28 novembre 2013

Mieux vaut-il avoir raison avec Mme Le Pen ou tort avec M Evin?

Mme Le Pen appelle à exclure le vin du champ d'application de la Loi Evin.

C'est sans doute un des rares points sur lequel je suis d'accord avec elle dans son programme politique et économique (pour autant qu'on puisse appeler ça comme ça); mais peu importe, ceci n'est pas un blog politique, je ne pense pas que ma petite compétence viticole m'autorise à guider votre main quand vous mettez votre bulletin dans l'urne.

Ni à donner des noms d'oiseaux à tel ou tel(le) politicien(ne) en fonction de convictions qui n'intéressent que moi.

Toujours est-il qu'à l'inverse de Jean Daniel, qui disait qu'"il était plus facile d'avoir tort avec Sartre que d'avoir raison avec Aron", en l'espèce, je préfère avoir raison avec Mme Le Pen sur ce point précis.

Mais ce qui me fâche, en définitive, c'est qu'elle soit une des seules figures importantes du monde politique français à soutenir publiquement cette thèse, quand j'aurais tellement plus de plaisir - ou moins de gêne - à être d'accord avec d'autres.

"Le vin? Combien de divisions?"  comme aurait dit Staline. Ou plutôt, combien de départements? Combien de fédérations socialistes, combien de cellules communistes, combien de permanences UMP, Modem, ou vertes?

Comme tout, en politique, est d'abord une question de rapports de force (au moins autant que de convictions, si je ne m'abuse), je m'étonne que le vin, produit culturel, bien sûr, mais aussi secteur économique majeur, ne dispose pas de plus de soutiens affirmés, ostensibles, actifs, dans la classe politique.

Arrêtez-moi si je me trompe, mais je crois avoir entendu plus d'appels de politiciens en vue en faveur de la dépénalisation du cannabis qu'en faveur de la sortie du vin du champ de la loi Evin, ces dernières années.

Pourtant, je ne pense pas que la sécurité routière se trouverait améliorée de la libéralisation du shit et de ses dérivés - sans parler de l'état sanitaire de notre belle jeunesse.

D'aucuns taxent Mme Le Pen d'électoralisme, voient dans sa déclaration au mieux de l'attrape-voix, au pire de l'attrape-gogo. Ils n'ont peut-être pas tort. Mais n'est-ce pas le cas de la plupart des politiques qui briguent un mandat?

Il y a tout de même une différence, dans son cas: comme elle a peu de chances d'entrer un jour au gouvernement, elle ne s'engage pas à grand chose.

Quoi qu'il en soit, j'espère que sa prise de position n'aura pas pour effet d'empêcher ceux qui, sur ce point, pensent comme elle, de se déclarer. Il est grand temps que les pro-vins fassent leur coming out (et pas seulement dans les pages de revues spécialisées)!

Ne serait-ce que pour ne pas laisser cette bonne idée dans les seules mains de démagogues.

Le vin n'est plus la boisson d'abrutissement des masses laborieuses qu'il a pu être jusque dans les années 70. Sa consommation baisse à vitesse grand V et on ne peut plus lier les mauvais comportements, notamment des jeunes recherchant l'alcoolisation rapide aux fins d'inhibition, au breuvage de Bacchus. La consommation modérée de vin de qualité devrait même être encouragée, expliquée, contextualisée, en lui redonnant sa dimension culturelle, dans le cadre d'un régime alimentaire équilibré, d'une expérience gastronomique - bref, tout ce que nous recommandons, nous autres journalistes du vin. La diabolisation du vin n'a jamais été pas la solution au problème de l'alcool, juste une façon commode pour les pouvoirs publics de se débarrasser de toute responsabilité.

On le voit, cela n'a pas grand chose avec la politique au sens électoral, cela a à voir avec une vraie politique d'éducation à la santé.

11:54 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : politique, le pen, évin, loi évin, éducation au vin | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

Le Conseil de Modération et de Prévention est en vacance

Au contraire des vacances que nous attendons tous avec impatience, la vacance, au singulier, est un phénomène très nuisible qui se produit quand une fonction ou une mission du service public, de l'autorité légale, ecclésiastique ou entrepreneuriale, est inoccupée. En règle générale, elle est motivée par le décès ou l'empêchement de la personne qui l'occupait jusqu'alors.

La constitution, les lois ou les statuts qui régissent la sphère politique ou privée prévoient le plus souvent un mécanisme qui empêche cette vacance. Ainsi, quand un Président de la République meurt en cours de mandat, ses fonctions sont transmises ad interim au Président du Sénat. Dans le cas d'une hospitalisation ou bien d'un empêchement quelconque, mais généralement de courte durée, c'est le premier ministre qui prend le relais. L'idée étant que l'exercice du pouvoir ou de la mission soit toujours assuré.

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Quand  en 1920, le Paul Deschanel, tombé du train présidentiel, démissionne,

son premier ministre Alexandre Millerand assure immédiatement l'interim.

Mais voici pourtant un cas curieux, qui nous intéresse au premier chef, comme amateurs de vins, celui du Conseil de Modération et de Prévention.

En octobre 2012, le mandat de ses membres s'est achevé sans que le mécanisme qui prévoyait leur renouvellement n'ait été mis en marche.

En juin dernier, une députée socialiste de Gironde, Conchita Lacuey, a interrogé le Ministre de l'Agriculture, M. Le Foll, à ce sujet.

La réponse (publiée un mois plus tard, ce qui tend à prouver que la recherche a été exhaustive, à moins que le pigeon ministériel ne se soit égaré) a été, comment dire, évasive.

Rappelant l'importance de ce conseil (dont Madame Lacuey n'avait jamais douté) et son mécanisme de désignation (ce que Madame Lacuey avait déjà rappelé dans sa question), le ministre a déclaré qu'il va "être procédé au renouvellement de la composition du CMP. Les entreprises et les organisations professionnelles vont être consultées afin que le ministère chargé de l'agriculture puisse désigner les huit représentants au CMP pour un mandat de trois ans".

Voila qui est quelque peu dilatoire.

En effet, aucune date n'est fixée (et voici déjà plus d'un an que le CMP ne peut plus siéger).

Plus récemment encore, au Sénat, cette fois, le Ministre, a été ) nouveau questionné directement à ce propos par le Sénateur Couderc; mais n'a pas évoqué le CMP dans sa réponse. C'est ce qui s'appelle botter en touche. Or le gouvernement est le garant de l'application des lois - surtout quand il est prévu que ce soit le ministre qui compose une commission dans l'existence est prévue par le législateur. On pourrait même en déduire que le gouvernement compte suspendre la CMP, dans l'attente d'un nouveau projet de loi encadrant l'alcool où elle serait remplacée - ou pas. Ce qui outrepasse ses prérogatives. La loi votée prévaut et doit s'appliquer.

On pourrait se dire que ça n'a aucune importance, mais cette vacance inexplicable (car elle aurait pu être évitée) a des conséquences: faute de pouvoir siéger, len effet, la CMP ne peut plus donner d'avis sur les campagnes publiques de prévention sur l'alcool, par exemple. Ce qui est explicitement prévu par la loi.

La dernière en date a donc été diffusée en toute illégalité - son contenu importe peu, c'est le principe même qui est bafoué, comme le rappelle Pour L'Honneur du Vin, dont on ne soulignera jamais assez le travail de fourmi.

Par ailleurs, il me revient que du temps où elle siégeait encore, les représentants de plusieurs instances (anti-alcool, bien sur) ont refusé de s'y rendre, sous le prétexte que la seule modération qui vaille est l'abstinence totale.

Il y a là aussi une dérive insupportable pour qui croit dans l'application des lois - ce n'est pas à une des composantes de cette commission, désignée par les services de l'Etat, de discuter son bien-fondé. Ceux-ci ne s'en privent pas (qualifiant même le CMP de "problème" et organisant une pétition pour sa suppression).

On pourrait parler de mépris des lois et des institutions, et il me semble que de tels agissements devraient être condamnés par les tribunaux.

En résumé, je demande à ce que cette vacance prenne fin au plus tôt (certaines dispositions fiscales ont bien un effet rétroactif!) et que les membres qui soient désignés aient l'obligation de siéger, sous peine que les crédits versés par l'État pour leur fonctionnement, dans leur cadre de leur mission de service prétendument public, ne soient gelés.

Je n'ai pas m'outrecuidance de penser que les services du ministère me lisent, ni qu'ils se donneront la peine de me répondre (et si j'en juge par la rapidité de leur réaction à la question de M. Lacuey, ce sera de toute façon trop tard).

Je me contenterai donc de vous prendre à témoin: en matière de prévention des comportements à risque, et notamment de la consommation excessive d'alcool, il ne devrait pas y avoir de chaise vide, chacun a son opinion mais chacun se doit de la donner, d'écouter les autres pour faire avancer le schmilblick. 

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |