19 septembre 2013

2013, millésime, comment dire..., "passionnant"

Il n'est pas évident, le rôle de Jérome Despey, le Président du Conseil Spécialisé Vins de France Agrimer, à l'heure des vendanges.

Pas question de pleurnicher, pas question de plomber l'ambiance (c'est d'abord un syndicaliste viticole), pas question d'abimer l'image du vin en France - la nature semble y avoir suffisamment pourvu, cette année.

Alors, voila ce qu'il dit: "La chaleur, depuis la mi-juillet, a compensé les déficits antérieurs. Le raisin s’annonce de très bonne qualité dans l’ensemble.  L’ensoleillement et la fraîcheur des nuits actuelles sont propices à sa maturité et permettent de gagner de 0,5 à 1 degré, ajoute le vigneron. Mais c’est encore un peu tôt pour connaître le taux d’alcool : nous le saurons début octobre ".

Oui, c'est effectivement trop tôt, d'autant que la chaleur et l'ensoleillement font déjà partie du passé. A l'heure où j'écris ces lignes, cela fait deux semaines que la France subit de copieux arrosages et des températures inférieures aux moyennes saisonnières.

Aujourd'hui, seul le pourtour méditerranéen est épargné par la pluie. La Chaîne Météo annonce une amélioration à partir de samedi dans les autres régions. Il faudra donc passer entre les gouttes. Pour les cépages précoces (enfin, en année tardive, précoce veut dire ramassable fin septembre), ça devrait passer; Pour mes autres, il n'y a plus qu'à prier que l'embellie se prolonge.

Sauf si, la récolte a déjà été grêlée, bien sûr.

M. Despey fait de son mieux, il y a un côté "méthode Coué" chez lui, qu'on ne peut pas lui reprocher; il est de la FNSEA, il ne peut pas désespérer la base vigneronne, ni entretenir la suspicion des acheteurs étrangers.

Mais quand même, certains sont venus en France ces derniers mois, non?

Bon, trêve de bavardage, préparons déjà les communiqués d'après vendanges:

"2013, millésime de vigneron" (c'est valorisant pour le vigneron, et puis, il y en a qui ont effectivement mieux travaillé, même si cette année, le soleil n'a pas brillé pour tout le monde).

"2013, millésime de bio" (bon, changeons de sujet, j'ai mon douzième traitement à passer, et une demande de dérogation à envoyer).

"2013, millésime classique" (ça ne mange pas de pain, coulure classique, gelées classiques, grêles classiques, pourriture classique.)

"2013, millésime sauvé des eaux" (ça fera plaisir aux vendeurs de système d'osmose inverse).

"2013, millésime hétérogène". Oui, mais allez faire comprendre à toute une région qu'il ne vaut mieux pas ramasser, cette année... C'est syndicalement, humainement, socialement impossible. Alors on va faire comme si; au pire, on chaptalisera, on osmosera, on cryoextraira, on thermovinifiera, on bidouillera et le consommateur boira ce qu'on lui donnera.

"2013, millésime de merde". Restons polis! Et puis, ça n'est pas vrai partout. Alors, c'est juste la question de voir la bouteille vachement vide ou la bouteille un petit peu pleine.

"2013, millésime exceptionnel". Qui sait, dans le Fenouillèdes Sud ou dans l'Est du Luberon, peut-être?

Sinon, j'ai ça en stock:

"2013, millésime intéressant". C'est pas ce qu'on dit quand on ne sait pas quoi dire?

Dans le genre, il y a aussi "2013, millésime passionnant". On vote?

D'avance, mes excuses les plus sincères à tous les vignerons que mon persiflage ne fait pas rire.

Je compatis. Vraiment. Votre activité est très dépendante de la nature, c'est votre gloire et votre croix.

Le raisin, c'est d'abord la nature qui nous le donne. Vous le transformez de votre mieux, je vous crois sincères, pour la plupart d'entre vous. Raison de plus pour ne pas dorer la pilule du consommateur qui lui, n'y est pour rien.

En tout cas, je ne le ferai pas.

Tous mes voeux pour que le temps s'arrange et qu'au moins, vous puissiez entrer dans les vignes pour ramasser ce qui peut l'être...

00:10 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

18 septembre 2013

Mon rêve: rencontrer Pierre Chanau

C'est un grand bonhomme de la viticulture française. Ca fait trente ans qu'il produit des vins dans la plupart des grands terroirs français.

Pourtant, au contraire de Gérard Bertrand, ou des Jeanjean, des Lurton, des Cathiard, des de Boüard, des Perrin, on ne le voit jamais.

On ne sait pas à quoi il ressemble, ni même d'où il est: de Sancerre, de Beaune, de Libourne, de Vallet, de Beaucaire ou de Brouilly.

Lui, c'est Pierre Chanau, bien sûr.

Alors quand hier, j'ai reçu l'invitation à le rencontrer en personne, vous pensez si j'ai été ému.

Hélas, en relisant le communiqué, j'ai dû me rendre à l'évidence: Pierre Chanau n'est qu'une marque, celle des vins d'Auchan.

Curieusement, Auchan semble très fier de son tour de passe passe, d'avoir réussi à faire croire à toute la France du picrate que ce nom qui fleure bon la ruralité profonde, les bottes dans la glaise, est autre chose qu'une invention de marketteurs ch'timis. Ils m'invitent même à fêter ça.

Bon, je resterai chez moi. Et je boirai des vins vinifiés par des vrais gens, sous leur vrai nom. C'est ce que je préfère. C'est d'eux dont j'aime parler, pour le contenu du verre, et même, souvent, pour les vignerons.

Auchan.jpg

Et maintenant, juste une petite suggestion aux Pouvoirs publics, entre deux projets de taxe:

-attendu que l'on ne peut pas utiliser le mot château sur une étiquette, si le vin n'est pas produit au château.

-attendu qu'on ne peut pas non plus écrire château, même si l'on produit au château, si l'on n'est pas en AOC.

- attendu qu'on ne peut pas écrire 12,8° sur une étiquette, mais 12,5 ou 13°. Même si le vin titre effectivement 12,8°.

-attendu que l'on ne peut pas mettre 100% de Carignan dans un Pic Saint Loup (bien que ce cépage soit depuis plus bien longtemps dans la zone que la Syrah)...

-attendu qu'on exige de mentionner l'ajout de sulfites dans un vin, mais pas celui de betterave ni de moût concentré...

- attendu que l'étiquetage des vins foisonne de règles idiotes dont il faudra me démontrer qu'elles protègent effectivement le consommateur...

quand exigerez-vous, Messieurs les Responsables, qu'une étiquette qui porte un prénom et un nom de personne, faisant ainsi légitiment penser au consommateur qu'il a affaire à un vin produit par la personne qui le porte, ou au moins ses héritiers, soit effectivement produit par une structure familiale, et non, comme pour Auchan, Carrefour, Leclerc et qu'on sorte, par quelque gros négociant ou coopérative?

Que font les associations de consommateurs pour supprimer ces "marques de complaisance"?

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : auchan, chanau, marques de complaisance | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |