16 mai 2013

Emploi des noms de cépages: le texte de référence

A toutes fins utiles, je vous donne ci-dessous le lien vers le texte réglementaire en vigueur en matière d'emploi des noms de cépages pour les vins sans indication de provenance en France (vous pouvez reprendre votre souffle.) Il s'agit de l'article 3 du Décret du 4 mai 2012.

Cet article stipule que: "l’étiquetage d’un vin ne bénéficiant pas d’une appellation d’origine protégée ou d’une indication géographique protégée peut être complété par un ou plusieurs noms de cépages, à l’exception des noms de cépage suivants : Aligoté, Altesse, Clairette, Gewurztraminer, Gringet, Jacquère, Mondeuse, Persan, Poulsard, Riesling, Savagnin, Sylvaner et Trousseau.
Dans l’étiquetage d’un vin bénéficiant d’une appellation d’origine protégée ou d’une indication géographique protégée, les noms de plusieurs cépages peuvent figurer, sous réserve que chacun de ces cépages représente plus de 15 % de l’assemblage du vin".

En clair, en Vin de France, il est interdit d’employer sur l'étiquette les noms d'Aligoté, Altesse, Clairette, Gewurztraminer, Gringet, Jacquère, Mondeuse, Persan, Poulsard, Riesling, Savagnin, Sylvaner ni Trousseau. On peut éventuellement en mettre dans la bouteille, mais sans le dire. Même un Alsacien qui aurait perdu l’AOC ne pourrait mettre le nom de son cépage sur son Vin de France. C’est d’ailleurs peut-être une des craintes de l’interpro: que des producteurs quittent l’AOC, ne paient plus leurs cotisations, augmentent leurs rendements et vendent leurs cépages alsaciens, ou savoyards, ou jurassiens, moins cher et sans le nom d’Alsace….

Franchement, en quoi un règlement pareil protège-t-il le buveur final? Nos responsables pensent-ils que le consommateur est trop bête pour lire une étiquette? A quoi riment les lettres AOC, alors? Ne sont-elles plus une marque de différenciation? Si l'on estime que le consommateur ne se détermine plus que par les cépage, alors autant supprimer toutes les AOC!

Au delà des petits problèmes de tambouille syndicale, de cotisations volontaires et obligatoires, je me demande bien pourquoi nous nous mettons des barrières dans une catégorie, la plus simple, la plus basique, qui est censée aider nos producteurs à concurrencer les vins du nouveau monde?

Pendant qu’on s’interdit de faire du Vin de France Riesling, à petit prix, sous prétexte de protéger les Alsaciens, l’Australie vend de l'Australian Riesling aux Anglais. Et les Alsaciens ne vendent pas plus d'Alsace Riesling aux Anglais pour autant. Ce réglement aide donc nos concurrents plutôt que nos propres vignerons.

Bien sûr, en IGP et en AOC, selon ce texte, c’est théoriquement possible de mettre ces noms de cépages sur l’étiquette... à condition que le cépage soit accepté dans l’encépagement de l'AOC ou de l'IGP. Et c'est rarement, très rarement le cas...

Tout est donc bien verrouillé, cadenassé. Le Gringet aux Savoyards, le Savagnin aux Jurassiens, le Reseling aux Alsaciens, et les moutons seront bien gardés (au moins en France). Mais ce n'est pas en érigeant des murs qu'on apprend à ceux qui vivent à l'intérieur comment aborder les marchés extérieurs. Et la planète vin rigole. Tiens, il y a trois ans, les Australiens ayant planté de l'alvarinho ont découvert que leurs pépiniéristes leur avaient refillé du savagnin, par erreur. Les voila donc contriant de chager leurs étiquette. PMais comme le saviagnin est totalement inconnu hors des frontères du Jura, ils ont préféré le rebaptiser traminer.

La morale de l'histoire? On peut protéger ce qu'on veut, on ne peut pas décider de ce qui se vend ou pas.

A côté de cela, je note que depuis que Cahors s'est réapproprié le malbec - en l'apposant sur ses étiquettes, mais sans contester à quiconque le droit de l'employer, ni aux Argentins, ni aux Chiliens, ni aux Italiens, les ventes de Cahors remontent...

S'asphyxier dans ses petites habitudes, ses traditions, ses droits acquis, à regarder son nombril; ou respirer au grand air de la concurrence... c'est un peu comme ça que je vois le débat.

00:06 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin, réglementation | Lien permanent | Commentaires (11) | | | |

14 mai 2013

Quelques idées reçues sur le rosé

Je ne vous ferai pas l’injure, amis oenophiles, de croire que vous partagez les a priori et les fausses croyances, les légendes urbaines qui entourent le rosé...

-Non, le rosé n’est pas un mélange de blanc et de rouge (en Europe, en tout cas, et à la curieuse exception du Champagne rosé). Notez que la frontière est ténue: on peut assembler des moûts de blanc et des moûts de rouge, ça oui, mais pas des vins ayant terminé de fermenter.

-Non, le rosé pâle n’est pas plus qualitatif que le rosé intense. C’est juste une question de vinification (macération pelliculaire ou non, longueur des cuvaisons…) et de cépages. La mode est au pâle, certes, mais comme toutes les modes, elle n’a pas de fondement.

-Non, un rosé pâle n’est pas forcément plus léger qu’un rosé soutenu – essayez de les déguster dans des verres noirs…

-Non, il n’y a pas encore de définition du vin rosé – compte tenu des variations de couleurs, on passe du blanc tâché au rouge clairet, et la plupart des normes douanières ne parlent que de vin blanc ou de rouge. Tout est question de point de vue : en 1854, Victor Rendu parle du Tavel comme d’un vin de teinte très claire. Il fait référence au rouge, bien sûr…

-Non, il n'est pas facile d'identifier les teintes du rosé - le nuancier du Centre du Rosé en recense une quinzaine, sans compter les demi-tons. Du litchi au grenat en passant par l'abricot, la framboise... le Centre a quand même fait l'économie des couleurs de type poétique, comme "la Cuisse de Nymphe Émue"...

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Cuisse de nymphe émue (photo Marc Vanhellemont)

-Non, le rosé n’est pas forcément un vin pour néophyte. Ce qui est vrai, par contre, c’est que beaucoup de consommateurs occasionnels de vins, de consommateurs peu exercés, osent le rosé en se disant que ce vin exige moins de connaissances. C’est souvent dans le même public que l’on recrute les amateurs de «produits aromatisés à base de vin» (vade retro satanas). Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de grands rosés, de nature à séduire l’oenophile.

-Non, le rosé ne demande pas les glaçons. Le bon vigneron vous livre généralement un produit fini, il n’est pas besoin de le diluer.

Et pour finir, oui, la consommation de rosé a doublé en France et en Belgique ces 20 dernières années. Il est curieux de constater que cette progression s’est faite sur un marché du vin en forte baisse, dans le premier cas, et en forte hausse, dans le second. Le rosé semble donc avoir sa propre logique. Peut-être parce que son mode de consommation est plus "décontracté"?


00:26 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Europe, France, Provence, Vins de tous pays | Tags : rosé, roses de coupage | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |