20 septembre 2013

"Viticulture 2050": l'Administration va simplifier la vie du vigneron

Riche idée que celle de mon compère Michel Smith, des 5 du Vin, qui, dans sa revue des sorties de livres à connotation viticole, guides, albums, carnets de recettes... a inclus le Registre de Déclaration Récapitulative Mensuelle des Vins, aux Editions Gabelou.

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Photo Michel Smith

Un ouvrage méconnu du grand public, et qui fait pourtant de notre viticulture la plus grande du monde, ou au moins, la plus fiscalement avancée. Un livre interactif, en outre, qui permet au viticulteur de participer à l'effort national, et de prêter son concours bénévole à l'appareil statistique. Amis vignerons, ne vous y trompez pas, cocher les cases de ce livret relève du devoir civique.

D'autre part, des solutions sont à l'étude pour que cette charge de travail, certes librement consentie par le viticulteur, mais qui nuit à sa productivité, soit sensiblement allégée.

Il s'agit de la mise en place d'un nouveau Plan Vin (dont l'impérieuse obligation n'a échappé à personne).

Avec ce projet, la France viticole ne devra plus courir après la demande, ni se préoccuper des excédents.

En effet, les cases du Registre seront pré-remplies par l'Administration, selon des prévisions de consommation établies par l'INSEE, et les viticulteurs n'auront plus qu'à produire le volume prévu.

Tout dépassement sera sanctionné d'une interdiction d'exercice de la viticulture (le Permis de vinifier délivré en préfecture ne sera pas renouvelé).

En contrepartie de ces petites contraintes, c'est l'Etat qui achètera le vin et se chargera de l'acheminer vers les consommateurs, via une agence spécialement créée à cet effet: la Régie Autonome de Mise en marché des Produits Alcoolisés (RAMPA).

Le projet est actuellement à l'examen au Ministère de la Planification. Les experts espèrent pouvoir proposer un texte abouti d'ici à 2030, dans le cadre du projet "Viticulture 2050", initié par le Gouvernement et la Qatar Foundation.

00:25 Écrit par Hervé Lalau dans France, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

19 septembre 2013

2013, millésime, comment dire..., "passionnant"

Il n'est pas évident, le rôle de Jérome Despey, le Président du Conseil Spécialisé Vins de France Agrimer, à l'heure des vendanges.

Pas question de pleurnicher, pas question de plomber l'ambiance (c'est d'abord un syndicaliste viticole), pas question d'abimer l'image du vin en France - la nature semble y avoir suffisamment pourvu, cette année.

Alors, voila ce qu'il dit: "La chaleur, depuis la mi-juillet, a compensé les déficits antérieurs. Le raisin s’annonce de très bonne qualité dans l’ensemble.  L’ensoleillement et la fraîcheur des nuits actuelles sont propices à sa maturité et permettent de gagner de 0,5 à 1 degré, ajoute le vigneron. Mais c’est encore un peu tôt pour connaître le taux d’alcool : nous le saurons début octobre ".

Oui, c'est effectivement trop tôt, d'autant que la chaleur et l'ensoleillement font déjà partie du passé. A l'heure où j'écris ces lignes, cela fait deux semaines que la France subit de copieux arrosages et des températures inférieures aux moyennes saisonnières.

Aujourd'hui, seul le pourtour méditerranéen est épargné par la pluie. La Chaîne Météo annonce une amélioration à partir de samedi dans les autres régions. Il faudra donc passer entre les gouttes. Pour les cépages précoces (enfin, en année tardive, précoce veut dire ramassable fin septembre), ça devrait passer; Pour mes autres, il n'y a plus qu'à prier que l'embellie se prolonge.

Sauf si, la récolte a déjà été grêlée, bien sûr.

M. Despey fait de son mieux, il y a un côté "méthode Coué" chez lui, qu'on ne peut pas lui reprocher; il est de la FNSEA, il ne peut pas désespérer la base vigneronne, ni entretenir la suspicion des acheteurs étrangers.

Mais quand même, certains sont venus en France ces derniers mois, non?

Bon, trêve de bavardage, préparons déjà les communiqués d'après vendanges:

"2013, millésime de vigneron" (c'est valorisant pour le vigneron, et puis, il y en a qui ont effectivement mieux travaillé, même si cette année, le soleil n'a pas brillé pour tout le monde).

"2013, millésime de bio" (bon, changeons de sujet, j'ai mon douzième traitement à passer, et une demande de dérogation à envoyer).

"2013, millésime classique" (ça ne mange pas de pain, coulure classique, gelées classiques, grêles classiques, pourriture classique.)

"2013, millésime sauvé des eaux" (ça fera plaisir aux vendeurs de système d'osmose inverse).

"2013, millésime hétérogène". Oui, mais allez faire comprendre à toute une région qu'il ne vaut mieux pas ramasser, cette année... C'est syndicalement, humainement, socialement impossible. Alors on va faire comme si; au pire, on chaptalisera, on osmosera, on cryoextraira, on thermovinifiera, on bidouillera et le consommateur boira ce qu'on lui donnera.

"2013, millésime de merde". Restons polis! Et puis, ça n'est pas vrai partout. Alors, c'est juste la question de voir la bouteille vachement vide ou la bouteille un petit peu pleine.

"2013, millésime exceptionnel". Qui sait, dans le Fenouillèdes Sud ou dans l'Est du Luberon, peut-être?

Sinon, j'ai ça en stock:

"2013, millésime intéressant". C'est pas ce qu'on dit quand on ne sait pas quoi dire?

Dans le genre, il y a aussi "2013, millésime passionnant". On vote?

D'avance, mes excuses les plus sincères à tous les vignerons que mon persiflage ne fait pas rire.

Je compatis. Vraiment. Votre activité est très dépendante de la nature, c'est votre gloire et votre croix.

Le raisin, c'est d'abord la nature qui nous le donne. Vous le transformez de votre mieux, je vous crois sincères, pour la plupart d'entre vous. Raison de plus pour ne pas dorer la pilule du consommateur qui lui, n'y est pour rien.

En tout cas, je ne le ferai pas.

Tous mes voeux pour que le temps s'arrange et qu'au moins, vous puissiez entrer dans les vignes pour ramasser ce qui peut l'être...

00:10 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |