05 mai 2013

Classement de Saint Emilion (suite): les arguments de Croque Michotte

Je reprends de Vitisphère ce long commentaire de Pierre Carle (Croque-Michotte), qui fait, en quelque sorte, écho au billet de Michel Bettane dont j'ai publié quelques extraits hier. Mais la réaction de M. Carle est bien plus générale, et bien argumentée, raison pour laquelle je la publie aussi.

Je rappelle au passage mon opposition personnelle aux classements, dont je persiste à croire qu'ils n'apportent pas grand chose de tangible aux consommateurs, mais contribue à une inflation démesurée des tarifs de quelques crus.

Bien entendu, si classement il y a, les procédures doivent être irréprochables, la sélection inattaquable; et c'est là où le bât blesse, car toute oeuvre humaine, tout jugement de valeur est contestable. A moins bien sûr que le classement, comme en 1855, ne se base que sur les prix des vins; mais c'est une autre histoire, une sorte d'héritage, une noblesse d'argent.

Mais je laisse la parole à M. Carle:

"Voyant des commentaires issus d'informations partielles ou fausses virer à l'aigre, je renouvelle ma cordiale invitation aux amateurs et aux journalistes à venir, ainsi que plusieurs l'ont déjà fait, visiter Croque-Michotte et lire nos dossiers.

Il pourront constater sur pièces les fautes de droit (non respect des procédures de l'INAO, choix des paramètres de classement et de leurs coefficients bien après la remise des dossiers par la candidats, non respect des délais légaux, absence de base juridique de l'arrêté de classement, etc.) et les fautes scientifiques et techniques, les plus graves, car elles tentent de remettre en cause notre terroir classé dès 1955, (lecture erronée de la carte géologique que son auteur avait interdit d'utiliser à des fins hiérarchisation des crus, négation des cinq sondages de sol que nous avions joints au dossier, pas de vérification sur le terrain, invention illégale de critères sur le nombre de parcelles, erreurs sur nos équipements, affirmation que Croque-Michotte n'a effectué «aucune démarche de gestion durable» alors que Croque-Michotte est certifié bio par Ecocert depuis 1999, élimination arbitraire de nombre de publications où Croque-Michotte est mentionné, dont Parker, etc.). Il a même été reproché à Croque-Michotte d'avoir des prix insuffisants, prix insuffisants qui conviennent très bien à nos fidèles clients, mais qui sont la conséquence directe d'un classement qui nous avait éliminé et qui a été condamné successivement par le Tribunal Administratif de Bordeaux, puis par la Cour d'Appel Administrative de Bordeaux et enfin, dernier round, par le Conseil d’État !

Comme vous le voyez, les erreurs et les fautes sont si nombreuses qu'on ne voit pas par quel tour de passe-passe le classement pourrait en réchapper. Ceci est d'autant plus regrettable que j'avais produit depuis 2001 plusieurs études relevant les défauts du classement et proposant des solutions, que j'avais demandé que soit établi un règlement intérieur de travail de la Commission de classement, règlement qui n'existe toujours pas à ce jour, que j'avais demandé que les critères de classement et leurs coefficients soient connus avant le lancement du classement.

Et surtout j'avais demandé que le classement soit défini: quel est son but?Classe-t-on des vins ou des terroirs? Ou l'ensemble des deux? Tâches qui peuvent être confiées à l'INAO.

Ou classe-t-on des beaux châteaux, des beaux chais, des prospectus, des publicités coûteuses (qu'on vous fera payer dans les bouteilles), des hôtesses, des normes sans intérêt, du marketing, auquel cas ces tâches ne rentrent pas dans les compétences de l'INAO.

Avec nos amis de La Tour du Pin-Figeac et de Corbin-Michotte, tous situés sur l'un des meilleurs terroirs de Saint-Emilion selon le livre qui accompagne la carte géologique susmentionnée et que la Commission de classement a, pour le moins, oublié de lire, nous avons été conduits à demander aux juges de la République de nous défendre via le Tribunal administratif.

Avant d'en arriver là, Croque-Michotte avait envoyé neuf lettres recommandées à l'INAO (le Maître d’œuvre), cinq lettres recommandées au Conseil des Vins de Saint-Emilion (le Maître de l'Ouvrage) et trois lettres recommandées au Ministère de l'Agriculture, organisme de tutelle de l'INAO. Nous avons reçu... zéro réponse. Le plus bizarre est que la Commission de classement avait commencé à corriger les erreurs, reconnaissant par là qu'elle était loin d'être infaillible, et qu'elle n'est pas allée au bout de son travail. Toutes nos lettres contenaient toutes les preuves nécessaires et indiquaient nos intentions de nous défendre. Silence radio. Pas de conciliation, pas d'appel, pas de débat contradictoire. Rien.

saint emilion, croque michotte, classement

Au temps où Croque-Michotte était classé...

C'est alors que, travaillant à notre défense après toutes ces attaques injustes et illégales, nous avons petit à petit découvert que la situation était bien pire que nous l'imaginions. En effet les grands chapitres, à défaut des critères détaillés, de l'arrêté de lancement du classement n'ont pas été respectés. En effet certains critères ont été «oubliés» ou mentionnés mais annulés dans le grille de classement et d'autres critères imprévus et improbables ont été ajoutés dans cette grille, dont nous avons découvert l'existence huit mois après la remise des dossiers, rappelons-le. Nous avons découvert que ces méthodes ont profité à plusieurs candidats.

Lorsque l'on examine la liste de ces candidats, leurs conseillers, les responsables à tous les niveaux de la procédure de classement depuis le Conseil des Vins de Saint-Emilion, jusqu'au Comité National de l'INAO, en passant par le Comité Régional de l'INAO, certains apparaissent plusieurs fois et certains ont pu tirer profit de procédures et de décisions auxquelles ils ont participé, ce qui est illégal dans le cadre d'organismes de service public. C'est la raison pour laquelle nous avons porté plainte contre X afin que les juges enquêtent et mettent fin aux méthodes féodales de Saint-Emilion.

A bientôt à Croque-Michotte."

00:29 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Tags : saint emilion, croque michotte, classement | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

04 mai 2013

Michel Bettane défend le classement de Saint Emilion

Petits morceaux choisis de l'article publié sur son site à ce sujet:

"Un recours contre le non-respect du règlement lié à la révision du classement est possible dans un état de droit et c’est à la justice de vérifier si ce règlement a été respecté à la lettre, conformément aux engagements pris par la commission de révision à la suite des déboires nés de la précédente révision et pour les mêmes raisons.
Une procédure contre X, c’est bien différent et bien plus grave".

"La première raison invoquée par les trois propriétés, à savoir la défense de leur patrimoine, ne tient absolument pas...".

"La meilleure manière de défendre la valeur d’un patrimoine viticole est de faire de la qualité et de la faire connaître. Des trois propriétés en question, l’une (Croque-Michotte) a soigneusement évité de présenter à la presse ses vingt derniers millésimes, ne les mettant pas en confrontation avec ses pairs du classement...".

"Enfin, la seconde cause qui porte sur le soupçon de prise illégale d’intérêt de quelques voisins plus connus (je devrais dire plus «reconnus») me semble indigne d’une communauté de vignerons civilisée. Deux des personnalités soupçonnables et, en tout cas, assez vite identifiées par les avocats et les journalistes, ne sont coupables que d’avoir donné de leur temps et de leur énergie au service de la réputation des crus de l’appellation. Cette procédure vraiment excessive va certainement décourager tous les bons viticulteurs de s’intéresser à leurs appellations et de prendre part à la gestion et à la défense de celles-ci.

Si j’étais le large sous-ensemble des crus ayant conservé leur classement ou conscients de l’avoir obtenu par leur travail, je porterai(s) plainte nominalement contre les crus cherchant à faire croire au public que ce classement est l’œuvre d’un grand complot destiné à enrichir quelques notables du secteur".

Saint Emilion1.jpg

Tout ceci, Michel Bettane a le droit de le penser et de l'écrire. On peut entendre son argumentation. Le tribunal tranchera.

J'ai moins apprécié ce petit passage vachard sur notre corporation.

"Bien entendu, des journalistes sont allés de leurs commentaires mêlant, hélas, l’allusion, la délation et l’idéologie aux faits".

Je me permets de rappeller ici que certains des critères de sélection du classement sont vraiment discutables - ce qui justifie que des journalistes en discutent.

Et il est est fait que les prix en primeurs des deux châteaux promus (dont celui de M. de Boüard) ont considérablement augmenté, dans un marché pourtant en baisse, qualité du millésime oblige.

Je ne sais pas si l'on peut parler de prise illégale d'intérêt, mais force est de constater que L'Angélus n'a pas à se plaindre. Pas même de l'investissement en temps qu'il a consenti pour la collectivité, pour reprendre les termes de Michel Bettane.

Quant au niveau qualitatif de Croque-Michotte et des deux autres plaignants, tout est affaire de goût, j'ai lu sur le site de Decanter un avis assez différent de celui de Michel Bettane: "I'd like to have relevant sources coming with a really good explanation, why Corbin Michotte was relegated from GCC, as this property is miles above in quality of all newcomers to GCC and the majority of current GCCs' (Izak Litwar).

A titre personnel, je regrette qu'on en arrive devant la justice, pour une affaire aussi futile (gros sous mis à part), et qu'on aurait dû pouvoir régler "en famille". Sauf que les nouvelles prodédures appliquées à ce classement, censé être inattaquable, ne le permettent plus guère.

Peut-être les trois contestataires n'auraient-ils pas eu déposé une plainte au pénal si leurs arguments (émis il ya déjà plusieurs mois), avaient été mieux écoutés.

Quant à la théorie du complot... ce n'est ni la faute de Bettane ni la mienne si les classements sont si mystérieux aux yeux des simples consommateurs.

Je suis contre les classements; mais s'ils doivent vraiment exister (uniquement pour des raisons commerciales, car il n'en est pas d'autre qui se justifie à mes yeux), je me demande s'il ne serait pas mieux de les établir uniquement sur des critères de prix, comme au bon vieux temps de 1855.

L'article complet de Michel Bettane peut-être consulté ICI

Suite du feuilleton demain avec les arguments de Pierre Carle (Croque-Michotte).

00:15 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (10) | | | |