dans la presse, qui, pour la plupart des titres, ne s'est pas donnée la peine d'aller chercher plus loin.

Pourtant, grâce à Honneur du Vin, on en sait un peu plus sur la genèse et les principales références de cette "nouvelle" publication.

Il s'agit pour l'essentiel de la reprise d'une enquête réalisée en 1991 (22 ans déjà!), à partir de données récoltées en... 1985, et d'un article de la même infatigable Mme Hill, publiée en 2000, mais portant sur une étude achevée en 1995.

Ah, 1985! La machine à écrire avec ruban effaceur est alors ce qui se rapproche le plus de l'informatique moderne.  Pas d'emails. Pas de textos non plus: on n'a pas encore inventé le téléphone portable; mais il y a encore plein de cabines à pièces. J'ai une pensée émue pour Mme Hill, qui a dû taper son étude sur une IBM à boule, ou quelque chose du genre. Sans compter les talons qu'elle a dû user pour aller interviewer les patients.

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Retour vers le Futur, 2, Le Retour.

"Et alors?", me direz-vous.

Je vous rappelle que de ces études sont tirés des enseignements, des politiques publiques, des incitations, des mesures de taxtaion.

Or, il me revient que ces 20 dernières années, la consommation de vin n'a pas cessé de baisser (de 67 litres per capita en 1990, à 45 litres en 2008, selon l'Insee). Se baser aujourd'hui sur la photo d'un temps révolu, et jeter l'opprobre sur un produit à la consommation de plus en plus modérée, au milieu de tous les produits alcoolisés, sans distinction, je trouve ça détestable.

Et j'aimerais bien que mes éminents confrères de la grande presse le fassent savoir, plutôt que de copier-coller des communications surannées. Le hors d'âge, c'est bien pour le Cognac ou l'Armagnac, voire le Banyuls. Mais pour la statistique, j'ai comme un doute.

 

00:06 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : hill, honneur au vin, statistique, vin, alcool | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |